L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Charles Blé Goudé : "Comme les Africains sont bêtes..."

Charles Blé Goudé

"Comme les Africains sont bêtes..."

 

Charles Blé Goudé. Cet ancien secrétaire général (1998-2001) de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte  d'Ivoire (FESCI) traîne derrière lui une réputation sulfureuse, qui s'est accentuée avec l'Alliance des jeunes patriotes, une organisation née sous la crise ivoirienne. Son activisme depuis le début des événements du 19 septembre 2002 lui a valu une interdiction onusienne de quitter le territoire national. L'homme est sans conteste un leader qui compte dans le microcosme politique ivoirien.

En allant en Côte d'Ivoire avec le soutien d'Air-Burkina et de l'ONATEL, les membres du Réseau informel des journalistes (RIJ) avaient inscrit dans leur agenda un    entretien avec Charles Blé Goudé. Par l'intermédiaire de Soul Oulaï, chargé de communication de l'Institut Goethe d'Abidjan, nous tentons de le rencontrer. Après un premier rendez-vous manqué, une nouvelle date est fixée au lundi 17 mars 2008 en fin de matinée. Quelques minutes avant l'heure indiquée, un coup de fil nous informe que c'est plutôt un de ses lieutenants qui va s'entretenir avec nous, en l'occurrence le reggaeman Serge Kassy. Un sentiment  de déception se lit sur le visage des journalistes. Avec juste raison, puisque journalistiquement, Blé Goudé est plus appétissant que son représentant, fût-il son collaborateur le plus proche.

Néanmoins, nous faisons le déplacement au quartier II Plateau, où  nous sommes reçus devant un restaurant chinois par un jeune qui nous conduit à un immeuble. Nous montons les escaliers pour emprunter un couloir où se trouve étalé, tout au long, un tapis rouge. Serge Kassy se présente et nous installe dans une salle. Il nous demande ensuite de patienter puis lâche: "Blé est en entretien, il sera à votre disposition dans peu de temps". Étonnement au sein du groupe. Les bics sortent rapidement et chacun commence à griffonner des questions sur son calepin. Pendant ce temps, un cameraman s'affaire à installer son matériel pour filmer nos échanges. Entre-temps, le "général", comme on le surnomme, sort de son bureau et nous serre vigoureusement la main. L'entretien peut commencer.

 

Quelle définition donnez-vous à l'organisation  que vous dirigez, à savoir l'Alliance des jeunes patriotes, souvent perçue comme un regroupement de miliciens ?

 

Les jeunes patriotes ne se définissent pas en dehors de la signification étymologique du mot patriote. C'est seulement le terme "jeune" qu'on a ajouté parce que nous sommes des jeunes. Un être humain ou un individu est attaché à sa famille biologique ou politique. Et quand cette famille  à laquelle vous êtes liés est en danger, c'est un devoir pour vous de vous organiser pour défendre cette famille ou ce groupe auquel vous appartenez selon les lois en vigueur, selon les règles modernes de lutte. Et je pense que ce monde moderne que nous vivons est un monde où les formes de résistance doivent obéir     à tout ce que la démocratie exige  à l'instar des Gandhi et d'autres leaders que vous connaissez.

Quand la guerre a éclaté en Côte d'Ivoire, nous nous sommes organisés au sein de l'Alliance des jeunes patriotes, qui regroupe plusieurs mouvements de jeunesse significatifs pour faire front contre ce que nous appellions en son temps la rébellion. Et la voie que nous avons choisie est celle de la rue à travers les marches, les meetings, les grands rassemblements. Je crois savoir que cela rime avec démocratie. Au lieu de prendre des fusils pour aller au front, nous avons décidé de prendre la rue pour montrer que le peuple n'était pas d'accord avec la prise des armes. Sinon, on pouvait distribuer des fusils aux uns et aux autres, mais cela n'entre pas dans notre philosophie. Notre philosophie, c'est la résistance à main nue. Bien entendu avant même que nous appelions à la première manifestation le 2 octobre 2002, les radios étrangères nous traitaient de milices, de groupuscules acquis à la cause du président Gbagbo. Moi-même, on me présentait comme le chef des miliciens.

Je n'ai jamais été chef de milice, je ne sais pas de quoi il s'agit. Je suis Charles Blé Goudé, président de l'Alliance des jeunes patriotes dans le cadre de ce combat que nous menons.

 

Votre combat se mène quand même avec le soutien du régime de Laurent Gbagbo

 

Non, non, non, cher ami. Vous vous trompez. C'est notre combat qui soutenait le régime. Je vais plus loin que votre pensée. Vous voulez montrer la collusion entre le pouvoir et nous ? Oui, elle existe. Mais c'est nous qui soutenons le pouvoir et non le contraire. C'est le pouvoir qui était en danger. C'est le pouvoir qui faisait face à une rébellion qui se trouvait à Paris et qui a ses tentacules en Afrique. Donc, c'était un combat pour soutenir le régime. Maintenant, pourquoi ? Si ça vous intéresse, je vous l'explique.

 

Tant que vous y êtes, allez-y.

 

Vous voulez savoir ? (Rires). On dit que pour connaître la largeur des feuilles d'un arbre, il faut aller sous cet arbre. C'est ce que vous avez fait. Bien de journalistes se trouvent à l'étranger et se font passer pour des spécialistes de l'Afrique ou de la Côte d'Ivoire. Ce que je vais vous dire n'est peut-être pas parole d'Evangile, mais les jeunes gens de notre génération qui ont vécu en Côte d'Ivoire vont se retrouver dans mes propos.

Dans ce pays, nous avons connu plusieurs présidents. Je ne m'étalerai pas sur Houphouët-Boigny, parce que j'étais trop jeune quand il dirigeait la Côte d'Ivoire. Mais il n'a pas semé que le bonheur dans les cœurs des Ivoiriens.

Au moment où ceux qui étaient autour de lui riaient, il y en avait beaucoup qui souffraient. Celui que j'ai surtout connu, c'est le président Bédié. Le premier ministre que j'ai aussi connu, c'est Alassane Ouattara.

J'étais lycéen quand Alassane Dramane Ouattara a dissous la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI), qui était le principal mouvement étudiant. J'étais toujours élève quand, sous son égide et celui du général Robert Guéi, l'Armée est descendue de manière violente et sanglante dans les cités universitaires pour casser de l'étudiant. Tout étudiant qui se réclamait de la FESCI était systématiquement jeté en prison. A la mort d'Houphouët en 1993, Bédié prend le pouvoir  et fait pire.

Sous son régime, l'actuel premier ministre, Guillaume Soro, et moi, nous sommes allés en prison au moins huit fois. On nous empêchait même de nous regrouper devant nos propres chambres d'étudiants. Pendant qu'on nous mettait en prison, il y avait   un monsieur qui était à la tête d'une formation politique. Il s'appelle Laurent Gbagbo. Il a été en prison pour nous. Il a organisé une marche en 1992 pour nous soutenir. Pour nous, sa voiture a été incendiée ; pour nous, sa femme a été battue ; pour nous, il a été emprisonné ; pour nous, son fils l'a été également parce qu'il a exigé la libération des étudiants et des sanctions contre ceux qui avaient cassé de l'étudiant. A partir de là, un lien fort s'est tissé   entre notre génération et ce monsieur. Il n'organise pas des élections en 2000, il les gagne. Les militaires tentent de lui arracher sa victoire et le peuple descend dans la rue pour lui remettre le pouvoir. Je suis surpris qu'au moment où il commence à travailler, une rébellion ait été déclenchée contre sa personne. C'est un devoir pour ma génération de faire barrage à cette rébellion. Voilà pourquoi nous soutenons ce pouvoir à travers nos marches.

 

Vous dites que la rébellion a son siège à Paris. Quels sont aujourd'hui vos rapports avec Paris dans le cadre du processus de sortie de crise surtout que vous êtes hostiles à la France ?

 

Je n'ai pas de rapport à avoir avec Paris dans le cadre du processus de paix. La guerre n'a pas eu lieu à Paris, même si j'affirme que Paris a été le nid de la rébellion, qu'il a montée de toutes pièces. Je l'affirmerai devant mille caméras.

Quand un chef d'Etat refuse d'entrer dans la vision parisienne, que nous jugeons coloniale, on cherche à le déstabiliser. C'est un schéma classique connu, de Patrice Lumumba à Laurent Gbagbo.

Tout dernièrement, le schémas tchadien a fini de nous convaincre que nous avions raison. Une rébellion arrive jusqu'à N'Djamena et encercle le palais présidentiel. Le président Déby négocie avec le président français et deux heures après, la rébellion se retire.

Une rébellion, quand elle avance, conquiert des villes sur son chemin et s'assure qu'elle les contrôle. Mais cette rébellion bizarre s'est retirée après négociations avec  Idriss Deby, qui a accepté de céder quelques contrats et l'exploitation du sous-sol tchadien. 

Quand vous abdiquez, vous êtes le meilleur président, vous entrez dans la vision parisienne. C'est Paris qui sait qui est fréquentable et qui ne l'est pas. Nous, notre combat, c'est de faire en sorte que ce néocolonialisme cesse. Que l'Afrique soit vue comme un partenaire et non comme un sujet.

 

Qu'a fait Laurent Gbagbo pour que la France veuille le déstabiliser ?

 

Premièrement, dès qu'il a été élu, son ministre de l'Economie et des Finances a mis en place ce qu'on appelle le budget sécurisé. Cela veut dire que vous pouvez m'aider si vous voulez, mais avec le peu dont je dispose, je peux développer mon pays.

Deuxièmement, le président ivoirien avait décidé de mettre fin au contrat d'une succursale de Bouygues, qui exploite l'eau et l'électricité en Côte d'Ivoire.

Troisièmement, Laurent Gbagbo a décidé de confier la construction du 3e pont en Côte d'Ivoire à une société chinoise; ce qui n'était pas du goût de Paris.

Je peux vous citer autant d'exemples. C'est pourquoi Paris a organisé cette rébellion. La preuve, les premières négociations ont eu lieu à Lomé. Pendant que nous étions à Lomé, déjà, Paris avait actionné un autre chef d'Etat qui disait que Lomé avait échoué : c'était le président Wade. Et que la vraie négociation, qui allait porter des fruits, devait avoir lieu à Paris. Lomé a effectivement échoué et on    s'est retrouvé à Marcoussis, en France. On infantilise l'Afrique et c'est ce que nous dénonçons.

 

Lors d'une manifestations, une pancarte  indiquait clairement : "Je suis xénophobe, et après ?"...

 

Ceux qui viennent couvrir nos manifestations veulent avoir affaire à des manifestations qui sortent du cadre pratique. Je ne suis pas convaincu qu'au Burkina Faso, si vous êtes adepte d'un mouvement de journalistes et que vous appelez  à manifester, ce soit de votre devoir de passer de porte en porte pour contrôler les pancartes des manifestants. "Je suis xénophobe et après ?" était sur une pancarte dans la foule. Ce n'est pas Blé Goudé qui l'a écrit. Chacun en sortant de chez lui vient avec sa pancarte. Cela ne m'engage pas. Mais je peux l'expliquer: ce monsieur se sentait agacé, parce que nous ne sommes pas des xénophobes en Côte d'Ivoire.

Ce n'est pas la peine de scander des slogans pour dire qu'on est panafricaniste. C'est dans les faits qu'on le prouve. Moi particulièrement, si vous arrivez chez moi à la maison, vous ne trouverez ni mes frères, ni mes cousins, ni mes parents biologiques. Ceux qui sont là sont des orphelins ou des gens que j'ai rencontrés dans   le cadre de la lutte ou que j'ai connus quand j'étais encore plus jeune. La preuve, au moment où je vous parle, Valentine Tiemtoré est chez moi à la maison. C'est une jeune fille burkinabè qui est née chez moi au  village. Son   père a le même nom que le mien, Marcel. Elle vivait chez une de ses sœurs à Abidjan. En pleine guerre, on m'a dit un soir qu'il y a quelqu'un devant ma porte. Depuis 2003, elle vit chez moi à la maison. Mais je ne suis pas sûr que devant le portail des politiciens qui disent qu'ils aiment les étrangers vous trouverez un seul Burkinabè. C'est de      la récupération que de vouloir politiser de petits problèmes. Si vous rencontrez aujourd'hui un Burkinabè en Côte d'Ivoire, parlez-lui de Blé Goudé. Nous avons fait des tournées ensemble. Avec Emile Kiéma, nous avons parcouru le pays jusqu'à la suppression de la carte de séjour.

Mais je comprends. Les réactions sont fonction des informations dont on dispose. Donc je ne suis pas du tout frustré de cette question. Parcourez la Côte d'Ivoire,  vous comprendrez que les xénophobes ne sont pas là où l'on croit.

 

Un an après l'Accord de Ouaga, quel bilan en tirez-vous ?

 

J'en suis satisfait. L'Accord de Ouaga a fini de démontrer que l'Afrique a ses réalités, qui n'ont rien à voir avec les tables rondes européennes. Nous avons notre manière de régler nos problèmes sous l'arbre à palabres. Le cadre de Ouagadougou était différent du cadre parisien.

Avant même les négociations, les protagonistes dormaient dans le même hôtel. Ils se concertaient et au bout d'un certain moment, eux-mêmes ont constaté que rien de fondamental ne les opposait. Il fallait arriver à libérer les esprits, à effacer les a priori; c'est ce que le président Blaise Compaoré a réussi. A Ouagadougou, nous étions dans un système de gagnant-gagnant. On y était, pas pour humilier tel ou tel camp, mais pour qu'au sortir de là  les populations adhèrent à l'Accord parce que c'est pour elles qu'il a été  signé. Tout ce que vous entendez comme bruit n'est que de l'agitation politique parce qu'en Côte d'Ivoire, lorsqu'on n'est pas d'accord, ça se manifeste tout de suite. Donc l'Accord de Ouaga permet aujourd'hui de vaquer tranquillement à ses occupations. Avant votre arrivée, j'ai reçu Konaté N'Zié de la jeunesse des Forces Nouvelles. Nous nous concertons de manière hebdomadaire. Aujourd'hui, nous marchons main dans la main.

Les problèmes de désarmement avant élection     ne sont que de l'animation politique. Personne ne peut me convaincre que la situation que nous vivons n'est pas meilleure  à ce que nous vivions il y a peu.

 

A votre avis, qu'est-ce qui empêche la tenue rapide des élections ?

 

 Je ne suis pas un président de parti politique. Mais moi, Blé Goudé, je suis satisfait de l'Accord de Ouaga. Le reste, ça viendra. Le désarmement, je suis convaincu qu'il viendra. Quand vous avez un fusil en main  et que je ne représente pas de danger pour vous, votre fusil finira par devenir une cuillère. Mon seul problème, c'est l'unicité des caisses de l'Etat.  Guillaume Soro est Premier ministre, il a ses ministres et les Forces Nouvelles ont leur caisse.

 

Pendant la crise, Blaise Compaoré, que vous portez aujourd'hui aux nues, avait été indexé comme un soutien sinon le parrain de la rébellion. Maintenant il est le faiseur de paix...

 

Je n'aime pas remuer le couteau dans la plaie à peine cicatrisée, parce que je suis un responsable.

J'estime que quand on est en conflit, on ne s'y éternise pas. On décide d'avancer et on avance. La réponse que je vais donner à la question n'apportera rien au processus de paix sinon que des polémiques inutiles. C'est pourquoi je ne vais pas y répondre.

 

Que vont devenir les jeunes patriotes après les élections ?

 

Ce ne sont pas les jeunes patriotes qui ont créé la guerre. Avant la guerre, chacun vaquait à ses occupations. Moi qui suis le chef, j'étais à Manchester pour des études. Ceux qui ne faisaient rien vont se retrouver à ne rien faire. Et c'est du devoir du gouvernement de s'organiser pour occuper les jeunes, car un jeune qui n'a pas de métier est à la merci des vendeurs d'illusions.

Parmi les jeunes patriotes, il y a des médecins, des juges, des artistes, etc. Ce ne sont pas des gens qui sont parqués   dans une cage qu'on a ouverte, et comme la guerre est finie, on les remet dans la    cage. Non. Nous ne sommes pas des combattants dans le sens d'aller au front avec des fusils.

 

Quel parti allez-vous soutenir à la présidentielle ?

 

Notre candidat n'est pas caché : c'est le président Laurent Gbagbo. Nous allons battre campagne pour lui à ciel ouvert. Premièrement, pour nous, la victoire de Gbagbo sera un symbole que  la démocratie a vaincu les armes.

Deuxièmement, c'est la candidature de la liberté, de la responsabilité qu'on assume quand, en face, ce sera la candidature de l'assistanat. C'est pourquoi nous allons soutenir Laurent Gbagbo afin qu'il gagne les élections pour la Côte d'Ivoire et l'Afrique.

 

Certaines rumeurs vous ont annoncé à Ouaga. Avez-vous en projet de venir dans notre pays ? Si oui, qu'est-ce que vous avez envie d'y faire ?

 

J'ai effectivement bien envie d'aller à Ouaga. Mais ma volonté se heurte à la volonté française, qui m'empêche de sortir de mon pays. Malheureusement je n'étais pas au gouvernement qui a été attaqué. Je ne suis pas un rebelle. J'ai seulement, avec mes amis, organisé des manifestations pour dire qu'on n'est pas d'accord avec la prise des armes. Et les différents acteurs sont libres de leurs actions et moi je suis cloué au sol.

C'est ça aussi la réalité de ce qu'on appelle la communauté internationale.

 

C'est l'ONU qui vous a sanctionné et non la France.

 

Non, non, non. Je sais bien de quoi je parle et je pèse mes mots: c'est la France. A l'ONU, les sanctions individuelles sont parrainées par un pays. En l'occurrence, la sanction de Blé Goudé a été parrainée par la France. J'ai rencontré à plusieurs reprises des représentants de l'ONU, qui me l'ont dit.

 

Mais la France seule ne peut pas en décider. Elle doit en convaincre d'autres pays.

 

Vous savez, nous sommes des pions sur un damier. Les gens se battent pour signer un contrat. Tu me laisses agir en Iraq, je te laisse agir en Côte d'Ivoire. Toi, tu me laisses agir au Tchad, je te laisse faire en Côte d'Ivoire. Malheureusement, c'est ce qui se passe.

Mais je voudrais dire aux Burkinabè que c'est parce que nous sommes voisins, que nous avons  des choses en commun que nos rapports ont été brouillés à un certain moment.

Ceux qui n'ont rien en commun ne se brouillent jamais. Même deux frères biologiques, à un moment donné, se battent. Mais il faut savoir tirer les leçons de cette opposition et pouvoir positiver pour avancer.

Aujourd'hui, je suis heureux d'avoir fait des tournées avec mes frères burkinabè.

 

Quelle est votre réaction au sujet des sanctions de l'ONU qui pèsent sur vous ?

 

On m'accuse d'exécutions extrajudiciaires. La seule question que j'ai posée, c'est : j'ai tué qui ? Si on m'accuse d'exécutions extrajudiciaires, on doit pouvoir me dire que j'ai tué telle personne, tel jour et à tel endroit.

En novembre 2004, il y a eu des morts, mais ce sont nos    amis qui ont été tués par des chars français devant l'hôtel Ivoire au vu et au su de toutes les caméras du monde entier. Cela n'a jamais été condamné, parce que ce sont des Africains qui ont été tués. En Europe, quand un jeune est seulement heurté par un policier, c'est un scandale. C'est une forme de racisme, que je dénonce. Je ne suis pas d'accord qu'on tire sur une population aux mains nues. Si des chars allemands occupent l'aéroport de Paris Charles de Gaule, je ne suis pas sûr que les Français vont applaudir. Pourquoi veulent-ils alors occuper notre aéroport, notre sol et briguander l'hôtel Ivoire? Et quand la foule se fait menaçante, on tire sur elle alors qu'il y a des règles pour la disperser en utilisant les gaz lacrymogènes ou de l'eau chaude.

Quand les jeunes Français sont descendus dans la rue   contre le Contrat de Première Embauche (CPE), je n'ai vu aucun policier tirer sur eux ; pourtant des policiers ont été  tués par des jeunes Français. Je suis déçu que des Africains se fassent complices d'une telle situation.

 

Quelle solution proposez-vous pour mettre fin à un tel état de fait ?

 

Je n'ai aucune solution. Je constate simplement qu'il y a les maîtres du monde qui font ce qu'ils veulent et en retour, ils n'ont aucune sanction. Nous sommes descendus dans la rue la première fois le 2 octobre 2002. Nous avions un seul objectif: que notre pays retrouve la paix. Aujourd'hui, notre pays a retrouvé la paix. Guillaume Soro, qui était le chef de la rébellion, travaille main dans la main avec le chef de l'Etat. Le président burkinabè  et son homologue ivoirien, qui étaient en conflit, sont (re)devenus des amis. Nous, jeunes, qui constituons l'avenir ne demandons que ça. Que nos autorités s'entendent.

Nos chefs d'Etat commencent à comprendre qu'il faut qu'ils se soudent pour que l'Afrique ait voix au chapitre. On nous morcelle pour mieux nous contrôler parce que les pays d'Asie sont devenus des concurrents. Face au danger et à l'évolution galopante du dollar, les pays européens se sont unis pour lancer leur monnaie. La Chine, le Japon, l'Inde, qu'on traitait de petits pays qui rimaient avec famine, sont des concurrents de l'Europe. On travaille pendant ce temps à diviser l'Afrique en faisant croire au Burkina que la Côte d'Ivoire est un danger pour lui, etc. Et comme les Africains  sont bêtes, on utilise toujours l'Afrique pour tuer son frère africain. Après,   on dit que c'est un conflit ivoiro-ivoirien ou tchado-tchadien.

 

En dehors de cette lutte avec l'Alliance des jeunes patriotes, que fait Charles Blé Goudé ?

 

J'ai un cabinet de communication politique, Leaders'Team. Je fais du conseil politique.

 

Le RDR peut-il vous consulter ?

 

Bien sûr ! Je suis ouvert à tous les hommes politiques qui veulent formater leurs discours, qui ont besoin de conseils pour faire leurs interviews ou qui veulent faire connaître leurs actions.

 

Nous avons été victimes de racket au village Rasta à Vridi. On nous a fait comprendre qu'il s'agit de jeunes patriotes laissés-pour-compte après la guerre...

 

Je ne me reconnais pas dans ces jeunes. Je suis le président de l'Alliance  des jeunes patriotes. Et   cette alliance est un mouvement composé de plusieurs autres mouvements de jeunesse dont la Sorbonne, le COJEP, la FESCI en son temps et bien d'autres organisations dont le credo est la résistance à main nue. A côté de ces mouvements, il y a des leaders qui, à un moment donné, ont affirmé détenir des armes. Ils existent, ils sont connu à Abidjan et ont animé des conférences de presse pour dire qu'ils sont à la tête de groupements armés en vue de libérer la Côte d'Ivoire. Je n'ai rien à   voir avec eux. C'est pourquoi je refuse qu'on parle de galaxie patriotique. Je suis Charles Blé Goudé, président de l'Alliance et du COJEP. Je n'ai jamais demandé aux jeunes Ivoiriens de prendre des armes. On ne peut pas condamner une action et soi-même conduire  cette même action. Pour nous, c'était des marches, des meetings, des discours pour arrêter cette rébellion.

 

On parle de "Génération Blé Goudé" en Côte d'Ivoire. De quoi s'agit-il?

 

Ce n'est pas moi qui doit répondre à cette question. Je puis vous donner les contacts du président de la "Génération Blé Goudé". C'est à lui de vous dire pourquoi une telle organisation et quels en sont les objectifs. Je ne peux pas empêcher les gens de se regrouper dans une génération appelée Blé Goudé.

 

Le président de "Génération Blé Goudé" vous a au moins contacté?

 

C'est lui seul qui peut répondre à toutes ces questions.

 

Quelles sont aujourd'hui vos relations avec Guillaume Soro ?

 

Nous entretenons de très bonnes relations pour nous deux, pour notre génération et pour la Côte d'Ivoire parce que nous voulons que le  pays ne vive plus ce qu'il vit en ce moment. Il y a des gens qui ne savent pas faire la différence entre les conflits qui opposent les individus et l'intérêt du pays.

 

Combien de fois vous vous êtes rencontrés?

 

Quand je le souhaite ou lorsque la situation l'exige. Mais, je dois l'avouer, rarement on se rencontre  officiellement. Nous nous parlons toujours.

 

De quoi ?

 

De la  Côte d'Ivoire et du processus de paix. On parle bien souvent de notre avenir.

 

Il reste quand même   pour vous l'ancien chef de la rébellion...

 

Ancien rime avec passé. Je pense que nous n'allons pas passer notre temps à dérouler le passé. C'est celui qui ne fait rien dans la vie qui ne fait pas d'erreur. J'estime que comme moi, comme tout autre individu, Guillaume a eu un passé. Aujourd'hui, il est  le Premier ministre de la Côte d'Ivoire et travaille main dans la main avec le chef de l'Etat. Je pense que c'est le Premier ministre   qui a les relations les moins conflictuelles avec le président Gbagbo.

 

Parlons maintenant littérature. Vous êtes auteur d'un livre. Quelle perspective donnez-vous à votre carrière littéraire?

 

J'ai écrit "Ma part de vérité"  dans un contexte où j'estimais que trop de choses se racontaient de manière approximative sur la crise ivoirienne. J'ai dit ce que je savais. Là où des bourreaux se transformaient en victimes, il fallait dire la vérité.  J'ai entre autres parlé de mes rapports avec Alassane Ouattara, Bédié, Guillaume Soro. J'ai parlé de ce que je sais de la crise ivoirienne, de ce que le PDCI a fait vivre aux Ivoiriens, d'Alassane, qui a eu systématiquement recours aux armes et à la violence...

Ce livre a été un Best Seller. J'ai fini la confection d'un second livre, qui devait paraître depuis janvier. J'attends le contexte pour le publier parce que c'est un livre politique et non de contes.

Il s'institule "Et pourtant c'était le chemin".

 

Quel est ce chemin?

 

Il faut lire le livre. Je parle de l'Accord de Ouaga, signé loin de l'hypocrisie politique. Les protagonistes de la crise travaillent aujourd'hui ensemble. Et ce sont ceux qui disaient  qu'ils n'ont rien à voir avec le conflit qui ont des problèmes.

Le RDR a dit  qu'Alassane n'est concerné ni de près ni de loin par cette rébellion. Alassane a même dit qu'il n'a pas la tête d'un rebelle. Je ne sais pas à quoi ressemble la tête d'un rebelle. Bédié également a dit qu'il n'est pas concerné. Soro a dit : c'est moi le chef de la rébellion. Le président Gbagbo lui a dit: viens, nous allons discuter. Aujourd'hui, ils ont signé un accord.

Le premier chapitre de mon second livre parle "d'un stade à un autre", c'est-à-dire d'une étape de face-à-face à une étape de côte à côte. Maintenant, sur le plan physique, on est passé d'un stade de rugby à un stade de football à Bouaké, où l'on a célébré la paix. Cela m'amène à définir le rugby comme étant un sport de rigidité, de violence et de brutalité. Et le football comme un sport de noblesse. Le rugby n'est pas dans les mœurs de l'Africain.

A part en Afrique du Sud pour des raisons historiques, il n'est pas pratiqué dans les autres pays.

ll y a un chapitre qui me tient à cœur et qui s'intitule "De l'époque des fils à papa au temps des papa à fils". Ici en Côte d'Ivoire et peut-être au Burkkina Faso aussi, avant, quand quelqu'un passait, on disait que c'est le fils de Bédié, c'est  la  famille Houphouët-Boigny ou de Djédjé Mady... C'était les barons du pouvoir. Les fils n'étaient que parce que leurs parents ont été. Aujourd'hui, on dira : voici le père de Didier Drogba qui passe. Une famille qui n'était rien, mais qui a été    révélée par le travail de ses fils. On vous dira également : voici le père de Laurent Gbagbo et, bien entendu, voici le père de Blé Goudé. C'est le temps des changements.

 

Blé Goudé est-il marié ?

 

 (Rires). Je suis marié au combat ivoirien, à la lutte, à la libération de la Côte d'Ivoire, à l'essor de mon pays, au respect de l'Afrique.

J'ai un enfant, qui s'appelle Ange Carmelle Blé. Je vis en concubinage avec sa mère, une femme que j'aime bien et qui m'a soutenu dans tout mon combat. Pour  moi, nous sommes déjà mariés, il reste seulement à



26/03/2008
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