L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Apprendre à se passer de Blaise Compaoré

CDP
Apprendre à se passer de Blaise Compaoré

Il y a une nette conscience que le temps est venu d'apprendre à se passer de Blaise Compaoré. Jusque-là, le CDP avait vécu pour lui. Ses ex-camarades qui se savent en sursis veulent à présent faire vivre le parti pour eux-mêmes. En vieux communistes, ils savent que pour l'heure la contradiction principale c'est celle qui engage leur survie politique. Après viendra l'heure des ambitions personnelles, c'est-à-dire les contradictions secondaires qui ne manqueront pas.

Coups sur coups le CDP, ce machin autrefois difficile à mouvoir aura réussi la prouesse d'être à la fois réactif et proactif même. Si le parti n'a pas été volubile sur la crise de la vie chère, il n'a pas mis du temps à réagir au limogeage de son premier vice président du gouvernement. Fait inhabituel, s'il en est, par lequel le parti a non seulement eu le culot de remercier un camarade congédié par le grand sachem, ce qui était quelque part le désavouer, mais aussi en posant des questions jusque-là impensables. En effet, ce même communiqué qui a félicité "le camarade" Salif Diallo posait en des termes sans équivoque, le droit du parti, dans "un objectif d'approfondissement de la démocratie" de contribuer à "une projection sereine vers l'avenir" en instituant "…les débats contradictoires sur les reformes politiques et institutionnelles". Sans le dire ouvertement, le parti mettait ainsi les pieds dans le débat sur la succession de Blaise Compaoré. Il prenait pour ainsi dire date.

Et puis sont arrivés les ex-CNPPistes avec leur brûlot au moment où le parti n'avait pas encore eu le temps de digérer la mise en marche bruyante de la FEDAP/BC. Devant l'avalanche des coups, les principaux dirigeants du parti y ont vu tout de suite une tentative de déstabilisation. Une sorte de torpille, à la "Gilbert Ouédraogo"1, amorcée pour un pronunciamiento au CDP. Il fallait donc faire front en ne laissant aucun doute sur la détermination des dirigeants à ne pas se laisser mener à l'abattoir.

Dès les premiers écrits déjà, une certaine unanimité s'était faite sur la réponse à donner, même si le président Roch Marc Christian Kaboré, avait usé de toute son influence pour conduire des discussions avec les frondeurs. Mais cette volonté tourne court devant l'exigence principale de Yao Marc et certains de ses camarades de se voir reconnu comme "un courant dans le parti" avec à la clé "une Refondation" qui n'aurait signifié autre chose qu'un possible désaveu de la direction actuelle du CDP. Au sommet du parti on a vite fait les calculs. Les ex-CNPPistes associés aux militants FEDAP/BC et à quelques snipers tubedigestifs du parti, c'est incontestablement la déstabilisation assurée.

La décision draconienne, en comparaison de la première réponse aux ex-CNPPistes, du 13 juin dernier doit se comprendre comme une volonté de contre-carrer ce dessein qui se profile à l'horizon. Les dirigeants du CDP sont convaincus que les mois à venir seront déterminants pour leur propre survie politique. Si le CDP n'est pas affaibli, ils seront en position confortable pour peser sur les enjeux "des reformes politiques et institutionnelles" inéluctables qui s'annoncent pour au plus tard début 2009.

Le CDP a quand même vécu

Dans la perspective des échéances à venir, la direction actuelle du CDP n'a pas craint de tuer "le CDP" tel qu'il est né des "arrangements" de février 1996 à l'instigation du président Blaise Compaoré. C'est le chef de l'Etat, plus que quiconque qui a ferraillé à la naissance du CDP dans un objectif très clair d'élargir la base sociale et politique de son pouvoir, dans la perspective d'un second mandat présidentiel qui devait lui permettre de "donner la pleine mesure de sa stature d'homme d'Etat". Il a donc contacté lui-même individuellement les leaders politiques qui comptaient à l'époque. Beaucoup sont venus au CDP parce que c'était lui. Il fallait tout juste trouver une base légale pour faire bonne figure. On trouva l'idéologie commune : la social démocratie. Le CDP, c'est donc un assemblage entre les ex ODP, les plus nombreux et les représentants d'une kyrielle de partis, plus ou moins représentatifs. La CNPP/PSD, même diminuée par la scission qui donna naissance au PDP, restait symboliquement la composante la plus significative.

La décision qui a consisté à suspendre les ex-CNPPistes marque un tournant dans la vie du CDP. C'est désormais un repli sur sa base ODP, en attendant que le congrès prononce le démariage définitif.

La course est présentement engagée pour faire le compte des soutiens de chaque camp. Les ex-ODP qui sont dans les rouages essentiels du parti, et notamment dans son administration, semblent faire front avec la direction actuelle. Au sein du groupe parlementaire également, une majorité claire semble s'être dégagée en faveur du combat identitaire, surtout qu'au parlement les ex-CNPPistes ne sont plus représentés.

Dans cette situation Yao Marc et ses amis semblent être en position de faiblesse, même si comme il le dit lui-même "Quand vous êtes dans une grande maison et qu'on vous expulse d'une chambre, vous pouvez soit aller dans la chambre d'à-côté où choisir carrément une autre maison". On pourrait penser que la chambre d'à-côté c'est la mouvance présidentielle. Sauf qu'on imagine difficilement Yao Marc et ses amis débarquer dans un de ces partillons de la mouvance présidentielle. En bon Bobo s'il veut manger du chien, il ne se contentera pas des pattes. La chambre d'à-côté pourrait donc être une nouvelle alliance avec, pourquoi pas la FEDAP/BC qui aurait l'avantage de donner le change au CDP s'il n'a pas implosé d'ici-là.

Le combat est engagé. Il reste à savoir pendant combien de temps le triumvirat actuel, à la tête du CDP restera solidaire. On peut imaginer que cela dure tout le temps que chacun d'eux se sentira en danger de "mort politique". Et après ? En attendant s'ils tiennent jusque-là, ils auront administré une bonne leçon au "boss" et auront et c'est le plus important fait progresser la démocratie burkinabè en lui évitant les affres "d'une monarchisation" du pouvoir que tout le monde redoute aujourd'hui au Burkina Faso.

Newton Ahmed Barry

L’Evénement online du 15 juillet 2008

 

1 Gilbert Ouédraogo et les circonstances de son arrivée à la tête de l'ADF/RDA en juin 2003, après l'éviction de Hermann Yaméogo.



15/07/2008
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