L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Conté pousse-t-il Kouyaté vers la sortie ?

Guinée

Conté pousse-t-il Kouyaté vers la sortie ?

 

 

"Si vous voulez, vous pouvez partir !", martela Lansana Conté à l'endroit de son Premier ministre, Lansana Kouyaté. Ce dernier répliquera : "Si vous voulez, démettez-moi, mais je suis déjà parti". Ces échanges aigres-doux entre les deux têtes de l'Exécutif de la Guinée se passaient en début janvier 2007 au Camp Sékou Touré, résidence du chef de l'Etat. Ils faisaient suite au limogeage du ministre de l'Information, porte-parole du gouvernement, Justin Morel JR, survenu à l'insu du Premier ministre, et sur manigance de l'ex-secrétaire général à la présidence, Fodé Bangoura. Un départ qui traduit la réalité des rapports existant entre le président de la Guinée et son chef de gouvernement : orageux. Ce qui n'est pas nouveau, puisque les prédécesseurs de Kouyaté ont subi la même pression, qui a abouti à leur départ forcé. De Sidiya Touré à Lanseny Fall en passant par Cellou Dallein Diallo, celui qui tient le gouvernail de la Guinée depuis 24 ans a toujours su venir à bout de tous ses P.M. qui ont eu le malheur de ne pas penser comme lui.

Lansana Kouyaté aura-t-il plus de chance que ses devanciers ? Depuis le 28 mars 2007 qu'il est à la tête du gouvernement de consensus, il est confronté à l'impatience des syndicats, à la grogne de la rue (surtout des jeunes), fatiguée d'attendre une embellie qui tarde à venir. Mais surtout c'est les forces d'inertie, notamment les blocages du chef de l'Etat et de son entourage, qui constituent les principaux écueils auxquels le P.M. doit faire face.

Lansana Kouyaté n'oubliera pas de sitôt qu'après la formation de son équipe, son patron a mis des mois pour signer les décrets nommant les collaborateurs des ministres, ce qui a eu pour conséquence de plomber l'avancée de nombreux projets.

Et encore, les ministres gouverneurs et préfets limogés à la faveur du changement n'ont cessé de multiplier les chausse-trappes et les peaux de banane sous les pieds de Kouyaté. Bref, on peut dire que Kouyaté évolue en plein milieu hostile. Le général-président, qui vient de fêter le 3 avril 2008 ses 24 ans au pouvoir, vient encore de démontrer que le seul capitaine de la Guinée, c'est lui.

Sinon comment comprendre les derniers décrets que "Pessè" vient de prendre, qui annihilent certains efforts du P.M. ? En effet, c'est observable depuis des mois, Kouyaté s'est transformé en globe-trotter, sinon en VRP pour essayer de redonner vie à une économie guinéenne moribonde : Libye, Gabon, Pays arabes..., le P.M. sillonne le monde pour nouer ou renouer des partenariats de développement et attirer des investisseurs.

Un coup de canif vient d'être donné à ce travail premier ministériel avec les décrets pris par Conté annulant des contrats  signés par Kouyaté avec la Libye. Et le comble : c'est Kouyaté qui est chargé de l'application de ces mesures. Une façon de l'amener à se déjuger, donc une forme d'humiliation qu'a concoctée le président pour celui que les syndicats, la rue, et la communauté internationale lui ont imposé comme P.M.

Que veut finalement Conté ? Telle est la question qu'on en vient à se poser. Voici la Guinée, où d'un côté, il y a un pouvoir déliquescent avec Conté et ses amis agrippés à leurs privilèges et prêts à tout pour les conserver, de l'autre côté, des populations miséreuses qui, épisodiquement, manifestent violemment dans la rue pour rappeler aux gouvernants qu'elles sont lassent d'attendre une hypothétique amélioration de la situation, et au milieu Lansana Kouyaté et son équipe. Une curieuse situation qui dure depuis plus d'une année, et dont nulle ne connaît le dénouement.

En effet, en dépit de la leucémie et du diabète qui le rongent, Lansana Conté tient toujours le pouvoir en Guinée. La preuve vient d'être administrée ce 3 avril 2008, lors de la célébration des 24 ans de pouvoir : toute l'armée, le gouvernement, en gros, le ban et l'arrière-ban du pays sont allés au camp Sékou Touré féliciter le maître du pays, qui a lâché, entre autres propos sibyllins, que "je sais que les Guinéens ne sont pas des traîtres... Je sais compter sur chaque Guinéen, qui doit se sentir fier de l'être".

Pourtant ce ne sont pas les velléités de putsch qui manquent, qu'elles viennent de l'armée ou de la rue. Ainsi en est-il des mouvements d'humeur de la grande muette entre le 2 et le 15 mai 2007 qui ont failli emporter ce qui restait de pouvoir dans ce pays. Conté a dû user à l'époque du bâton et de la carotte pour calmer ses frères d'armes, qui marchaient vers le camp Samory Touré : il a dépêché des émissaires négocier avec les mutins, en même temps qu'il limogeait plusieurs gradés de l'armée, dont son vieux compagnon le chef d'état-major Kerfalla Camara, décédé il y a quelques mois de cela.

On ne saurait oublier les jours chauds de janvier-février 2007 ainsi que la grève générale, et la répression qui s'en est suivie, faisant plus d'une centaine de morts. Une action des syndicats, auxquels se sont joints presque toute la Guinée et ce fut in extremis que l'enfant terrible de Wawa sauva son fauteuil et sa vie.

De ce mic-mac politico-social, et malgré les difficultés pour exercer ses prérogatives, le P.M. Kouyaté peut s'en sortir à condition de savoir surfer sur la querelle qui fait rage entre les caciques du régime. Cette bagarre de positionnement, notamment entre Aboubacar Somparé (président de l'AN) et Mamadou Sylla (homme d'affaires) lui laisse du répit pour essayer d'avancer. Tout en n'oubliant pas que Conté lui rappellera quotidiennement qu'il est le seul maître à bord et que son congédiement ne sera rien de plus qu'un acte naturel de sa part.

 

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga du 9 avril 2008



08/04/2008
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