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Affaire Sams'K le Jah : Le silence incompréhensible de la République

Affaire Sams'K  le Jah

Le silence incompréhensible de la République

 

Avril 2007, l'animateur atypique, anticonformiste et admirateur de Thomas Sankara, Sams'K le Jah, reçoit plusieurs menaces via internet du fait de sa "grande gueule" et du respect quasi religieux qu'il voue à son idole, le défunt président du CNR, dont il vante les mérites sur les ondes de Ouaga FM ; 28 septembre 2007, sa voiture est dévorée par des flammes criminelles dans la cour de Ouaga FM pendant qu'il était à l'antenne.

 

Dans les deux cas, les organisations et associations du monde de la communication et les mouvements de défense des droits humains ont, de concert, condamné ces actes attentatoires aux libertés d'opinion, d'expression et de presse. Ils ont, de ce fait, accompli, ne serait-ce que partiellement, les missions pour lesquelles ils se sont créés.

En effet, ils jouent, dans les faits, un rôle de contre-pouvoir et de sentinelle supposée être vigilante vis-à-vis des abus en tout genre des puissants que sont les politiques, les hommes et femmes d'affaires, les administratifs, etc.

Malheureusement, sauf erreur ou omission de notre part, du côté de la République, censée assurer à la collectivité et aux citoyens la sécurité, l'éducation, la santé, etc., ne règnent que l'aphonie et l'atonie.

Pire, à écouter certaines gens qui sont loin d'être la cinquième roue du carosse, "ce petit-là s'amuse à se faire peur lui-même : cette campagne est faite pour attirer l'attention du public sur lui et pour avoir de l'audience pour son émission Roots Rock Reggae". Il serait alors un paranoïaque, c'est-à-dire un orgueilleux doublé d'une personnalité qui voit partout de la persécution à son endroit. On est même allé jusqu'à laisser entendre qu'il aurait commis des gens pour brûler sa voiture afin de rendre crédibles ses dires.

Si fait que nombreux sont ceux qui pensent que si les forces de sécurité n'ont, au moins officiellement, encore rien fait malgré la plainte qu'il a déposée en avril dernier suite aux menaces, c'est bien parce que son discours est un tissu de mensonges.

 

Sams'K le Jah, peut-être un déjanté mais un citoyen quand même

 

Il n'est pas exclu que les tenants de telles explications aient raison. Derrière les apparences humaines et angéliques que chacun de nous tente d'afficher à l'intention de ses semblables, sont secrètement tapis un vulgaire menteur, un habile falsificateur de faits  et un parfait fourbe. En fonction des résultats de notre processus de socialisation, des intérêts en jeu ou de notre état de santé physique ou mentale, ces hydres hideuses sortent brutalement de leur cachette.

Sams'K le Jah pourrait bien être possédé par une de ces hydres. Cela ne saurait, toutefois, pas justifier l'attitude des institutions de la République qui, avouons-le, frise le mépris : la Justice, silencieuse ; la police, muette ; la gendarmerie, "50 F ne valent pas mieux que 25" comme qui dirait ; le ministère de la Promotion des droits humains, sans voix ; le Conseil national des droits humains, le blanc total, etc.

Certes, peut-être que dans la discrétion, ces institutions font quelque chose comme recevoir l'animateur artiste musicien pour l'encourager ; peut-être (qui sait ?) que la police et/ou la gendarmerie sont silencieuses mais n'en sont pas moins actives.

Cependant, dans un contexte d'Etat de droit démocratique et libéral, le savoir-faire de la République doit s'accompagner du faire-savoir, car ce qu'elle fait, ce sont des  "devoir faire".

Autrement dit, ce sont ses devoirs et elle doit en rendre compte à celui qui l'a mandatée, à savoir le peuple. Qu'on n'aille pas nous opposer par exemple l'argument du secret de l'instruction ou du devoir de réserve car dire publiquement qu'on est préoccupé par ce qui lui arrive n'entache en rien le secret de l'instruction ou le devoir de réserve.

 

Des a priori érigés en a postériori

 

Nous disions tantôt qu'il n'est pas exclu que Sams"K le Jah soit un déjanté, un paranoïaque. Mais cela, c'est un médecin qualifié qui peut en tirer la conclusion après un diagnostic irréprochable et acceptable par tous les esprits initiés. Ce n'est pas sur la base de rumeurs, parfois aussi fantaisistes les unes que les autres, qu'on doit sceller son sort.

Mieux, dans l'hypothèse où il serait un malade, il serait plus à plaindre qu'il ne devait faire l'objet de risée ou d'ostracisme de la part de son prochain. Mieux encore, il doit être assisté car il est su de tous que bien de maladies mentales ont pour origine les difficultés d'intégration dans la société des humains.

C'est dire donc que, sans diagnostic de médecin et sans enquête policière sérieuse prouvant que Sams'K le Jah raconte des balivernes, décider qu'il ne faut rien en dire et qu'il ne faut rien faire, c'est prendre l'introduction pour la conclusion ou l'a priori pour l'a postériori.

Qu'un citoyen ou quelques citoyens limités par leur niveau de culture ou/et leur degré d'ouverture d'esprit en arrivent à une telle inversion de perspective, passe encore. Mais que des institutions républicaines qui regorgent de cadres provenant des différents domaines de la connaissance se comportent de la sorte ne peut que donner raison à ceux qui pensent que notre Etat est au pire un non-Etat et au mieux un Etat au service de quelques princes. Tout ça au moment où on célèbre le 20e anniversaire de la renaissance démocratique.

Allez-y savoir.

 

Zoodnoma Kafando

L’Observateur Paalga du 3 octobre 2007



03/10/2007
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