L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"Blaise et Sankara ne sont pas comparables" selon Achille Tapsoba, député CDP

Achille Tapsoba, député CDP

"Blaise et Sankara ne sont pas comparables"

 

L'homme a été un militant de première heure du comité de défense de la révolution (CDR), il ne s'en cache pas.

Aujourd'hui député du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Achille Tapsoba, puisque c'est de lui qu'il s'agit, dans l'entretien que notre journal a eu avec ce philosophe de formation, nous parle de ce qu'il sait du 15 octobre 1987. Il tente au passage une comparaison de feu Thomas Sankara et de Blaise Compaoré qu'il a connus sous la révolution d'août 83.

 

Vos contempteurs disent que si ça vous plaît de fêter un assassinat, grand bien vous fasse ! En régime démocratique, pensez-vous qu'il est pertinent de commémorer 20 ans de pouvoir ?

 

• Je dois d'abord dire que je respecte beaucoup l'opinion des autres, leur façon de voir, pourquoi pas leurs impressions et leurs sensations. Mais je pense que, autant on peut s'interdire de faire quelque chose, autant on doit commencer à s'interdire avant d'interdire à quelqu'un de faire quelque chose.

La question qui se pose est celle de savoir ce que chacun fête, célèbre. Vous savez très bien comme moi que le 15- Octobre a été un événement à dimension nationale voire d'intérêt international.

Les événements du 15-Octobre peuvent être effectivement considérés sous deux aspects. Mais ils répondent plus à ce que j'appelle le dénouement d'une crise. C'est un dénouement qui a été sanglant, mais ça reste le dénouement d'une crise. Il y avait en antagonisme deux parties.

Je pense que c'est comme si l'on parlait d'une situation de guerre où il y a des vainqueurs et des vaincus. Et l'Histoire de par le monde retient que l'historien conte l'histoire selon le camp où il se trouvait.

Pour certains, le dénouement de la guerre, c'est une victoire, pour d'autres, c'est une défaite.

Mais qu'on interdise aux acteurs de l'histoire de commémorer le même événement vu sous des angles différents, c'est contre cela que je m'insurge. C'est faire preuve de manque de démocratie, d'esprit démocratique. Les événements douloureux, personne ne souhaite cela même à son ennemi.

Il y a eu mort d'hommes, c'est vrai, mais l'Histoire de l'humanité est jalonnée de morts de grands hommes politiques.

Est-ce pour autant qu'on éteint la mémoire des individus qui ont disparu ? Lorsque vous prenez les luttes de libération nationale, le jour de la libération nationale est une grande fête même s'il y a eu des morts sur le champ de bataille.

Mais cela est célébré comme une victoire, comme une fête. Ce n'est pas pour autant qu'on insulte la mémoire de ceux qui ont disparu. Ensuite, pour ce qui est précisément du cas présent, je dis bel et bien que ceux qui sont tombés le 15 octobre 87 sont tombés avec leurs convictions, qu'ils défendaient l'honneur et la dignité de la patrie. Ce qui ont, le 15 octobre, pris le pouvoir l'ont pris au nom du patriotisme et de la défense de la patrie. Alors, je me refuse à faire le jeu du tribunal de l'Histoire. Je ne saurais prendre la place du tribunal de l'Histoire pour juger X ou Y, donner raison ou tort à X ou à Y.

Je reste un acteur, j'assume ce qui s'est passé et je l'assume en toute responsabilité. Par conséquent je dis, du même événement, que certains  peuvent l'avoir senti de façon douloureuse, d'autre d'une autre façon. A partir de ce moment, la célébration du 15 octobre 87, 20 ans après, se fait effectivement selon la perception des acteurs de l'époque, voire des acteurs actuels.

Dans cent ans aucun de ces acteurs ne sera là, mais  l'événement sera commémoré, selon ce que la mémoire collective aura retenu. Et je pense que c'est cela qui est fondamental.  Aujourd'hui, aussi bien ceux qui étaient les contempteurs et les adversaires de la démocratie libérale à l'époque de la révolution d'août 83 à 87 que ceux qui étaient de la droite libérale et qui réclamaient la démocratie libérale y sont tous de nos jours ; j'aimerais tant qu'on me dise le contraire. Donc, les adversaires de la démocratie libérale d'hier et les défenseurs de la démocratie libérale d'hier se sont retrouvés dans la démocratie libérale d'aujourd'hui.

A partir de ce moment, si on est tous d'accord que ce processus démocratique a été salutaire pour le Burkina Faso, pour ses fils et ses filles et reste salutaire pour le progrès national, l'effet déclencheur en a été le 15 octobre 87, n'en déplaise à qui que ce soit. A l'époque, les contradictions étaient d'ordre politique. Et l'une des questions essentielles était bel et bien celle de la démocratisation du pays.

Et je pense qu'elle était sérieuse. Je me réjouis aujourd'hui de savoir que des gens qui, le 15 octobre, étaient contre le fait que la rectification puisse aboutir à la démocratisation  de notre pays se retrouvent être des défenseurs acharnés de la démocratie.

Je me dis que c'est bien et ce qui ne l'est pas, c'est de ne pas changer positivement. Ce qui n'est pas bien, c'est de vouloir interdire à l'autre de penser différemment. Ce qui n'est pas bien, c'est d'interdire à un homme, normal comme vous, d'avoir ses propres sensations et ses propres impressions.

Voilà ce que je trouve ne pas être normal.

 

On a donc parlé après les événements du 15 octobre de rectification. Qu'est-ce qui était vraiment à rectifier ?

 

• Eh bien, la rectification, comme l'ont dit ceux qui ont avancé le concept, était le mot d'ordre qui devait sanctionner les événements du 15 octobre 87 ; c'était la rectification du processus révolutionnaire. Rectifier dans quel sens ? "that is the question". C'était là effectivement la question fondamentale. Dans quel sens rectifier ? De quelle manière ? Et jusqu'où rectifier ? Le processus de rectification a commencé sous la révolution elle-même,  par un certain nombre de réformes que vous avez suivies à l'époque.

C'est ainsi qu'on a réformé d'abord les structures populaires, qui sont passées des Comités de défense de la révolution (CDR) au Comités  révolutionnaires (CR). Ensuite on a rectifié un certain nombre de mots d'ordre de la révolution en abandonnant ceux qui étaient réputés être  aventuristes, difficiles à exécuter par le peuple. Tout cela, c'était la rectification. Rectifier le caractère dur de la révolution, de mon point de vue, en était l'un des objectifs. Il s'agissait d'alléger un peu le processus révolutionnaire pour le ramener à un vitesse raisonnable et à un rythme qui peut être suivie par beaucoup de gens.

Rectification aussi parce qu'à l'époque, si vous vous rappelez bien, tous les partis politiques étaient dissous et interdits. C'est avec le Front populaire (FP) que ces partis politiques ont été reconstitués, reconnus et se sont exprimés, dans un premier temps, à travers le Front populaire lui-même.

C'est ainsi que dans le Comité exécutif du FP se retrouvaient les responsables des différents partis politiques aussi bien de droite, du centre que de la gauche. C'était des réformes importantes, qui ont sanctionné cette rectification. C'était les premières phases de la rectification, le prélude à la rectification. Et c'est en rectifiant de cette façon que ceux qui ont déclenché le processus ont estimé nécessaire de la prolonger par le retour à une vie constitutionnelle normale. Parce qu'en réalité, le processus révolutionnaire se trouvait dans des difficultés insurmontables. Je dois reconnaître que le contexte international ne nous aidait pas du tout à demeurer de façon réelle dans un processus de révolution à 100%.

Et l'analyse de ce contexte international et des rythmes d'évolution de la situation sociopolitique internationale a convaincu un certain nombre de rectificateurs qu'il fallait continuer la rectification jusqu'à rétablir l'ordre constitutionnel normal dans le pays.

A l'époque, certains  révolutionnaires avaient claqué la porte parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec l'abandon de la "Révolution" et le retour à la "démocratie bourgeoise". Ce sont les révolutionnaires qui ont claqué la porte à l'époque pour ces raisons-là qui sont fort heureusement aujourd'hui parmi les ténors de la démocratie burkinabè et ses animateurs politiques. Voilà notre perception.

 

La sempiternelle question qui demeure posée est celle du fameux complot de 20 heures, qui se tramait, dit-on le 15 octobre. Avez-vous personnellement des éléments sur la réalité de cette affaire ?

 

• Je ne suis pas au courant d'un complot ni de 20 heures, ni de 15 heures. A l'époque, j'étais à mon poste, je faisais mon travail sur la révolution et non pour un camp ou pour un autre.

Je suivais le développement de la crise politique au sommet et j'étais convaincu que les camarades, à différents niveaux où ils se trouvaient, allaient pouvoir régler cette crise de manière politique. Les informations de ce genre, je n'en ai pas eue en son temps.

C'est pourquoi je suis sincère en disant que j'ai été, moi- même, surpris par les coups de feu du 15 octobre 87. Personnellement je savais de quoi il s'agissait, mais je ne savais pas comment c'est venu.

 

Vous n'avez donc pas senti ce dénouement tragique arriver ?

 

• Non. Mais je savais qu'il y avait une crise. Et qu'elle était très vive entre les révolutionnaires ; que chacun tenait mordicus à sa perception et à sa vision de la situation. Comme je vous l'ai dit, je restais convaincu que d'une manière ou d'une autre, on aboutirait à une solution politique. Et les coups de feu du 15 octobre m'ont surpris de ce point de vue.

 

Cette crise était de quelle nature ?

 

• C'était une crise politique, au sein du Comité exécutif du Conseil national de la révolution (CNR), au niveau de la direction de la révolution.

C'était des divergences qui avaient commencé à se faire jour entre les premiers responsables. Et vous savez très bien que le Conseil national de la révolution était composite.

La direction politique était composée de plusieurs groupuscules politiques de gauche. Dans ces conditions, cette crise a pris l'allure d'une crise entre les groupes politiques qui formaient le CNR. C'est pourquoi je dis qu'à un moment donné, on sentait que la contradiction s'exacerbait entre les différents protagonistes de cette crise.

Personnellement je me doutais très peu que cela se terminerait par un dénouement sanglant.

Mais quand cela s'est produit, j'ai compris. Et comme je vous l'ai dit, il m'importait peu d'être dans un camp ou dans un autre. Pour moi, la révolution était un mouvement dont on pose ensemble les jalons et je ne pensais pas que le travail groupusculaire pût être un travail positif.

 

Vous avez été un militant CDR de la première heure. On dit même que vous êtes un des idéologues du CDP. Mais il semble que vous n'avez pas rallié tout de suite le mouvement du 15- Octobre. Qu'en est-il exactement ?

 

• Je fais deux rectificatifs. J'étais militant CDR de première heure, cela est vrai. Mais je ne suis pas, comme vous le  dites, l'idéologue du CDP. Le CDP en réalité s'est constitué de cadres politiques très avertis et très aguerris depuis la lutte estudiantine. J'ai évolué de la même manière que mes camarades ; nous avons bénéficié des mêmes formations politiques dans les mêmes cadres et aujourd'hui nous formons une équipe qui réfléchit sur les grandes questions, et c'est de façon organisée que nous réglons idéologiquement ces grandes questions.

Donc je suis loin d'être l'idéologue du CDP comme on le prétend. J'ai peut-être seulement l'occasion de m'exprimer et d'exprimer le point de vue de mon parti sur ces grandes questions, beaucoup plus que d'autres.

Deuxièmement, à l'époque de la rectification, on n'a pas mis du temps à rallier le mouvement. Mais ce dont on a eu besoin, c'est moins de temps que de perspicacité et de luminosité pour pouvoir lire l'événement et prendre une position politique.

Vous savez très bien que je faisais partie d'un groupe politique qui était mis en difficulté à partir des événements du 15 octobre 87 (NDLR : l'Unon de lutte communistes (ULC)). Dans ce groupe, nous avons eu des camarades qui ont été exilés. Il était pratiquement difficile pour notre groupe, qui a été d'une manière ou d'une autre engagé dans cette crise politique de l'époque, au lendemain du 15 octobre, de réagir sans pour autant prendre le temps de sécuriser nos camarades et de leur permettre de se retrouver pour produire une analyse politique de la situation et de prendre position. Voilà ce qui explique ce temps qui a été mis  pour entrer dans le processus.

Militant CDR de première heure, oui, nous l'avons été ; dans ce sens on a assumé quelques responsabilités dans le cadre des comités de défense de la révolution. Mais concernant le Front populaire, nous avons effectivement rallié le mouvement parce que nous avons compris que bien qu'il y ait eu des événements avec tout ce qu'on déplore, le pays est là, qui a besoin d'être géré,  d'être orienté et les fils de ce pays ont besoin de s'imprégner de la situation, de s'intégrer à ce processus qui était en train de s'installer pour qu'il n'y ait pas de rupture.

 

Si on vous demandait de comparer les deux présidents, feu Thomas Sankara et Blaise Compaoré, que diriez-vous ?

 

• Je dirais que vous allez comparer des choses difficiles à comparer.

Et quand je dis des choses, ce sont leurs caractères, leurs tempéraments respectifs.

Disons seulement que je les ai perçus comme étant deux personnalités qui se complétaient. D'un côté ce que j'ai eu comme contact avec le défunt président Thomas Sankara m'a permis de comprendre qu'il était d'un tempérament, certains disent impulsif mais ce serait  péjoratif, disons donc plutôt vivace ; il avait une capacité de réaction et d'intégration des phénomènes assez rapide ; il était d'une éloquence remarquable ; il était d'une audace qui frisait souvent l'aventure mais il l'assumait avec courage. Voilà ce que je retiens de feu Thomas Sankara à l'époque.

Le président Blaise Compaoré, je parle toujours de la même époque, parce que l'individu évolue et change de façon étonnante, était un camarade qui avait beaucoup de pondération, il avait beaucoup le sens de l'observation, un grand sens de l'écoute, une capacité de réaction très mesurée ; parfois même on disait qu'il était difficile de le voir réagir sur le champ, mais s'il réagissait, c'était de façon définitive. C'est un homme de ce genre que j'ai connu à cette époque-là.

Vous voyez donc que les deux personnalités se complétaient. Si vous avez les mêmes caractères, c'est très souvent difficile d'être compatibles. Eux étaient donc compatibles. Dans une certaine mesure, ce sont ces éléments de comparaison que je peux m'aventurer à avancer. Tant que nous restons des hommes, on doit évoluer. Et on peut évoluer positivement, brutalement parce que les circonstances vous y obligent même du point de vue de votre tempérament.

Je pense qu'aujourd'hui le président Blaise Compaoré a beaucoup plus travaillé certaines façons de faire. Et je crois que c'est cela qu'il a à son actif.

 

D'aucuns estiment que la longévité au pouvoir est souvent la porte ouverte à l'enfer quand "l'indispensable" n'est plus aux affaires. Qu'en pense le philosophe de formation que vous êtes ?

 

• Je voudrais vous faire une première observation : quand on parle de longévité au pouvoir, je me  pose souvent la question suivante  : "Celui qui en parle est de quel côté, il occupe quel espace d'observation" ? Vous savez très bien, comme moi, que si le temps est objectif, la durée est relative. Certains vont dire "depuis combien de temps !" d'autres vont dire "il y a seulement combien de temps !" pour le même événement ou la même situation ayant la même durée. C'est de la relativité pure et simple. Je voudrais qu'on se comprenne très bien. La notion de durée m'importe très peu. Ce qui m'importe essentiellement, c'est de savoir si oui ou non  un être humain peut être toujours utile à son pays, à son peuple dans une position donnée.

Deuxième observation : nous avons ensemble convenu de fixer des règles, parce que nous avons admis que les appréhensions  de ceux qui pensent que la durée est nocive peuvent être pertinentes.

A partir de ce moment, je trouve que c'est vraiment regrettable que, les nouvelles échéances ayant été fixées ensemble, parce que nous avons perçu ce phénomène-là ensemble, on parle encore de durée ; je qualifie cela d'impatience. Nous savons très bien que l'élément fondamental, si c'est bien de Blaise Compaoré dont on veut parler, c'est que la classe politique ait réussi à s'entendre sur le fait qu'on va limiter maintenant la durée des mandats, le nombre de mandats.

Et tout le monde sait que cela va prendre fin à un moment donné. Pourquoi s'installer dans un espace antérieur pour parler encore de durée, par rapport à quoi ?

Je crois comprendre maintenant que ceux qui analysent la situation de cette façon, c'est peut-être ceux qui pensent qu'ils pourraient avoir la possibilité d'accélérer le cours de l'Histoire pour se faire valoir.

Je pense que la position la plus sage serait qu'une fois qu'on a convenu que les deux mandats successifs ne peuvent plus être dépassés, qu'aujourd'hui le président Blaise Compaoré est en train d'entamer un premier mandat, et qu'un deuxième mandat sera ce qui va arriver entre 2010 et 2015, parler de durée, de pouvoir à vie, ça devient des conjectures. Et cela risque de traduire   une certaine impatience, même si elle est légitime de la part de ceux qui veulent accéder rapidement au pouvoir, parce que de leur point de vue, ça traîne.

Et en 2015, pour certains, ce n'est pas évident que la nature et l'évolution naturelle puissent leur donner la chance de pouvoir se faire valoir. Je comprends parfaitement qu'il y en ait qui soient impatients, mais je dirais que c'est leur perception de la situation.

De mon point de vue, on a réglé la question ensemble, l'essentiel est que nous puissions respecter les règles qu'on a établies, à partir du moment où le président Blaise Compaoré lui-même était de ceux qui ont accepté qu'on élabore les règles de cette façon.

 

Il est généralement admis que sous le régime de Blaise Compaoré, des fléaux comme le favoritisme, la corruption, la fraude sous toutes ses formes, l'enrichissement illicite... ont prospéré. Vous faites le même constat ?

 

• Ça dépend de ce que vous entendez par prospérer en parlant de la fraude, de la corruption, des détournements. Je me rappelle très bien que j'ai été mis en difficulté sous la IIIe République pour avoir écrit un tract sur ces questions. Donc je pense que la IVe République n'a rien inventé.

Ce qu'il faut, c'est définir de plus en plus des méthodes efficaces pour lutter contre ces fléaux. Ni ceux qui en parlent, ni ceux qui agissent, ni ceux qui sont interpellés ne peuvent se justifier, tant qu'il n'y a pas au-delà de la volonté de lutter contre ces phénomènes des mesures concrètes acceptées par tous.

Ce qui se dit aujourd'hui se constate dans plusieurs sociétés, dans de nombreux pays. Mais ce qui nous intéresse, c'est notre pays ; pourvu que ça n'aille pas de mal en pis chez nous.

Et c'est cela notre légitimité.

Personne ne peut contester l'existence de ces phénomènes dans notre pays. On dit que ça prend de l'ampleur. Evidemment !

Nous sommes une société qui évolue. Les problèmes que l'on pouvait constater il y a 25 ans dans ce pays peuvent être considérés de manière exacerbée aujourd'hui compte tenu des rythmes d'évolution que nous avons subis. C'est cela aussi la réalité. Ce n'est pas forcément un manque de volonté. Cela peut être lié au développement du contexte aussi bien international que national. Je ne sais pas ce qu'on entend par "phénomènes qui prospèrent". Cet effet de style m'amuse beaucoup parce que la prospérité, c'est souvent une évolution positive. Alors coller cela à des vices et à des fléaux, ça me semble de l'ironie politique. Si c'est pour traduire une situation, je dis que les fléaux dont on parle existent et personne n'est fou pour les laisser prospérer. Le problème, c'est de trouver des méthodes de luttes efficaces contre. Qu'on le veuille ou non, je ne fais pas le procès d'intention à quelqu'un, mais je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il suffit d'être dehors, de dénoncer une situation pour venir à l'intérieur et faire mieux. Ce n'est pas évident. La preuve est que ceux qui dénonçaient ces phénomènes hier, étant de l'autre côté, opposé au nôtre, qui ont été aux affaires à un moment donné, n'ont pas mieux fait. Il faut que de ce point de vue, on soit assez honnête pour reconnaître que ces fléaux existent au Burkina et ailleurs. La corruption, les détournements, l'enrichissement illicite, ce sont des phénomènes qui existent dans les sociétés qui fonctionnent avec le système capitaliste, lequel est fondé sur la concurrence, le profit et sur l'exploitation des potentialités et des capacités. C'est clair, c'est net.

Le vrai problème, c'est de pouvoir réduire l'ampleur de ces fléaux. Aujourd'hui je pense que notre combat doit se situer à ce niveau-là.

Faire des constats à longueur de journée ne nous avance à rien. Ceux qui sont louables, ce sont ceux qui commencent à faire des propositions. Et c'est déjà bon de commencer à égrener des solutions, surtout de passer des solutions les moins efficaces à celles les plus efficaces. Je pense que c'est une préoccupation même à notre niveau, même si on nous traite de tous les noms de singe. On est également soucieux de lutter contre ces phénomènes.

Mais comme je vous le dis, quant à leur exagération je me réserve beaucoup.

 

Propos recueillis par

Agnan Kayorgo

L’Observateur Paalga du 5 octobre 2007



05/10/2007
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