L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Agressés et agresseurs présumés racontent (Affrontements à l’UPB)

Affrontements à l’UPB

Agressés et agresseurs présumés racontent

Des étudiants de l’Université polytechnique de Bobo (UPB) se sont violemment affrontés dans la matinée du 11 avril 2008 à Nasso (site de l’université), faisant plus de 13 blessés et entraînant l’intervention des forces de sécurité sur les lieux ainsi que la suspension des cours. Nous sommes allés à la rencontre et d'agressés et d'agresseurs présumés qui donnent chacun la version des faits.

L’Université polytechnique de Bobo Dioulasso (UPB) a vécu, le 11 avril 2008, l’une des plus chaudes journées de son histoire. Des étudiants de l’université se sont en effet violemment affrontés dans la matinée de ce jour, faisant plus de 13 blessés et entraînant l'intervention des forces de sécurité et de défense. La cité universitaire de Nasso, où se sont déroulés les événements, était sous contrôle des éléments de la gendarmerie quand nous y sommes arrivés dans l’après-midi du 12 avril. La situation était, visiblement, sous contrôle. Les gendarmes pouvaient se livrer à des jeux comme celui de damier. En fait, les gendarmes qui étaient là venaient de remplacer d’autres et ne pouvaient vraiment pas nous renseigner. En face de nous, des étudiants étaient assis autour d’une table dans le Centre de loisirs de la cité. Une fois à leur niveau, nous apprendrons d'eux qu'ils sont "des rescapés" de la guerre estudiantine de la veille. Un petit coup d’oeil nous a tout de suite permis de nous rendre compte que la plupart d’entre eux portaient des blessures, sur la tête, au bras, ou d’autres parties du corps. Bien qu’ils soient contents de notre présence, aucun d’eux n'était prêt à parler à visage découvert des douloureux événements qu’ils viennent de vivre. Ils avaient tous peur que cela n’entraîne d’autres violences sur leurs personnes. Pas même la présence de la gendarmerie sur les lieux ne suffisait à les rassurer. Et certains de commencer à nous relater avec une dose d’humour le cauchemar qui avait été le leur en cette matinée du 11 avril. "Depuis que je suis né, je n’ai jamais pratiqué le football mais aujourd’hui mon mollet dépasse celui d’un footballeur tellement il est enflé", a dit l’un de nos interlocuteurs. Un autre de renchérir : "Depuis que je suis né, on ne m’a jamais ainsi frappé. Ils voulaient nous tuer." Un troisième qui n’arrivait visiblement pas à s’imaginer ce qui leur était arrivé de dire : "Je ne peux pas comprendre cela. Comment des camarades avec qui nous avons hier pris des cars depuis Ouaga pour venir ici pour les études peuvent, aujourd’hui, se permettre de nous bastonner, de nous lapider avec des cailloux, de nous déshabiller pour ensuite nous filmer avec leurs portables ? Même les forces de l'ordre ne feraient pas ce qu’ils ont fait. Vraiment, quand j'y pense, ça peut me rendre fou." Entre-temps, nous leur avons demandé qui étaient leurs agresseurs. "Ceux qui nous ont attaqués hier, nos adversaires", a répondu un de nos interlocuteurs. Et de préciser aussitôt : "Ce sont les partisans de l’ANEB."

Tout serait parti d'une perquisition de chambres

Mais, comment les choses ont-elles commencé pour qu’ils en arrivent à de telles extrémités, leur avons-nous demandé. Selon leurs explications, tout aurait commencé dans la matinée du jeudi 10 avril. Un groupe d’étudiants proches de l’ANEB non résidents de la cité seraient venus ce jour perquisitionner les chambres à la recherche d’un étudiant qui aurait mal parlé au cours d’une assemblée générale tenue dans la cité de Colsama le 9 avril. Ce groupe aurait eu une altercation avec des résidents qui n’acceptaient pas que leurs chambres soient visitées de la sorte. Des échanges de coups de poing s’en seraient suivis, et un résident aurait même perdu une de ses dents dans les échauffourées. Inquiets de la gravité de l’incident, les résidents se seraient alors mis en groupes pour parer à toute éventualité en cas d’attaque, puisque la rumeur faisait état, selon leurs dires, de la venue imminente de personnes de Bobo pour les attaquer. Mais toute la nuit du 10 avril, rien ne s’est passé. Et c’est le matin du 11 avril que les visiteurs de la veille sont arrivés avec la même mission de perquisitionner les chambres. En plus de l’étudiant "mal causeur" du nom de Yves Kaboré, ils recherchaient aussi le résident à qui ils avaient cassé la dent. Pour les résidents de Nasso regroupés, c’en était trop. Il fallait défendre leur dignité, leur honneur. Alors, ils ont décidé de faire barrage à toute perquisition de chambre, ce que ne voulaient, apparemment, pas entendre leurs adversaires, pour qui personne d’autre de la cité ne devrait s’en mêler, sinon "il aura chaud". C’est ainsi qu'il y a eu les affrontements. A nombre sensiblement égal et évoluant sur leurs installations, nos interlocuteurs, à leurs dires, auraient pris le dessus, faisant les premiers blessés dans les rangs de leurs adversaires. Ils avaient remporté la bataille, mais ils savaient que la guerre était loin d’être finie. Conscients des représailles qu’ils encouraient, vu leur nombre limité (une vingtaine, selon eux), ils auraient alerté les forces de sécurité qui ont tardé à venir. Nos interlocuteurs ne croyaient pas si bien penser quand, quelques minutes plus tard, leurs adversaires sont revenus avec du renfort (ils dépasseraient les 200 personnes). Malgré le déséquilibre en nombre, nos interlocuteurs se seraient, dans un premier temps, battus loyalement, avant de céder. Certains ont fui le combat. D’autres ont été maîtrisés par l’adversaire qui leur aurait fait subir toutes sortes d’humiliations telles leur faire écrire : "Moi … soussigné être un fantoche de mon Etat".

La version de l'ANEB

Le comité exécutif de l’ANEB / Bobo a donné le 13 avril 2008 à Bobo sa version des faits. C’était au cours d'une conférence de presse qui a enregistré la présence d’un grand nombre d’étudiants. De la déclaration liminaire lue par le président de l’ANEB / Bobo, Izzat Tiemtoré, il est ressorti que les militants du Mouvement national des étudiants burkinabè étaient en assemblée générale ce 11 avril pour expliquer la situation de regain de tension dans les cités, quand un des leurs a été gravement blessé par "des milices lourdement armées et à la solde du directeur régional du CENOU". Et quand ils ont vu le blessé, c’était une obligation d’user de leur droit de légitime défense, réussissant à mettre les agresseurs (estimés à une quarantaine) "hors d’état de nuire". Mais en aucun cas, a indiqué M. Tiemtoré, les militants de l’ANEB n’ont perpétré d'acte d’humiliation sur leurs adversaires, dont certains ont d’ailleurs été protégés jusqu’à l’arrivée des forces de sécurité sur le campus. L’ANEB qui est contre l’instauration de la police universitaire sur le campus n’a pas intérêt, selon le président de l’ANEB/Bobo, à semer la violence. Mais les conférenciers rejoignent leurs adversaires sur un point : les affrontements ont un rapport avec les élections des délégués des cités universitaires dont la validation des résultats a été suspendue dans quatre cités où des candidats membres de leur association avaient gagné. C’est pourquoi ils exigent la validation et la publication sans délai des résultats des élections et prennent le directeur régional du CENOU pour seul responsable des événements. Ils exigent en outre le départ immédiat et sans conditions des forces de l’ordre du campus de Nasso afin de permettre aux étudiants, qui ne se sentent pas en sécurité en leur présence, de reprendre les cours. Par ailleurs, tout en déplorant les affrontements, "le CE (Comité exécutif) tient déjà responsables les autorités universitaires de l’UPB de la dégradation éventuelle du climat social, déjà malsain sur le campus de Nasso et probablement dans les autres universités du Burkina, vu la motion de soutien qui lie l’ANEB/Bobo aux autres sections nationales de l’UGEB (ANEB/Ouaga, ANEB/Koudougou)".

Par Grégoire Bazomboué BAZIE

Le Pays du 15 avril 2008



15/04/2008
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