L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Carnet de voyage : Voir l’Oudalan et renaître

Carnet de voyage 

Voir  l’Oudalan et renaître

 

L’Oudalan est une région peu connue du reste du Burkina. Beaucoup de Burkinabé croient souvent que c’est un territoire à la lisière de l’Enfer où la sécheresse et la famine sont le lot quotidien des habitants. Ce n'est pas juste. L’Oudalan, ce sont de grands espaces pleins de surprises, un monde de contrastes où les extrêmes se côtoient, une terre de charme et de richesses qui en font une destination intéressante.  J’ai séjourné à Gorom, à Boulel, à Oursi et à Fererio. Ces feuillets ont été arrachés au  carnet de voyage d’un promeneur distrait.

 

A partir de Ouagadougou, il vous faut avaler 400 kilomètres pour arriver dans l’Oudalan. Le meilleur itinéraire passe par Dori. Une fois dans la capitale du Séno, il faut toucher du bois pour trouver un car de transport en partance pour Gorom-Gorom. A notre arrivée à Dori, dans l’après-midi, le dernier car venait de partir quelques minutes auparavant.

 Par chance, deux vieux Touaregs qui allaient à Markoye avec un camion de vivres m’ont admis à bord. C’était un véhicule orange décrépi, un camion du désert maigre comme un chameau, sans accessoire ni habillage, juste le squelette métallique qui se chauffe et transforme la cabine en cocotte minute à cuire les passagers. A l’arrière du véhicule, quelques paysans casse-cou et des femmes en haillons et aux seins nus  qui, stoïquement assises sur les vivres, allaitent tranquillement leurs bébés en devisant. Elles donnaient l’impression d’être dans leurs cases !

 Je  suis entré dans la cabine, coincé entre les deux vieux Touaregs, sphinx silencieux,  absorbés dans la récitation des versets du Coran et la ronde des grains de chapelet sous leurs doigts émaciés. Et le camion s’est ébranlé vers Gorom crachotant tel un tuberculeux mais tenace comme un homme du désert. Tremblant de tout son squelette, secoué de spasmes et de quintes, il s’avance sur la voie sinueuse et conquiert de haute lutte, mètre après mètre, la cinquantaine de kilomètres qui nous sépare de Gorom.  Entre Dori et cette ville, il y a plus d’une dizaine de cassis, ce qui oblige tout véhicule à de fréquentes décélérations.  Sur le trajet, de milliers de moineaux, de tourterelles et de corbeaux s’envolent, effrayés par la toux du chameau de fer et nous gratifient de ballets aériens grandioses. On tremble pour ces voyageurs ailés  qui semblent entrer en collision avec le camion  tant ils volent si près.

 

Et me voilà à l’entrée de Gorom-Gorom après une heure de route

 

Deux pans de murs blancs, des deux côtés de la voie : c’est la porte de Gorom-Gorom. Des villes que j’ai traversées, Gorom est la seule dont aucun écriteau en arc de triomphe ne souhaite la bienvenue aux voyageurs. Rien ici, aucune inscription, juste deux morceaux de mur, blanc et vierge de tout signe. Comme pour signifier aux voyageurs que les mots sont futiles, que si ses pas l’ont mené à Gorom, porte du désert, c’est poussé par un besoin irrépressible ; donc accueil ou pas, il ira au bout de sa quête… Au premier abord, cette ville déçoit le voyageur. Gorom, c’est une bourgade ni belle ni laide. Plutôt banale, insignifiante comme tous les patelins qui n’ont pas su se préserver. Elle semble dépossédée de son âme. Les nouvelles constructions en parpaing jurent avec le climat très chaud et disent le mimétisme irréfléchi des propriétaires. Et sur tous les toits, les antennes  de télé trônent. Même les maisons en banco sont hérissées de ces antennes clamant avec ostentation que leurs occupants ont les pieds à Gorom mais la tête  ailleurs. Chaque soir, ils la passent, cette petite tête, dans la lucarne magique pour suivre en voyeurs les amours passionnées  des télé novela brésiliennes et les poses lascives des blondes sculpturales de soap opera américains. Pour saupoudrer de rêves exotiques le train-train des jours sans couleur de leur isolement géographique.

Cette  première impression s’estompe rapidement  passé le premier contact. On remarque d’emblée l’absence ou la rareté des clôtures. Les rares murs sont récents et ont été érigés par les services publics ou les nombreuses ONG qui y ont construit leurs locaux. Le mur est toujours une barrière que l’on met entre soi et autrui. C’est manifester la peur de l’autre. Quand on met un mur à sa porte, on en met aussi  dans son cœur. Les gens de Gorom sont des hommes ouverts qui refusent de se retrancher derrière des barricades.

Gorom a la réputation, par ailleurs, d’être une fournaise le jour et un igloo la nuit. Parfois, sur un caprice, Gorom fait mentir la météo. La ville m’a offert une nuit magnifique et chaleureuse. J’ai dormi torse nu et à la belle étoile, ma première nuit à Gorom !Mais pendant que tout Gorom dormait et que je dormais, soûl de fatigue, d’air frais et de rêve, le vent et la poussière ont traîtreusement envahi la ville et nous nous sommes réveillés, au matin, dans une ville assiégée par une suspension poussiéreuse monstre. Au ciel le soleil, rond et argenté comme une pleine lune. Lui aussi a été surpris par la poussière et il ressemble dans le ciel à un gigantesque œil de cyclope courroucé de voir ses rayons arrêtés par le manteau de poussière. Ainsi est Gorom, difficile à saisir, changeante, mouvante et fuyante comme le sable de son sol, toujours là où on ne l’attend pas.

Tenez, le saviez-vous ?

 

Gorom est la ville la plus francophone et la plus francophile du Burkina

 

Le visiteur qui entre à Gorom est surpris de ne pas être bloqué par la barrière de la langue. Tout Gorom parle français : les enfants, les femmes, les hommes quels que soient leur âge et leur métier. L’explication de ce phénomène ne se trouve ni dans le fait que Gorom soit la ville qui reçoit le plus de touristes au Burkina, ni dans le fait que les différents groupes ethniques, Peulh, Songhaï, Bellah et Touareg aient besoin d’une langue fédératrice. Non ! Ce miracle est le fait d’un homme, un maître d’école qui a consacré trente ans de sa vie à ouvrir l’esprit des fils de ce bourg au savoir et au maniement de la langue des Gaulois. C’est maintenant un vieil instituteur à la retraite. Adopté par la ville, il s’y est définitivement installé. Tout le monde à Gorom l’appelle avec un profond respect dans la voix  «Monsieur Kaboré».

Un autre paradoxe de cette ville. Quoique Gorom-Gorom connaisse des inondations, c’est une ville assoiffée. L’eau est une ressource  précieuse et rare à Gorom. Faire sa provision d’eau est un geste quotidien quasi obsessionnel... A huit heures du matin déjà, plus de trace d’eau dans les robinets et les fontaines de l’ONEA. C’est pourquoi voit-on devant les fontaines en tout temps, de longues files de bidons de toutes les couleurs et de pousse-pousse d’eau en attente du jaillissement du  précieux liquide.

 

Il est un autre liquide autant prisé à Gorom. C’est la bière

 

 Les fonctionnaires de Gorom se retrouvent le soir dans le plus grand bar de la ville, « le Banguia », seul bar avec piste de danse.  Là, les agents de la Fonction Publique, les travailleurs des ONG se croisent pour boire jusqu’à plus soif. Les bouteilles vidées sont adroitement glissées sous la table et heure après heure, un véritable cimetière de bouteilles  s’étale à leurs pieds tandis que le verbe devient plus haut, le ton plus péremptoire et les sujets de débats plus « coq-à-l’âne » : on passe allégrement du commentaire de l’événement politique au dernier débarquement de nouvelles serveuses. Parfois, une autorité un peu éméchée, oubliant les attitudes protocolaires, se retrouve sur la piste de danse, se déhanchant furieusement au milieu des vivats de jeunes gens. C’est la meilleure médecine, paraît-il, pour oublier l’insularité et l’ennui qui guettent ces hommes si loin de leurs familles.

J’ai aussi découvert à Gorom, une culture nobiliaire de l’administration ; chacun se présentant avec son titre et fonction avec emphase : chef de service, chef de division ou section courrier ou garage, coordonnateur de projet,  directeur d’école,  président d’association, commissaire aux comptes de groupement,  vice ou adjoint, particules accolées à tout ce qui est responsabilité hiérarchique. C’est à se demander s’il y a un subalterne à qui donner des ordres dans cette administration ou tout le monde se réclame de «en haut ».

 

Deuxième étape : Boulel !

 

 Boulel est lové dans une dépression, au creux de deux collines de sable. De haut, dans la lumière translucide du matin, Boulel  se décline en quelques cases rondes et en maisons de terre s’ordonnant en croix. Boulel, c’est la résistance et la ténacité face à une nature hostile. Rareté  d’eau, absence de fontaine, pas de marigot mais les habitants de Boulel s’accrochent à ce morceau de sable et livrent depuis quelques décennies un combat quotidien pour faire vivre hommes et bêtes dans ce no man’s land.  C’est un village démuni mais si généreux. Une belle femme, élancée et fine comme une gazelle m’offrit en signe d’accueil une calebasse de lait et de pâte de mil, le Gapaal. Ce plat, je l’ai dégusté comme une ambroisie des Dieux.

A Boulel, j’ai  croisé une ONG, pourvoyeuse du village en vivres et en semences. Elle est venue pour une évaluation de sa coopération avec les villageois.

Les femmes ont assisté à la rencontre sur insistance des agents de développement, mais y sont restées silencieuses, se contentant de hocher la tête quand leurs hommes parlaient. Après la rencontre, un groupe de ces femmes est venu timidement encercler les véhicules ; elles sont venues les bras chargés de cadeaux pour les visiteurs et dire leur mot à ceux-ci, loin  des oreilles de leurs hommes. Elles ont demandé que l’on leur installât un forage pour alléger leurs corvées d’eau. Tout simplement. Et sont reparties sur la pointe des pieds. Belles et altières.

 

Troisième étape. Oursi

 

Si vous dites que vous êtes de passage à Gorom, on vous suggérera de faire un tour à Oursi, situé à 45 km parce que là-bas se trouve la mare qui reçoit la plupart des oiseaux migrateurs qui traversent les cieux de l’Afrique de l’ouest. Et la seule dune vivante de l’Oudalan. Une dune vivante se déplace. Comme un long reptile, elle se meut et change la disposition de son corps de sable selon des lois connues d’elle seule et de quelques spécialistes. En plus, assister à un coucher de soleil sur la dune est pure féerie, assure-t-on.

La voie qui mène à Oursi n’est pas très pratique ; après quelques miles sur une route très escarpée, celle-ci se perd dans le sable et votre chauffeur doit rouler à vue et se frayer un chemin dans le sable à travers les ronces et les épineux ; a la façon des  pionniers qui tracent leur propre voie parce que le sable ne garde trace de rien et  le vent éparpille et emporte tout.

A l’entrée d’Oursi se trouve le campement de Mosarata. C’est un campement à l’architecture traditionnelle. Les logements sont des cases typiques des différentes ethnies de l’Oudalan. La case bellah est la plus étrange : la porte est si basse que l’on doit se plier en deux pour la passer.

 

Oursi, c’est aussi le village des pêcheurs songhai

 

 Des cases anarchiquement disposées comme des cauris qu’une main de diseuse de bonnes aventures aurait jetés sur le tapis de sable et qui se seraient disposés sur le coup du hasard. Ici, chaque concession a deux portes, pratique architecturale héritée de l’histoire du peuple songhai,  qui dans sa légendaire prudence, se ménageait une possibilité de retraite en cas de siège du domicile par les hommes bleus, ces pillards du désert qui dévastaient les villages et réduisaient les habitants en esclavage. Ces périls appartiennent au passé mais les deux portes sont restées comme un rappel à la vigilance permanente. Ce village est le passage obligé pour rejoindre la dune. Le voyageur y circule comme dans un labyrinthe. J’ai trouvé à mon arrivée dans ce village  un lieu vidé de ses habitants, un village fantôme, uniquement peuplé de personnes très âgées assises devant leur porte et d’enfants, essaims d’abeilles curieuses qui me suivaient  et me scrutaient . Les hommes et les femmes dans la force de l’âge étaient à la mare pour la pêche hebdomadaire qui mobilise quasiment tout le village.

 Ils sont revenus à la nuit tombante, les épaules chargées de filets et du fruit de la pêche constitué de gros silures, des anguilles et des capitaines enfilés sur des roseaux. Les effluves de poisson frais flottant autour d’eux.  Les maisons, une à une, s’illuminaient à la lumière des lampes tempête qui, telles des lucioles, étincelaient  dans la nuit et nimbaient d’une aura magique les silhouettes qui se découpaient dans ces éclaboussures d’or. Dans un coin indéterminé du village, une voix de femme entonna un chant repris par des gorges fluettes d’enfants et de filles nubiles. Cette nuit, on célébrerait le retour triomphal des pêcheurs. Sans anicroche, sains et saufs.

Nous avons traversé le village pour rejoindre la dune. Le sable fin, blanc, or et rose s’étale à perte de vue et le vent y dessine des figures d’une telle variété que l’on est subjugué par la débauche des formes inscrites sur la dune.

Nous avons gravi l’échine de la dune jusqu’à sa crête pour assister au coucher du soleil. La propreté du lieu est profanée par des amoncellements de conserves éventrées,  des tessons de verres et de bouteilles laissés là par quelques amateurs de bivouac en rupture de ban avec les gestes primaires de l’écologie.

 

Le coucher de soleil est un moment inoubliable

 

Le ciel se pare d’un rouge royal avec une palette de nuances du rouge qui va du pourpre or au rose orange. C’est un instant magique  passant furtivement et tellement difficile à photographier parce que sous le charme, on oublie  le déclic de l’appareil.

La nuit sur la dune est aussi une expérience jouissive et métaphysique. Dans le silence de la nuit, couché sur le dos, le visage dans le ciel étoilé, on se retrouve face à soi, occasion unique pour faire l’inventaire de sa petite vie avant solde. On sent qu’on se dépouille progressivement de son enveloppe sociale, le monde s’éloigne, les pensées se dissolvent, les problèmes quotidiens s’effacent… Tout se désagrège et ne surnage que l’essentiel, l’irréductible, c’est-à-dire soi-même. Dès lors, on comprend pourquoi tous ceux qui se sont retrouvés loin des hommes, dans le sable du désert ou sur la pierre de la montagne, sont devenus des mystiques et des saints.

Seul sur la dune, dans la nuit paisible d’Oursi, il m’a  semblé entendre battre le cœur du monde ! Illusion, illumination, révélation ?

 

 Quatrième étape : Fererio. C’est l’extrême. A quelques kilomètres de la frontière du Mali

 

 Ce village est à 90 kilomètres d'Oursi. Pour aller à Fererio, on traverse une vaste brousse si boisée que l’on se demande si un pareil miracle est possible dans le Sahel. Cette forêt d’épineux  et de lianes s’étale sur quelques kilomètres. Il est des zones si touffues où les lianes et les arbustes s’entrelacent si densément qu’il faudrait une machette pour se frayer un passage. Selon notre chauffeur, les braconniers de la capitale viennent dans la brousse de Fererio pour des parties de chasse. Il a énuméré toute la faune qui s’y trouvait naguère: phacochère, cob, gazelle, biche, lièvre, «et il y eut un temps où  l’hyène ricanait, le lion rugissait et l’éléphant barrissait dans cette brousse-là mais les gens de la capitale vont exterminer jusqu’au dernier rat de cette brousse . J’ai dit aux fils de l’Oudalan qu’ils pleureront comme des femmes la perte de ce qu’ils n’ont pas su défendre en hommes», conclut-il, amer. Savait-il qu’il citait Aicha la sultane omeyyade regrettant la perte de Cordoue ? Ou devant toutes les grandes pertes, les mots demeurent-ils  les mêmes, sous tous les cieux et à toutes les époques?

C’est les yeux presque mouillés par cette triste évocation que je vis surgir d’un bosquet, une gazelle ! Je signalais brusquement l’apparition à mes voisins de voyage et après quelques instants de grand émoi, l’animal nous apparut dans toute sa majesté. C’était simplement... un biquet qui cabriolait. Je devins pour mes compagnons, un Tartarin de Tarascon du Sahel. L’hilarité chassa néanmoins la tristesse suscitée par les souvenirs de notre chauffeur.

La particularité de Fererio est d’être le pays du canin le plus recherché du Burkina, le lévrier du Sahel. Ce chien au poitrail démesuré et au ventre collé à l’échine est un compagnon très véloce et un redoutable gardien. La race première se trouve à Fererio, celle qui n’a pas été abâtardie par les croisements avec d’autres espèces. A Fererio, village d’éleveurs, ils sont utilisés pour aider le berger à maîtriser son bétail.

A la mare attenante au village, nous avons croisé des centaines et des centaines de bœufs, de chèvres et de moutons, certains le mufle dans l’eau et d’autres couchés et ruminant paisiblement à l’ombre de quelques épineux. Sous l’œil bienveillant de leurs vigilants gardiens : trois lévriers du Sahel.

C’est ici, dans l’Oudalan que j’ai fait la connaissance de Hazar, un personnage digne d’un roman d’aventure tant sa vie est riche de périls et de voyages. La soixantaine bien assumée, Hazar est comme les chats. Il a vécu plusieurs vies et a sillonné le vaste monde. Son passeport estampé dans toutes les langues en témoigne. Il est aussi polyglotte : français, anglais, arabe, espagnol, allemand... De notre courte conversation, il m’a déroulé le fil de sa tumultueuse existence. Il fut enrôlé dans l’armée libyenne pour conquérir la bande d’Aouzou, il s’est retrouvé, ensuite, sur tous les terrains brûlants du continent : Angola, Liberia, Sierra Leone, rébellion nigérienne et malienne... Il a cherché le diamant au Congo, fait le garde du corps au Maroc, le marabout en Arabie Saoudite, le passeur des cigarettes de la fraude de l’Algérie aux pays du Sahel et chauffeur dans une organisation des Nations unies ! Dans un gros rire, il m’a confié avoir dîné à la table des rois de ce monde et d’avoir aussi fait la manche pour un morceau de pain. «Grandeur et misère ! Je suis un clochard céleste ! Mes doigts sont des braises qui brûlent tous les billets de banque que je touche... J’ai cherché l’argent sur toute la Terre et au finish, pas un kopeck», disait-il, secoué par un rire en cascade. J’ai demandé à Hazar ce qu’il faisait donc dans ce trou perdu. «J’ai beaucoup fumé dans ma vie et maintenant j’ai une large feuille de tabac dans le poumon gauche. Je suis un vieil éléphant, je reviens dans le cimetière de mes pères pour entreposer mes vieux os». C’est cet homme condamné par un cancer mais nullement terrifié par la mort qui m’a parlé de l’Oudalan, en amoureux parlant de l’objet de sa passion. Il m’a décrit cette terre avec tant de poésie que si je réussissais, dans cet écrit, à en restituer le centième, je déclencherais une ruée des lecteurs vers l’Oudalan. Mais n’est pas Hazar qui veut. J’espère que le vieux pachyderme qu’il est vivra centenaire comme ses congénères à trompe et que ses os ne rejoindront pas le cimetière des éléphants de si tôt.

J’ai quitté l’Oudalan avec le sentiment de me déposséder d’un objet de valeur. Et un désir incontinent d’y retourner. 

J’ai traversé trop rapidement l’Oudalan pour prétendre la connaître. Les lieux sont semblables aux hommes. De leur brève fréquentation, on retient quelques traits saillants et notre imagination comble le reste. Si la relation de ce périple sent l’exotisme et le cliché à deux sous, c’est parce qu’un homme pressé voit les choses, mais des êtres il ne devine que les ombres. Promesse de revoir l’Oudalan, d’un pas lent de flâneur pour la dire avec plus de justesse.

 

 Barry Alceny Saidou

L’Observateur Paalga du 3 juillet 2007



03/07/2007
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