L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Affaire Norbert Zongo: Le bâtonnier dénonce le Collectif

Affaire Norbert Zongo

Quand le bâtonnier dénonce le Collectif contre l'impunité

Elle s'appelle Antoinette Ouédraogo, avocat de Marcel Kafando (suspect sérieux dans l'affaire Zongo), aujourd'hui bâtonnier de l'ordre des avocats du Burkina Faso. Signe particulier : Pourfendeur du Collectif contre l'impunité. Dans le N° 5864 de Sidwaya du mardi 3 avril 2007, elle dit tout le mal qu'elle pense de ces hommes et femmes qui ont osé se dresser contre l'impunité des crimes de sang. Mais que cela lui plaise ou non, Collectif ou pas Collectif, il y aura toujours des gens pour défendre le droit à la vie. Quoi qu'il en coûte !

 Me Antoinette Ouédraogo, Bâtonnier

L'affaire Norbert Zongo est, comme on le sait, une des affaires judiciaires les plus délicates, en raison de sa dimension politique et émotionnelle. C'est une affaire que le pays tout entier suit, que le temps ne saurait altérer parce que de sa bonne résolution dépend la paix sociale. Cela est si vrai que le président du Faso a dû se résoudre à accepter tous les crimes résultant de la violence en politique comme relevant de la responsabilité de l'Etat et à décréter le 30 mars comme Journée nationale de pardon. Tout a été dit sur la JNP et nous retenons en particulier le vœu maintes fois exprimé par les plus hautes autorités politiques et morales, que celle-ci puisse servir de catharsis au profit de l'ensemble de la Nation. En dépit de l'absence de consensus national autour des pré requis concernant cette journée, tout le monde admet que l'événement en lui-même traduit une évolution importante à la fois dans les esprits mais aussi dans les méthodes politiques, jusque-là constituées de mépris arrogants à l'égard de l'Autre politiquement différent.

Si on reconnaît le mérite à Blaise Compaoré d'avoir pris la mesure de la situation et d'avoir par conséquent concédé le repli nécessaire (il aurait pu comme tant d'autres se murer dans un refus entêté), le plus grand mérite revient cependant au Collectif contre l'impunité qui a su se dresser, malgré les risques, pour dire non à ce cours macabre dans lequel le pays était en train de s'enliser. Si on peut parler aujourd'hui d'une prise de conscience en faveur d'une vie politique apaisée, c'est en grande partie grâce à ces hommes et femmes du Collectif que Me Antoinette traite de tous les noms d'oiseaux. On peut comprendre que le rôle d'un avocat soit de défendre son client, mais même dans cette posture, un avocat doit rester lucide et garder le sens de la mesure.

Concédons à Me Antoinette que c'est de bonne guerre quand elle affirme notamment que : le dossier de Marcel était d'une limpidité d'eau de roche, que rien ne l'accusait, qu'une seule personne avait commencé à l'accuser et même s'il avait persisté, elle ne pense pas que Marcel aurait perdu son procès parce que comme les gens disent : " accuser ce n'est pas prouver." Et que toute personne poursuivie est présumée innocente jusqu'à ce qu'on établisse qu'il est coupable… Tout cela est vrai car comme on le dit, il appartient à celui qui accuse d'apporter la preuve. Mais là où on ne la suit plus, c'est quand elle quitte la défense stricte de son dossier pour administrer une charge du genre: "Vous savez, le dossier Norbert Zongo est un fonds de commerce. Il y'en a qui ne vivent que de cela.

Il y a certains de vos confrères qui ne vivent que de cela. Il y a tout un tas de gens qui ne veulent pas que cette affaire finisse un jour parce que cela leur permet d'être vus, de pouvoir comme je le disais déverser leur toxine, de dire un certain nombre de choses qu'ils ne peuvent pas vérifier et qu'ils ne vérifient même pas et de s'attaquer à ceux qu'ils n'aiment pas." Plus loin elle affirme : " Il y a des gens qui veulent sentir la puanteur tous les matins. Quand c'est net, quand c'est parfumé, quand c'est nickel, ils ne sont pas à l'aise. Il faut que ça bouillonne, que ça cogne, que ça soit de la putréfaction pour qu'ils trouvent leur compte.

Je ne sais pas s'ils sont dérangés, mais enfin ! " Voilà donc des affirmations qui confinent à de la médisance gratuite. Le Collectif a des revendications bien précises et celles-ci portent sur le respect des droits humains et la bonne gouvernance démocratique. Qu'en est-il au fond de sa revendication emblématique "justice pour Norbert Zongo" ? Rien. Au contraire, la volonté d'enterrer le dossier est claire. Comment rester immobile dans ces conditions ? La vie est ainsi faite que si vous ne vous remuez pas, vous n'avez rien. Et c'est le mérite du Collectif de l'avoir compris. Le chef de l'Etat lui-même l'a publiquement reconnu dans une interview publiée dans les colonnes de L'Evénement du 25 mars 2001.

Voici ce qu'il disait : "Je suis étonné de constater que le Collectif n'appréhende pas bien le rôle positif qu'il a pu jouer dans les récentes avancées que nous avons enregistrées. Faites le point de toutes les évolutions qu'il y a eues dans notre processus démocratique, vous conviendrez avec moi que ce n'est pas le CDP qui a porté ces revendications. Je dois dire qu'il y a eu un apport important." Voilà qui est bien clair ! S'il y a donc des gens qui ont intérêt à ce que cette affaire finisse, ce sont ces hommes et femmes qui ont battu le pavé pendant des années pour réclamer justice. Norbert Zongo est pour eux le symbole de ce que le Burkina a de meilleur et qu'ils n'acceptent pas de voir détruire.

Maintenant, en ce qui concerne les affirmations de Me Antoinette pour qui tout est net, parfumé et nickel notamment dans le dossier qu'elle défend, on peut en douter. Marcel Kafando n'a pas été cité dans le dossier par hasard. Il a un passé criminel, abondamment confirmé par ses états de service qui lui a d'ailleurs valu de prendre 20 ans dans l'affaire dite David Ouédraogo. Du reste, le lien entre cette affaire et celle dans laquelle Norbert Zongo a péri est établi par toute personne de bonne foi, non pas pour faire de Marcel Kafando un coupable parfait mais un parfait suspect. C'est un lien qui a une valeur heuristique irréfutable.

Il ne faut pas que l'on dise que le fait qu'on n'a rien prouvé contre Marcel fait de lui un innocent. C'est trop facile. Quand on dit qu'il n'y a rien dans le dossier et que tout est nickel, c'est peut-être parce qu'on l'a voulu ainsi. Il n'y a eu en effet aucune volonté d'y mettre quelque chose, et c'est ce que ne cesse de dénoncer le Collectif. Un non lieu ne peut se comprendre que si aucun soupçon ne pèse sur un prévenu. Or, malheureusement, c'est loin d'être le cas pour Marcel. Quant à nous autres, hommes de plume qu'on accuse de faire de cette affaire un fonds de commerce, c'est justement le genre d'affirmations dont on aimerait en avoir la preuve.

Quand on aura établi ces preuves en les comparant aux honoraires qui sont versés ici et là et qui permettent à d'autres d'entretenir des fermes, on verra qui en réalité tire son gombo de cette affaire. A supposer que l'on veuille établir des avantages comparatifs en terme de gains financiers et matériels, il est à peu près sûr que l'on ne se bousculerait pas pour occuper la position des hommes de média, qui du reste ne font que leur devoir en défendant leur confrère. Un bâtonnier, c'est quand même une responsabilité qui oblige celui ou celle qui en assume la charge à prendre de la hauteur et à garder le sens de l'équilibre et de la modération.

Norbert Zongo n'est certes pas un super citoyen pour reprendre l'interrogation de Mme le bâtonnier, pour lequel il faut faire table rase du principe de la présomption d'innocence. Cependant, cette évidence n'excuse aucune désinvolture du genre: " Il y a plus grand que lui, il y aura égal à lui et moins que lui et puis quoi alors ? La vie continue ! " Norbert Zongo a été atrocement assassiné. Si cela ne suscite aucune émotion chez Mme le bâtonnier, qu'elle ait la décence de s'abstenir d'en rajouter à la douleur des familles et de tous ceux qui continuent d'être dans le deuil de sa mort.

Ces déclarations choquent nos bonnes mœurs sociales et si elles ont été faites pour blesser, on peut dire que c'est méchant ; et venant d'un bâtonnier, c'est ni plus ni moins, une déclaration de guerre. Notons que ces déclarations sont faites dans le mois du pardon et les bonnes consciences de Citoyens du monde apprécieront. Les journalistes (du moins ceux qui sont dans la ligne de mire du bâtonnier) savent désormais à qui ils ont affaire. Merci au bâtonnier de nous renvoyer à la figure, l'image hideuse qu'elle a de nous. Elle a au moins le mérite d'être directe et claire. Ce sont des qualités que nous aimons dans notre profession et qui ne doivent pas nous être reprochées lorsque à notre tour nous l'appliquerons aux autres.

Par Germain B. Nama

L’Evénement N°113 - 10 Avril 2007



21/04/2007
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