L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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«On votait comme si on allait en consultation»

Benjamin Yaméogo, UNDD Boulkiemdé : 

«On votait comme si on allait en consultation»

Cliquer ici pour lire l'entretien de Hubert Yaméogo

 

Une semaine après, quel regard jetez-vous sur le déroulement du scrutin du 6 mai ?

 

• Il faut dire qu'il y a eu beaucoup de ratés, de défaillances sur le plan matériel et même sur le plan humain parce que nous avons rencontré pas mal de difficultés avec certains membres du bureau, qui ne savaient pas exactement ce qu'il fallait faire. Ensuite, pour ce qui est du déroulement en tant que tel, je ne voudrais pas revenir sur ça, car l'occasion m'a été donnée à plusieurs reprises de donner mon point de vue sur ce scrutin qui a été marqué par la fraude ; une fraude massive que tous les partis ont relevée. Aujourd'hui, il faut être positif, le vin est tiré, il faut le boire, mais je voudrais tout simplement insister pour dire que s'il y a fraude, elle est organisée par le parti qui a le pouvoir, en l'occurrence le CDP, et ces coalisés  comme l'ADF/RDA, parce que ça nécessite des moyens. Les cartes étaient distribuées accompagnées de billets de 1 000 ou de 2 000 F. L'UNDD ne peut pas avoir ces moyens pour frauder. Même pour prendre en charge les délégués que nous envoyons dans les bureaux de vote, ce n'était pas du tout facile. Donc moi, je ne voudrais pas revenir sur ce qui est passé. Il faut maintenant voir l'avenir, et nous demandons à l'autorité politique de ce pays de tout mettre en œuvre pour corriger ces imperfections que nous avons constatées, parce que ces actes antidémocratiques, antirépublicains mettent en danger le processus démocratique, que nous avons entamé au début des années 1990.

 

Cette histoire de fraude c'est comme une balle de ping-pong que vous vous renvoyez, car autant vous accusez le CDP et l'ADF/RDA, autant eux aussi vous accusent d'avoir fraudé. Quelle réponse avez-vous à donner, surtout que ces accusations avaient été portées en 2005 ?

 

• Je commencerai par la fin de votre question, c'est-à-dire les élections de 2005. C'est le Cours Placide Yaméogo (dont Benjamin Yaméogo est le directeur Nldr), semble-t-il, qui, en 2005, aurait servi de source d'approvisionnement en actes de naissance pour organiser la fraude. Ceux qui ont dit ça  ne cherchent qu'un bouc émissaire parce qu'en 2000, il était question de l'influence de la mort de Norbert Zongo, qui a été, selon nos détracteurs, un coup de pouce  qui nous a permis de gagner ces élections. Maintenant, on dit que c'est mon établissement qui a servi à faire la fraude. Moi je vous dis aujourd'hui  que le Cours Placide ne dispose pas de stock d'actes de naissance, il n'a pas même les moyens matériels de conserver ses propres archives. Je suis arrivé au Placide en 1988 en tant que professeur de SVT (sciences de la vie et de la terre). Je suis devenu surveillant général autour de 1995 et j'ai trouvé que dans cet établissement, les actes de naissance étaient remis à ceux qui désiraient reprendre leurs dossiers. Alors, à la fin de l'année, les dossiers qui n'étaient pas retirés étaient brûlés tout simplement. Je ne vois donc pas comment je peux avoir des actes de naissance pour frauder. Il faut dire que la mission catholique a été saisie du problème. J'ai été convoqué, je devais fournir des explications sur des accusations qui ne valaient pas la peine. Preuves à l'appui, j'ai été blanchi, c'est pour ça que vous me trouvez toujours au Cours Placide. En son temps, on a brandi des chemises de dossiers vides pour dire que nous en avons retiré les actes de naissance pour frauder. On a pu prouver que les pièces desdits dossiers avaient été remises à leurs propriétaires par la secrétaire, qui avait du reste les états d'émargements de ceux qui ont retiré leurs actes de naissance. De preuves, il n'en était rien du tout.

 

L'UNDD sortant du scrutin sans siège au Boulkiemdé, c'est la grosse surprise de ces élections. Comment expliquez- vous cela ?

 

• La seule raison, c'est simplement la fraude. Vous avez vu l'engouement des populations, vous avez vu toutes les rencontres que nous avons pu organiser ici, vous avez vu comment les gens se sont battus pour que l'UNDD puisse engranger suffisamment de voix pour avoir des sièges dans le Boulkiemdé. Je vous dis que nous pensions que le soir du 5 mai, nous étions en train de travailler pour le troisième siège et non pas pour rester les mains vides. Mais la fraude a fait son effet, et nous nous sommes retrouvés sans siège. Comment expliquer cela ? Il n'y a pas d'explication, c'est la fraude qui nous a battus.

 

Comment avez-vous alors accueilli la nouvelle que vous n'allez pas avoir de siège au Boulkiemdé ?

 

• Sans surprise ! au regard même de ce que moi j'ai vu. Je l'ai déjà dit dans vos colonnes, dans les départements que j'ai visités le jour du scrutin du 6 mai, les élections se faisaient comme si on allait en consultation : juste la carte d'électeur et on passait au vote, c'était comme ça.

 A Pella, à Siglé, à Poa, on votait comme ça, ça ne m'a pas surpris. L'encre n'était pas de bonne qualité, tout ça fait que notre défaite n'est pas surprenante.

 

D'autres attribuent pourtant votre défaite à l'absence de Marcellin Yaméogo sur vos listes ; à la position  (15e sur 15) de maître Hermann Yaméogo sur la liste nationale ; à votre campagne que beaucoup juge avoir été peu perceptible.

 

• Je ne crois pas que notre campagne n'ait pas été visible. Vous avez vu notre dernière assemblée générale ; c'était une démonstration de force. Il n'y avait pas matière à comparaison avec ce que les partis qui ont les moyens financiers et matériels ont fait. C'est vrai, on ne peut pas faire comme tout le monde, et puis, chacun a sa stratégie. Ensuite, je ne crois pas que l'absence de Marcellin Yaméogo ait quelque chose à voir dans l'échec de l'UNDD. Marcellin n'a pas été positionné à Ouaga ni à Bobo, or  nous n'avons pas eu de siège sur toute l'étendue du territoire, pas seulement à Koudougou. C'est vrai, on dit qu'il y a eu un groupe qui était réticent, il y a eu même un démissionnaire, Isaac Zongo, mais je ne pense pas que cette démission y ait été pour quelque chose, d'autant plus que ce démissionnaire, aux municipales, avait été battu à plate couture dans son département. C'est dire que c'est un département que nous ne maîtrisons pas, et qu'il ne pesait pas très lourd dans sa zone. Moi, j'ai battu le CDP dans mon secteur lors des municipales et pendant ces législatives !

Concernant la place de Me Hermann, nous sommes dans un pays à fort taux d'analphabètes, ce n'est pas dans un sens péjoratif, et quelquefois, certaines décisions ne sont pas comprises par les populations ; je crois que ce que nous devons faire et ce que notre président, Hermann Yaméogo, doit faire, c'est certainement revenir à la base et réexpliquer sa position. Je crois que les gens lui donneront raison ; sinon dans les départements et autres circonscriptions, les gens votent pour le parti, et non pour l'individu.

 

Zéro député dans tout le Burkina Faso, ne craignez-vous pas que cela ne sonne le glas de votre parti comme le redoutent  certains  de vos militants ?

 

• Je pense, au contraire, que c'est une renaissance ; nous allons renaître, nous allons repartir sur de nouvelles bases et puis, comme un nouveau parti qui naît, nous allons repartir de plus belle, et cette fois-ci, je pense que nous sommes bien outillés pour la relance d'autant plus que nous allons demander et insister auprès du pouvoir pour qu'il rectifie ce qui ne va pas dans le processus, sinon c'est tout le monde qui y perd et non  l'UNDD seule.

 

Beaucoup vous voyaient déjà député,  est-ce que ça ne va pas briser votre élan ?

 

• Non, il y a un proverbe mossi qui dit que lorsque quelqu'un te refuse quelque chose, c'est juste pour te dire que tu dois redoubler d'effort pour l'obtenir

 

Quel sera désormais votre avenir au sein de l'UNDD ?

 

• Vous savez qu'après des consultations électorales, les partis font des réaménagements, il y a toujours du nouveau. On fait tout pour repartir sur de bonnes bases. Donc, même étant militant, je sais que je peux être très efficace. Aux municipales passées, je ne suis pas beaucoup sorti, n'empêche que, dans mon secteur, nous avons gagné. A la base, on travaille souvent mieux que lorsqu'on est à la tête. Je n'ai pas besoin d'être responsable pour travailler.

 

Quelle conclusion pouvez-vous tirer de la tenue de ces législatives 2007 ?

 

• Première chose, c'est bien qu'on ait eu des élections  présidentielle, municipales, législatives. C'est déjà bien et on pourrait peut-être remercier dans ce sens au moins le président Blaise Compaoré et le CDP pour nous avoir permis d'avoir des élections régulières. Deuxièmement, je pense qu'il faut que la classe politique burkinabè se ressaisisse, il faut que le pouvoir comprenne  que la voie empruntée par notre démocratie ne nous conduira jamais, au grand jamais au bonheur du peuple burkinabé. Avec ces fraudes pratiquement à ciel ouvert, quelle image allons-nous avoir des élus ?

Ces élections sont sans goût, il y a une victoire sans goût et une défaite qui ne nous dérange pas beaucoup. Je dis que c'était une élection sans enjeu  où, coûte que coûte, certains voulaient avoir des députés et ils ont utilisé tous les moyens pour les avoir. Ceux qui se sont battus loyalement ont vu leurs efforts annihilés par la tricherie et la fraude. Donc je crois qu'on n'a pas à en rougir. 

   

 Cyrille Zoma

L'Observateur Paalga du 15 mai 2007



15/05/2007
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