L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Conté conserve intacte sa capacité de nuisance

Guinée

Conté conserve intacte sa capacité de nuisance

 

L'affaire n'est plus estampillée "secret d'Etat". Elle est tombée depuis déjà bien longtemps dans le domaine public : Conté est malade et, avec lui, la Guinée. Et les habitants de ce pays, qui passe pour être le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest,  font grise mine parce que l'incertitude est plus que jamais à l'ordre du jour.

Pourtant, après les douloureux événements de janvier-février 2007, consécutifs aux mouvements de grève de l'intersyndicale CNTG-USTG qui s'étaient soldés  par plusieurs dizaines de morts et plus d'un millier de blessés, avec l'avènement d'un gouvernement dirigé par un Premier ministre de consensus en la personne de Lansana Kouyaté, des raisons d'espérer existaient bel et bien.

Mais à un mois de la célébration du premier anniversaire de Lansana Kouyaté à la tête du gouvernement, force est de constater que les changements majeurs intervenus depuis lors sont insignifiants par rapport à la compréhensible attente des populations.

En effet, à l'exception de la récente mise en place de la Commission électorale nationale indépendante, censée doter le pays d'une Assemblée nationale représentative en 2009,  presque rien n'a bougé. Bien au contraire, car on assiste depuis à un véritable recul: le chef de l'Etat, le grabataire Lansana Conté, ayant récupéré des prérogatives qu'il avait accordées à son Premier ministre pour permettre à ce dernier d'engager de profondes réformes économiques censées sortir le pays de la léthargie.

Tous les observateurs de la scène politique guinéenne s'accordent à reconnaître que le dernier décret portant restructuration du gouvernement est un coup de frein aux quelques prétentions de Lansana Kouyaté.

Selon la volonté du Président Conté,  qui a signé l'article 178 du décret de restructuration des départements ministériels,  désormais, c'est le Secrétaire général de la Présidence de la République, placé sous la tutelle du chef de l'Etat, qui contrôlera l'action gouvernementale et assurera le fonctionnement régulier des pouvoirs publics.

S'achemine-t-on vers la suppression pure et simple du poste institutionnel du Premier ministre ou assistera-t-on à une cohabitation quasiment impossible?

Dans tous les cas, la restructuration opérée par le malade de Wawa n'est rien d'autre qu'une violation des accords tripartites du 31 janvier 2007, portant attributions du chef du gouvernement. Dans lesdits accords, il est expressément mentionné que le "Premier ministre est chargé de diriger, de contrôler, de coordonner  et d'impulser l'action du gouvernement". C'est exactement ce qui est dévolu depuis le 3 janvier 2008 au Secrétaire général de la Présidence, nous avons cité Sam Soumah, un plus que proche de celui-là qui l'a nommé, à la surprise générale de celui qui l'aurait proposé en temps normal.

Autant dire que la Guinée a désormais deux Premiers ministres!

Pour les observateurs avertis du landerneau politique guinéen, une tranchante épée de Damoclès plane désormais sur la tête de Lansana Kouyaté, en dépit de la profession de foi de ce dernier sur ses rapports cordiaux avec le chef de l'Etat. Mais quoi qu'il en soit, ce serait une tâche titanesque pour le Premier ministre de réussir  sa mission. Certains d'ailleurs pensent que sa démission  serait la meilleure solution plutôt que d'attendre d'être mis à la porte par l'omniprésent Conté.

Inutile de s'époumoner pour dire que ce chef de gouvernement dit de consensus n'échappera pas aux difficultés qu'avaient connues ses prédécesseurs, à savoir Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo.

Et le dernier limogeage le 3 janvier du ministre de la Communication et des Nouvelles Techniques de l'information, Justin Morel Junior, par le chef de l'Etat sans avoir consulté le PM, en dit long sur le calvaire que vivra Lansana Kouyaté s'il  persiste à tenir le gouvernail. Ce qu'a fait le général Conté n'est ni plus ni moins qu'un désavœu du chef du gouvernement.

En effet, selon nos coutumes républicaines, pour nommer ou démettre un membre du gouvernement, le Premier ministre se doit au moins d'être consulté, quitte à faire fi de ses desiderata. Mais ici, Conté a chassé Justin Morel du gouvernement tel un mal propre sans s'en référer à Lansana Kouyaté.

Mais si le trop consensuel Premier ministre a avalé la couleuvre sans piper mot, il en est autrement des syndicats, qui crient à la violation des accords du 31 janvier 2007, portant attributions du chef du gouvernement.

Et c'est pour tout cela qu'une grève générale illimitée est projetée pour demain 10 janvier. Une date qui n'a pas été choisie par hasard, puisque le 10 janvier 2008, on  sera à une année, jour pour jour, après le déclenchement de l'historique grève qui a marqué en lettres de sang le début de l'année 2007 en Guinée.

On se souvient que cette grève a fait plus de 150 morts, un millier de blessés graves, des milliards de francs guinéens de dégâts  matériels... Bref, ce fut une grève qui a sérieusement déstructuré l'économie au pays de Sékou Touré.

Certes, le limogeage de Justin Morel n'a aucunement été motivé dans le décret présidentiel, mais, du côté de Conakry, on pense que "son malheur" devrait venir du compte rendu du Conseil des ministres, articulé autour du décret de restructuration signé le 05 décembre 2007 et d'une déclaration du Premier ministre portant sur le discours du nouvel an du général Conté.

Dans sa lecture du compte rendu du Conseil des ministres par le porte-parole du gouvernement, une erreur sur les nouvelles attributions du Secrétaire général de la Présidence s'est glissée.

Pour les syndicats, qui ne finissent pas de pester contre le pouvoir, Justin Morel n'a fait que lire une déclaration engageant l'ensemble du gouvernement. Et, en tant que porte-parole du gouvernement, il n'a donc fait que son travail et rien que cela. C'est ainsi que l'ancien réalisateur de clips guinéens, qui nous fait penser à notre Bossofa Michel Somé national, apparaît aujourd'hui comme une victime toute désignée. Et ceux qui semblent être dans le secret des dieux du côté de Conakry  affirment sans sourciller que le limogeage de Justin Morel Junior n'est que le commencement d'une longue et minutieuse stratégie de sape du travail effectué par Lansana Kouyaté. Pour eux, l'objectif final du grabataire de Wawa, c'est d'ankyloser l'ensemble du gouvernement Kouyaté et de le discréditer à bon compte aux yeux de l'opinion publique. Ainsi, il pourrait le remercier sans avoir à subir une quelconque opposition, pour ensuite ramener à la tête de l'Exécutif un fidèle.

A dire vrai, plus Kouyaté abat un travail appréciable, plus il monte dans l'estime de la population et plus il est considéré comme un concurrent sérieux pour Conté ou du moins  ses protégés.

En effet, ce n'est un secret pour personne que l'ancien secrétaire exécutif de la CEDEAO, appelé à la tête du gouvernement guinéen le 26 février 2007, a pris depuis  ce temps beaucoup d'assurance. Il voyage plus fréquemment à l'étranger à la recherche de fonds, et ses partenaires techniques et financiers lui manifestent un vif intérêt. Toutes choses propices à l'exploitation des fabuleuses richesses de la Guinée.

Mais Lansana Conté ne tient aucunément à voir Kouyaté réussir sa mission. D'où ces coups de frein, qui retardent et l'action du Premier ministre et l'avancée de la Guinée.

 

Boureima Diallo

L’Observateur Paalga du 9 janvier 2008



09/01/2008
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