L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Blaise face aux jeunes à Pô : Cours d'histoire d'un capitaine à la retraite!

Blaise face aux jeunes à Pô

Cours d'histoire d'un capitaine à la retraite!

3000 jeunes rassemblés autour du président du Faso pour un cours d'histoire. C'était le 18 octobre 2007 dans la ville de Pô, berceau de la Révolution d'août. C'est de cette ville que le destin du capitaine Blaise Compaoré va se mêler à l'histoire de son pays un 17 mai 1983. La célébration des "20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré", qui avait entre autres objectifs de rendre hommage à cette ville, a permis de lever un coin du voile sur certains événements.

Le 18 octobre 2007, la ville de Pô a été prise d'assaut par près de trois milliers de jeunes, conviés à une rencontre avec le chef de l'Etat dans le cadre de la célébration des "20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré". Tôt le matin, ce sont des centaines de cars en provenance des quatre coins du pays qui arrivent à Pô. A l'arrivée du cortège, une halte obligée au "commando woro" pour se restaurer. A quelques pas de là, le célèbre camp des commandos parachutistes de Pô. C'est ici que Thomas Sankara, puis Blaise Compaoré ont servi comme chef de corps. Pour le second, c'est de Pô qu'il fera libérer son compagnon d'armes Thomas Sankara sous le régime du conseil du salut du peuple. C'était en 1983, un certain 17 mai. Pô est entrée dans l'histoire "parce qu'elle a choisi de combattre." Lorsqu'il s'était agi de résister, Pô et sa jeunesse étaient là aux côtés des militaires, a expliqué le président du Faso dans son speech introductif aux échanges. " C'est le premier fait d'armes public du capitaine Compaoré. La suite, ce sera l'avènement de la révolution d'août.

A l'endroit des jeunes, il a dit ceci: " il y a 20 ans j'étais aussi jeune et j'avais plein d'ambitions pour mon pays. C'est cette ambition qui m'a emmené au combat politique. Mais tout de suite, il précise : "je ne suis pas un homme politique, mais un citoyen qui croit qu'il est possible de faire avancer les choses". Le président pousse la confidence jusqu'à parler de son père, cet homme qui lui a demandé de choisir entre l'armée et le séminaire. J'aurais pu être curé de Pô, ironise-t-il, suscitant du même coup des rires dans la foule. Dans les années 75 et 76, ce n'était pas très facile en Haute-Volta d'alors ; il y avait beaucoup de questionnement: crise alimentaire , guerre du Mali, etc. Tout ceci a amené progressivement le jeune officier à s'engager. Il confie: "on s'est engagé sans se soucier de nous-même".

Sur l'échec de la Révolution d'août, il confesse: " ce qui a manqué à la Révolution d'août , elle n'a pas pu se conformer aux espérances des Burkinabè. On est passé à côté de beaucoup de sujets." Il illustre son propos par la confusion entre chefferie traditionnelle et féodalité qui a divisé le pays.

Restituer les faits historiques en plus de faire connaître "l'homme de la renaissance démocratique" aux plus jeunes. Tel était un des objectif de la rencontre de Pô.

Sur le site du pied-à-terre, les 3000 jeunes avaient en face d'eux ceux qui ont fait une partie de l'histoire de la Haute-Volta au Burkina Faso entre 1983 et 2007. Face aux jeunes, Blaise Compaoré, président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, président de l'Assemblée nationale, Gilbert Diendéré, chef d'Etat major particulier de la présidence, en treillis militaire pour la circonstance, François Compaoré, petit frère du président, Achille Tapsoba, philosophe, Arsène Bongnéssan Yé, député. Ces figures ont, chacun à un degré divers, été témoins du processus de renaissance économique. Blaise Compaoré les a surnommés lui-même "l'Etat major des CDR". Le jeu des questions réponses va amener ces acteurs à intervenir dans le débat. Sur le programme du président en faveur des jeunes, Justin Koutaba a expliqué les actions en cours et à venir. Le lyrisme du ministre de la Jeunesse et de l'Emploi, et les "fleurs " qu'il a jetées au président Compaoré ont arraché des salves d'applaudissements dans le public.

Parmi les sujets évoqués par les jeunes, celui inattendu des agents du ministère des Affaires étrangères sanctionnés en conseil des ministres; pourquoi Blaise Compaoré a-t-il pris le pouvoir et l'a remis à Thomas Sankara au lieu de le garder ? Est-il toujours militaire? entretenait-il des relations avec la famille Sankara après la mort de Thomas, etc ?

Blaise esquive

Abdoulaye Zongo, au nom de ses 115 collègues du MAE reversés dans d'autres ministères a imploré le pardon du chef de l'Etat. Selon cet agent affecté à Ziniaré, toutes les autorités saisies leur ont dit que le seul recours actuel est le président du Faso. Un vent de murmure traverse l'assistance. L'audace de Zongo a créé une sorte de surprise et pendant que le président enregistrait les autres questions, les pronostics allaient bon train. Si le président accepte la demande des travailleurs du MAE , il frappe un grand coup. Pour d'autres, par contre, connaissant le tempérament du président , il ne décidera pas à chaud. Ce sont les seconds qui ont eu raison. Le président du Faso esquive la question et tente de la retourner à son interlocuteur. Finalement, pour toute réponse, il laisse entendre que ceux qui ont marché criaient qu'ils avaient faim dans leur ministère, d'où leur reversement dans d'autres ministères. Le sujet est ainsi clos.

La tenue militaire ne lui manque pas. Il préfère aujourd'hui les souliers et les bazins, comme celui de Oumarou Kanazoé aux rangers et au treillis. Et pour l'information de tous, le capitaine Blaise Compaoré est à la retraite de l'armée depuis février 2007.

Le 4 août 83, c'est le même capitaine qui, à la tête de ses éléments, déposait le régime du CSP II. Pourquoi n'a-t-il pas gardé le pouvoir? Le président est très bref dans sa réponse. "Ça a été décidé ainsi."

Par rapport à ses relations avec le vieux Sankara, c'est presqu'un scoop que Blaise Compaoré livre aux jeunes. Il dit avoir eu des contacts cordiaux jusqu'à un certain moment avec le vieux. Mais deux incidents l'ont amené à arrêter. Le vieux lui aurait dit qu'il avait faim. Blaise Compaoré lui avait alors fait envoyer un "pli". Ce pli lui est revenu plus tard soit, disant que la famille n'avait pas besoin de son appui. Une seconde fois, il a essayé. Même scénario. Il a donc arrêté.

Sur la tragédie du 15 octobre 87, il n'y a pas eu de questions en tant que tel. Et le commentaire du président, c'est que la révolution avait atteint ses limites. Sur le complot de 20h qui le visait lui et certains autres, il dit que des témoignages et des preuves existent mais qu'il n'est pas bienséant de parler de ceux qui ne sont plus là.

Les réponses du président ont été enrichies de quelques témoignages dont celui de François Compaoré et de Gilbert Diendéré.

 

Par Abdoulaye TAO

Le Pays du 22 octobre 2007

Encadré
Témoignages de compagnons de 20 ans

Le président du Faso ne s'est pas présenté seul face aux jeunes; il avait à ses côtés des personnes qui l'ont accompagné dans sa trajectoire politique. Voici quelques morceaux choisis :

François Compaoré

"il faut rendre hommage aux militaires pour ce qu'ils ont fait pour ce pays"

C'est en ces termes que le frère du président a débuté son témoignage. Il a raconté comment, de retour d'un meeting à Bobo Dioulasso, la gendarmerie est venue pour arrêter le capitaine Blaise Compaoré. C'est lui qui les a accueillis et leur a dit qu'il n'était pas encore arrivé de son voyage. Dès que le capitaine arrive, son petit frère lui fait le compte-rendu. Mais selon ce dernier, Blaise Compaoré n'y a pas cru dans un premier temps. C'est quand son chauffeur, un certain Maïga est revenu en catastrophe lui dire qu'un coup d'Etat était en cours contre eux qu'il a décidé de quitter Ouaga et de rejoindre Pô par des voies détournées. Dès qu'il a démarré, les gendarmes sont revenus. C'est comme cela qu'il a échappé et a organisé la résistance à Pô.

Gilbert Diendéré: "Blaise Compaoré est trop modeste"

Cet homme , actuellement chef d'Etat major de la présidence était l'adjoint du capitaine Compaoré. Il raconte qu'une réunion organisée, sous le CSP II le 16 mai 83 devait servir de prétexte pour arrêter Blaise Compaoré et les autres. Ayant eu vent, Blaise Compaoré se fait représenter . Comme il n'est pas venu, la réunion fut reportée. C'est après que l'arrestation de Thomas Sankara a eu lieu et que ses hommes au camp Guillaume furent encerclés. Gilbert Diendéré rejoint ces hommes au camp Guillaume et pendant ce temps Blaise s'échappe et rejoint Pô.

Le Larlé Naaba

Le témoignage de ce responsable coutumier a permis de savoir que parmi les "CDR il y avait non seulement Mahamadi Kouanda mais aussi un certain Roch Marc Christian Kaboré. Le Larlé raconte que Kouanda est venu le recruter comme CDR. Et en fils de chef coutumier , il n'était pas prêt à crier certains slogans contre la chefferie traditionnelle. A court d'arguments, Mahamadi Kouanda l'a trimbalé chez Roch Marc Christian Kaboré, alors DG de la BIB (Banque internationale du Burkina) qui lui a finalement dit de "laisser ce type-là tranquille". Le Larlé a rendu hommage à l'action de Blaise Compaoré pour avoir redoré le blason de la chefferie traditionnelle, malmenée jadis par les révolutionnaires.



22/10/2007
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