L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Conjoncture nationale : La République dans une zone de turbulences ?

Conjoncture nationale

La République dans une zone de turbulences ?

 

Les syndicats, pour qui "une grève ne s'achète pas à 50 F" (Le Pays n°3913 du 17/07/07), maintiennent leur grève prévue pour le 18 juillet 2007, malgré la baisse de 50 F du prix du super consentie par le gouvernement. Cela, c'est connu. Le malaise au sein d'une certaine catégorie de militaires, c'est également connu. Les difficultés quotidiennes de l'Etat en matière de mobilisation des ressources, c'est aussi connu.

 

Toutefois, tout cela n'ébranle pas outre mesure les fondements de  la République, car dire qu'une société fonctionne ne signifie pas que tout y  fonctionne et bien. C'est seulement la tendance générale que l'on exprime. Pour nous donc, le Burkina fonctionne.

Ce point de vue est cependant en contradiction avec ce qui se dit dans les gargotes et avec ce que l'on peut lire dans nombre de journaux. Ainsi, au sommet de l'Etat, des clans se livrent des guerres sans merci pour contrôler l'appareil et s'assurer une place de choix en cas de départ de Blaise Compaoré de la présidence du Faso.

Certes, cela est un phénomène normal, car quel que soit le milieu  social dans lequel nous nous trouvons, il y a toujours une lutte de leadership latente ou apparente, déclarée ou discrète. La compétition est toujours inscrite dans la dynamique interactionnelle des personnalités des individus.

Qu'x veuille succéder à y est chose normale ; qu'y veuille être meilleur que z est également chose normale. Ce qui diffère et peut susciter des vagues, c'est les conditions et la manière dans lesquelles ces velléités s'expriment.

Si l'Etat de droit libéral et démocratique a jugé nécessaires l'écriture puis l'adoption d'une constitution conforme à ses idéaux de liberté et de démocratie ainsi que l'élaboration de lois pour encadrer l'exercice de notre liberté, c'est bien parce que les tentations existent en chacun de nous de faire ce qui   lui plaît sans tenir compte des droits d'autrui. Aux limites de nos droits commencent donc ceux de l'autre, et à la lisière de nos devoirs débutent ceux de notre prochain.

 

Une atmosphère qui rappelle les heures sombres de l'Etat d'exception

 

A lire et à écouter les discours, on se croirait aux heures sombres de l'Etat d'exception révolutionnaire. Ce type de gouvernance n'avait pas que des aspects négatifs, fort heureusement : l'idéal de justice et d'égalité était omniprésent ; le développement du pays, dont les populations devaient être la locomotive, était un fait fort apprécié. Cependant, sur le terrain des droits élémentaires de la personne humaine, c'était loin d'être une référence. Il fallait qu'à un moment ou à un autre l'on fût du côté de ceux qu'on taxait de réactionnaires, d'opportunistes de gauche (ou d'anarcho-syndicalistes) et de féodaux pour comprendre.

Aujourd'hui, au regard de nombre de propos, d'expressions et de caractérisations utilisés par certains acteurs de la République contre d'autres acteurs de la même République, l'impression qui se dégage, c'est que les contradictions internes au régime sont en train de prendre le pas sur celles qui peuvent opposer certains de ses membres à l'opposition.

Certes, l'on ne peut pas dire que ceux qui sont dans la ligne de mire aient fait grand-chose pour ne pas  mériter la façon dont ils sont traités. En effet, on en connaît qui ont fait l'objet d'arbitraire stalinien à cause d'eux à la fin des années 80 et au début des années 90. Qu'ils soient traités de la sorte ne manquera pas de plaire à leurs victimes.

Malheureusement, cela n'est pas la solution, car la vengeance appelle, tôt ou tard, la vengeance, et les victimes d'hier étant les bourreaux d'aujourd'hui, les victimes d'aujourd'hui seront les bourreaux de demain. Telle une malédiction, ce serpent qui se mord la queue devient, à terme, son propre meurtrier. Autrement dit, le régime de Blaise Compaoré risque d'être la cause de sa propre perte du fait de ces querelles byzantines avec ce que cela comporte comme chaos potentiel pour le pays.

Ne nous reconnaissant dans aucun de ces clans, nous pourrons cependant en être parmi les victimes collatérales. C'est  pourquoi personne n'a intérêt, en réalité, à ce que les méthodes dignes de l'apocalypse supplantent l'accès au pouvoir par les urnes. Malgré les intérêts politiques et/ou matériels qui sous-tendent ce combat de gladiateurs, la paix des braves est toujours possible, car ce qui lie ces clans est apparemment plus important que ce qui les divise.

 

L'Etat d'exception est-il  vraiment derrière nous ?

 

D'un point de vue textuel, c'est oui ; du point de vue du paysage institutionnel, c'est   aussi oui. Mais hélas ! dans l'inconscient de nombre de citoyens, c'est non ! Qu'ils soient des modérés du régime en place (n'en parlons pas des faucons), qu'ils se réclament de la "vraie" opposition toute vertueuse ou qu'ils soient des activistes chevronnés des droits humains, il y a des constantes qui ne trompent pas : leurs manières de s'exprimer, leurs fréquentations, leurs méthodes, etc., sont, pour l'essentiel, des phénomènes hérités du mouvement étudiant et/ou des groupuscules communistes dont le pays a grouillé depuis les années 70 jusqu'au début des années 90. Ce sont les héritiers de ces groupuscules qui se retrouvent à la tête de l'Etat, dans l'opposition et à l'avant-garde de la société civile.

Faut-il donc s'étonner de ce qu'à défaut de croiser le fer avec les opposants et assimilés, des fractions du régime se retournent contre d'autres fractions du même régime ? Bien sûr que non, mais il faut relever que c'est tout de même regrettable, car le modèle politique dans lequel nous vivons est venu pour civiliser les mœurs politiques. Sinon, la barque de la IVe République, dans laquelle nous avons tous pris place, pourrait se retrouver dans une zone de hautes turbulences aux conséquences plus qu'incertaines.

 

Z.K.

L’Observateur Paalga du 18 juillet 2007



18/07/2007
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