L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Affaire Kundé : Il y a un an

Affaire Kundé

Il y a un an

Cela fait un an presque jour pour jour que l’affaire dite "...des Kundé" a éclaté. C’était par suite de l’assassinat sauvage d’Oumar Bambo Maré et de Sempana Bancé. Etablissant alors un lien entre ces assassinats et les responsables des Kundé, des gens n’avaient pas hésité un seul instant à saccager et à incendier certains bars de cette chaîne à travers la ville de Ouaga. Un an après, nous tentons de faire l’état des lieux : 1. en rappelant d’abord les faits ; 2. en donnant la parole au patron des Kundé ; 3. en rencontrant une des épouses de Maré ; 4. en échangeant à la MACO avec le présumé coupable Ali Modibo Maïga ; 5. enfin, en prenant la version des faits de l’avocat des victimes.

Revivons ce qui s’est passé

Tout a commencé le jeudi 15 mars 2007. Ce jour-là un corps humain en pièces détachées est découvert dans les environs du barrage de Boulmiougou, situé à l’ouest de la capitale, sur la nationale 1. Le tronc était emballé dans un gros sachet de couleur noire et enfoui dans un sac blanc. Les bras et les jambes jetés par-ci par-là dans le barrage. La veille de cette macabre découverte, un autre corps ayant subi le même sort avait été découvert à une encablure du village de Bassinko, sur la route de Ouahigouya. La stupeur s’empare de la population et la police met sa machine en branle. Deux suspects "sérieux" sont appréhendés : il s’agit de Modibo Ali Maïga et d’Aboubacar Sana. Un troisième, Amadou Zampaligré dit Zampa, est en cavale. Il se trouverait au Togo.

Parce que de par le passé, le père de Modibo avait eu à gérer le bar de l’ex-Paillotte de la cité An II, présentement tenu par la chaîne des Kundé, les parents des victimes et la population n’hésitèrent pas à faire l’amalgame et donc à saccager et à brûler les installations de cette chaîne à la cité An II et dans d’autres endroits de la ville. Le domicile familial de Modibo fut également attaqué. Ouagadougou a été ainsi le théâtre de violentes manifestations en ce vendredi 16 mars 2007, lesquelles se sont poursuivies le lendemain. Les sapeurs-pompiers l’ont échappé belle.

Première cible : le bar Kundé de la cité An II justement, où les manifestants dévastent tout : chaises, tables et casiers de bière emportés, tout ce qui pouvait être "déménagé" l’a été, "proprement". Puis les révoltés poursuivent leur marche vers le domicile du mis en cause, situé à la Patte d’oie, dans un six-mètres qui fait face au District sanitaire du secteur 30. Là aussi, tout est pillé, et la villa incendiée.

Les flammes menacent les cours voisines, qui avaient déjà subi des dommages collatéraux de la manifestation avec les projectiles qui ont brisé des vitres, à l’image de la maison de Christophe Ouédraogo, conseiller technique à la SONABHY. Les sapeurs-pompiers arrivent sur les lieux, escortés par quelques éléments de la police municipale pour éteindre l’incendie et limiter les dégâts.

Les jeunes, surexcités, s’opposent à leur intervention. Il faut négocier. La tension monte. Les pompiers reculent. Dans la foulée, le pare-brise d’une Hilux de la BNSP reçoit un caillou. Les soldats du feu tentent ce qu’ils peuvent pour sensibiliser les insurgés : "Plus rien ne reste dans cette maison. Nous sommes là pour éviter que le quartier ne s’embrase. C’est également pour vous protéger, puisque nous avons transporté trois d’entre vous à l’hôpital suite à des blessures", explique l’un d’eux.

Le dialogue porte fruit. Les manifestants libèrent le passage. Entre-temps, malgré l’arsenal déployé, l’on voyait que les flammes résistaient. Un agent de la BNSP sort son portable et appelle de toute urgence du renfort. Quelques minutes plus tard, son patron, le lieutenant-colonel Syllas Kéita, arrive en personne sur les lieux. Pendant que ses éléments luttaient contre les flammes, les meneurs de la manifestation donnaient le signal de l’assaut contre les Kundé des secteurs 28 et 30. Parmi eux, un jeune qui serait le fils d’une des victimes. Il pleurait à chaudes larmes et réclamait le reste du corps de son papa, précisément la tête, afin de procéder à l’enterrement.

Au même moment, le pillage se poursuit à la cité An II. Le service est gratuit. La bière coule à flots. On emporte tout chez soi. Les tôles, les chaises, les tables, bref, tout ce que les flammes n’ont pas fortement endommagé est embarqué illico presto. Le coffre-fort subit l’acharnement de deux jeunes qui tenaient à se remplir les poches. Même les carreaux des terrasses sont dessouchés et mis dans des sacs. La scène est identique aux secteurs 28 et 30.

Samedi, les manifestants se signaleront au secteur 9, vers le stade du 4-Août, et au Notorious, à côté du cimetière de Gounghin. Les Forces de l’ordre et de sécurité sont obligées d’ériger des cordons autour des bars Kundé qui n’ont pas encore reçu la visite des croquants, comme c’était le cas à Boulmiougou. Mais pendant combien de temps vont-elles pouvoir monter ainsi la garde ?

C’est vrai que les délinquants profitent de la situation, mais c’est en même temps le procès des Kundé que l’on instruit. On a vite fait en effet d’attribuer le succès de ces maquis à des pratiques occultes. Les critiques concernent également la dépravation des mœurs, que le phénomène Kundé aurait engendrée avec la prostitution des mineures au quotidien. Et les supputations vont bon train. Des photos de jeunes filles, avec les numéros de téléphone portable inscrits au verso, auraient été retrouvées. Crime de sang, pratiques occultes et proxénétisme sont vite collés au label Kundé. Du coup, c’est tout un édifice financier et le gagne-pain quotidien de milliers d’employés qui s’écroule avec les pillages. Cela tombe mal d’autant plus c’est pendant un week-end, où les maquis, en particulier les bars Kundé, font le plein des recettes.

Dans l’après-midi de ce vendredi noir, le commissariat central de police est en état d’alerte, puisque les manifestants avaient l’intention d’y faire une descente musclée pour en extirper les suspects et les lyncher. "Il n’y a pas de justice dans ce pays. Si nous les laissons, ils seront un jour relaxés", entend-on dire. Ce n’est que partie remise. Le lendemain, vers 9 heures, une bande de jeunes, avec à leur tête des femmes, se regroupent autour du commissariat central pour exprimer leur ras-le-bol. Des cartons bricolés servent de pancartes qui portent leur revendication : "Nous voulons des têtes". Les policiers, postés devant les manifestants, derrière des barrières, sont imperturbables. Leurs chefs essayent néanmoins de calmer l’ardeur des jeunes gens, qui renoncent à l’assaut des lieux, mais le mouvement continue.

En fin d’après-midi, les têtes des personnes tuées sont retrouvées au barrage de Tanghin. Sur place, l’émotion est à son comble et les commentaires vont bon train. Les crimes ont été d’une barbarie insupportable. Mais comment en est-on arrivé là ? Tout serait parti d’une opération de vente de véhicule entre Bambo Oumar Maré (l’une des deux victimes) et Ali Maïga. Le marché avait été conclu et l’acheteur avait avancé une partie du montant, à charge pour lui d’entrer en possession du véhicule quand il aura soldé. Entre-temps, le sieur Maïga a vendu la voiture à un autre. Omar, le premier acheteur, réclame son argent à Maïga, qui, non seulement veut en soustraire la somme de 150 000 FCFA, mais le fait tourner en rond.

Un rendez-vous est fixé entre-temps. Maré se fait accompagner par un certain Sempana Bancé, la deuxième victime. Ils auraient tous embarqué dans une Toyota 4x4 conduite par Maïga et son compère Zampa pour se diriger vers la sortie est de Ouaga. En cours de route, l’une des victimes, ayant senti le roussi, tente de sauter du véhicule. Elle sera écrasée (en pleine journée, s’il vous plaît) et mourra sur-le-champ. L’autre sera sans doute tuée ultérieurement pour ne pas laisser de témoin. Heureusement pour la justice, Maré, avant d’aller à son rendez-vous avec Maïga, avait prévenu sa famille, ce qui a permis de remonter très rapidement la filière. Signalons que la 4x4, qui ne portait pas d’immatriculation au moment des faits, a entre-temps disparu de la circulation pour réapparaître, avec la plaque minéralogique 11 N 5815 BF.

Le contentieux entourant la vente du véhicule est-il le principal mobile de ce double meurtre ? A partir de ce que nous avons pu entendre, rien ne nous permet de répondre à cette question.

Dossier réalisé par Boureima Diallo Adama Ouédraogo Damiss Nankoita Dofini

L’Observateur Paalga du 17 mars 2008



18/03/2008
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