L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Crise à Guelwongo : Une journée avec les manifestants

Crise à Guelwongo

Une journée avec les manifestants


Localité de la province du Nahouri située dans la commune rurale de Ziou, à quelques encablures du Ghana, et à une cinquantaine de kilomètres de Pô, Guelwongo est, depuis le 17 mai 2007, le théâtre de manifestations dirigées contre le maire de Ziou. Nous nous sommes rendus sur place le 22 mai dernier afin de prendre le pouls de la situation qui y prévaut.


Il était exactement 15h5 minutes sous un soleil accablant le mardi 22 mai, lorsque nous arrivions à Guelwongo, en compagnie d'une délégation de cette population conduite par le chef de terre venu à Pô pour dire au haut-commissaire, les raisons de leurs manifestations. Dans le véhicule, l'on nous fait savoir que tout le village était en ébullition dans la matinée et que le jeudi 24 mai, les manifestations reprenaient encore. Nous nous attendions donc à réaliser des interviews en attendant le jeudi pour vivre cette manifestation. Mais surprise, à l'entrée du village, nous nous retrouvons nez à nez avec une foule de manifestants armés de gourdins, machettes, barres de fer, banderoles rouges nouées au bras et à la tête, vêtus en habits de guerriers, vociférant, et chantant à travers tout le village. A notre vue, ils font une petite halte, le temps de nous permettre de les immortaliser en images. Cela accompli, ils reprennent leur route en direction d'un bâtiment faisant office de préfecture qu'ils avaient eux-mêmes construit depuis 1985 (le village n'étant pas le chef-lieu du département, il n'y a pas de préfecture). A cet endroit, et sous un grand baobab à l'image d'un arbre à palabres, ils étaient plusieurs centaines, vieux, femmes, jeunes et autres qui attendaient leur chef de terre, parti à la rencontre du premier responsable de la province à Pô. A sa descente du véhicule dans lequel nous nous trouvions, c'était des applaudissements interminables pour lui souhaiter la bonne arrivée de même qu'à sa suite.

Le chef prend alors place auprès d'autres anciens, le temps de souffler mais aussi pour que le maître de cérémonie calme des esprits surexcités. 30 minutes, c'est le temps qu'a mis le chef, Gourgué Sia, pour faire le point de sa rencontre avec le haut-commissaire mais aussi pour revenir sur certains détails du différend qui les oppose à Ziou. Celui-ci a été obligé par moments d'exiger le silence dans la foule. En parcourant les nombreuses pancartes brandies ça et là par les manifestants, nous nous sommes fait une idée des points d'achoppement entre eux et leur maire : des forages d'eau détournés. En effet, sur ces pancartes, on pouvait lire entre autres : "On est fatiqué de vivre sous l'esclavage", "Blaise au secours car les i... veulent nous tuer", "Notre cher Papa Blaise et son gouvernement, aidez-nous à sortir de l'enfer, nous revendiquons notre indépendance, rien que notre indépendance. Tout le monde est libre sauf Guelwongo et Toungou" "Le maire de la commune de Ziou profite des biens de la commune pour ses propres comptes. (...)" "Ziou pille nos biens et piétine notre honneur. Le maire Cyrille Talato nous a dit hier vive le CDP et aujourd'hui il nous dit vive l'ADF/RDA, quel homme à double face", "Nous réclamons nos 5 forages...", etc.

Après le compte-rendu du chef, rendez-vous a été donné aux uns et aux autres pour le jeudi 24. Un élève de 1re venu de Ouaga, beaucoup plus exicté que ses pairs est le premier à s'exprimer : "Je me nomme Mamadou Sia, je suis élève en classe de 1re D au Lycée mixte de Gounghin de Ouaga. Je suis arrivé au village hier (ndlr : 21 mai) afin de soutenir mes parents dans notre quête de liberté. Nous voulons qu'on nous restitue nos forages d'eau et au besoin, qu'on nous sépare définitivement de Ziou ..."

Après cet élève qui jouait au garde du corps du chef, vêtu en tenue guerrière, un autre manifestant s'approche de nous et demande à parler : "Je suis Ernest Sia, saisonnier à la SOFITEX Diébougou. Je suis aux côtés des miens aujourd'hui : on veut notre liberté, rien que cela..." Nous sommes allés échanger avec le chef de terre et ses proches collaborateurs, loin du brouhaha. Juste après cet entretien, deux motocyclistes ont été chargés de nous conduire à Pô. En cours de route, l'un deux nous fait savoir que si l'on parvenait à les détacher de Ziou, ils fêteraient cela chaque année, en grande pompe. Et l'autre d'ajouter qu'ils en ont les moyens. Et çà tout le monde en parle; même certains fonctionnaires de la zone. Ce village, fait-on savoir, est le poumon économique de la région. Zone tampon, située entre le Burkina et le Ghana, l'activité commerciale y est prépondérante. Certains affirment du reste que ce village n'a pas d'intellectuels mais de grands hommes d'affaires. Les populations avaient donc des choses à reprocher au maire voire à Ziou, mais c'est le problème des forages d'eau offerts par le FEER qui a été l'élément déclencheur des manifestations contre le maire.


Encadré 1

Gourgué Sia, le chef de terre

"On veut notre autonomie"

 

Le chef de terre s'est prêté à nos questions. Il était entouré de ses proches collaborateurs dont des chefs d'autres villages réclamant eux aussi leur appartenance à Guelwongo au détriment de Ziou.

 

Que reprochez-vous à votre maire, et pourquoi toute cette agitation ?


On nous a donné 9 forages mais nous n'en avons reçu que 4 et nous voulons que l'on nous restitue les 5 autres. Et c'est le maire Cyrille Talato Karfo qui est derrière tout ça. Pour ce faire, nous avons délégué d'abord son adjoint, ensuite un de nos conseillers, à aller s'enquérir de ce qui est advenu de nos forages. Mais les réponses données par ce dernier nous révoltent. Car il dit avoir décidé de son propre chef de procéder à la redistribution des forages à sa guise. Par la suite, le Conseil régional que avons aussi délégué pour aller le voir est venu nous faire comprendre que le maire reconnaît avoir commis une erreur, mais qu'il allait entreprendre des négociations afin d'acquérir d'autres forages pour nous. Je lui ai dit que cela n'était pas négociable et que nous voulons nos 5 forages donnés par le FEER. Par ailleurs, je lui ai fait savoir que s'il nous refusait de la nourriture on se plierait à sa décision, mais pas l'eau. Je lui ai par-dessus tout signifié que si nous n'avons pas ces forages d'eau, qu'il s'attende à ce que nous de Guelwongo et Toungou ne fassions plus partie de la commune de Ziou. Il m'a supplié de revoir ma décision et je lui ai dit que cela était sans équivoque. C'est alors qu'il s'est permis encore de me dire qu'il ferait de son mieux d'ici là, pour que nous ayons 2 forages au moins. On ne s'est pas entendu à ce propos et je lui ai signifié de considérer qu'à partir de notre rencontre, notre séparation d'avec son village Ziou est consommée. C'était le mercredi, et il nous a dit de revenir le samedi pour qu'on en discute et qu'il nous donnerait nos forages. J'ai refusé d'aller discuter et cela encore avec lui car pour moi, il ne veut pas la paix. Bref, en attendant, nous, habitants de Guelwongo et de Toungou, décidons de ne plus recevoir le maire dans notre marché. Car c'est parce qu'on vit ensemble que l'on nous traite ainsi, mais si on se séparait, il n'y aura plus ce genre de différends entre nous. C'est pourquoi, je pense qu'il est opportun que chacun aille de son côté et on verra qui aura besoin de l'autre.


Qu'en est-il de votre rencontre de la matinée avec le haut-commissaire à Pô ?


Nous sommes allés voir le haut-commissaire pour le tenir informé de la situation qui prévaut dans notre commune. Nous lui avons demandé de venir procéder à notre séparation d'avec Ziou. Le haut-commissaire m'a promis de venir nous rencontrer le jeudi 24 mai. Mais, je lui ai fait remarquer que s'il venait, ce n'était pas pour qu'on reprenne avec Ziou mais pour nous séparer à jamais afin que chacun prenne son autonomie. Car on est fatigué de la situation. On ne peut plus vivre en harmonie avec Ziou. Il faut qu'il vienne alléger nos peines


Encadré 2

Tanga Sia, un représentant de la jeunesse

"Nous ne sommes contre personne"

 

Je pense que c'est le mauvais comportement du maire qui a poussé les populations à se révolter ainsi. On n'attaque rien, on n'est contre personne. Mais il y a des gens qui avancent que ce sont des voyous qui sont en train de manifester. Qu'ils n'enveniment pas les choses car le problème est très sérieux pour qu'on en vienne à avancer de tels propos. Vous avez dû vous-même constater ce qui se passe sur le terrain. Il y a de sérieux problèmes dans ce village depuis belle lurette que nous cherchons à résoudre. On avait des choses sur le coeur et le maire nous a donné l'occasion d'en parler. Aux dernières législatives, lui, maire CDP a changé de veste. Car il a appelé les populations à ne pas aller retirer leurs cartes électorales parce que son patron à lui, aurait été refoulé de la politique. Il a aussi dit à ceux qui avaient retiré leurs cartes d'aller voter pour l'ADF-RDA sous prétexte que eux, ils n'ont plus de place au CDP. Mais, contre vents et marrées, nous à Guelwongo, nous avons tous voté pour le CDP. Ce maire, il faut le dire, ne sait pas où mettre les pieds. Et nous, nous ne pouvons pas le suivre dans son égarement. Voilà pourquoi cette fois-ci, et l'occasion faisant le larron, nous avons décidé de nous séparer de lui, de Ziou. Voilà ce qui ne va pas dans la commune de Ziou.

 

Encadré 3

Le Haut-commissaire à Guelwongo

"Les populations maintiennent leur position"

 

Comme prévu, le haut-commissaire du Nahouri, Blaise Corneille Ouédraogo, accompagné d'éléments de sécurité en tenue de combat, a fait le déplacement de Guelwongo le 24 mai dernier pour contribuer à éteindre le foyer de tension qui y prévaut.


Le premier responsable de la province est d'abord allé s'entretenir pendant près d'une heure d'horloge avec le maire, Cyrille Talato Karfo dans son fief à Ziou avant la rencontre avec les Guelwongolais en courroux. Il nous est revenu que le haut-commissaire leur a fait savoir qu'il n'était pas de son ressort de décider de la partition d'une zone et les a invités à mettre fin à leurs nombreuses manifestations. Il les a exhortés à privilégier le dialogue en pareille situation au lieu de vouloir user de la force. Mais lesdites populations apparemment seraient restées sur leur position. La rencontre a pris fin sans que des réponses concrètes soient trouvées aux préoccupations de ces populations. Pour ce faire, une autre rencontre été programmée à Pô au cours de cette semaine.


Encadré 4

Discorde entre Guelwongo et le maire de Ziou

D'autres problèmes égrénés par les manifestants


Certains manifestants se sont eux aussi exprimés sur des sujets autres que celui des forages d'eau, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.


Dongo Sia, chef de Nimbrongo (Toungou)

"C'est difficile de se faire établir un papier à Ziou..."

Une fois, j'étais allé faire établir les actes de naissance de mes enfants à la préfecture. On m'avait donné 2 jours pour venir les retirer. Mais lorsque je m'y suis rendu, l'on m'a fait comprendre que le préfet ne les avait pas signés. On m'a alors donné rendez-vous pour un autre jour. A ce rendez-vous, on m'a fait savoir que les actes ont été établis mais qu'on ne les retrouvait pas en me donnant encore une fois un autre rendez-vous pour venir les chercher. Mais j'ai décidé de ne plus effectuer ces déplacements infructueux car mon village est à 18 kilomètres de Ziou. Ce qui n'est pas facile pour un homme de mon âge. Mais avant hier (Ndlr : interview réalisée le 22 mai), j'ai envoyé un de mes petits d'aller voir s'il y a de nouveau. C'était peine perdue, toujours la même chanson. Et les rumeurs courent, selon lesquelles si je donnais quelque chose, mon problème allait être résolu, je n'ai pas d'argent pour ça ...


Gnambiré Sia, collaborateur du chef de Guelwongo

"L'argent de la campagne législative a disparu"

 

Ce que je voulais ajouter c'est que pendant la campagne législative du 6 mai passé, notre parti, le CDP, avait remis la somme de 335 000 FCFA pour notre commune. Mais à notre grande surprise, on nous a fait savoir que le parti avait donné 200 000 F CFA pour la campagne. C'est pour vous dire que c'est ce genre de situations que nous vivons ici dans cette commune. Depuis longtemps, nous avons subi ce genre de préjudices et voilà que maintenant le problème d'eau est venu s'ajouter. Ce qui dépasse vraiment les bornes et a irrité les gens. Au regard de tout ça nous avons décidé de ne plus faire partie de la commune de Ziou.


Kobina Sia, rédiant à Ouaga

"Attention à ne pas accuser nos parents de voyous"

 

On a entendu dire que ceux qui manifestent sont des voyous. C'est insultant ça ! Nous avons voté pour eux et c'est de cette façon qu'ils nous traitent ? On les voyait venir. Il ne faut pas qu'ils se permettent d'insulter nos parents, de nous insulter. Les populations ne sont pas fières d'eux et manifestent leur mécontentement et comment eux qui sont à Ouaga peuvent savoir que ce sont des voyous qui sont en train de crier dans le marché. Qu'ils continuent d'avancer de tels propos, au lieu de songer à résoudre un problème qu'ils ont créé, ils auront la conséquences. Je leur demande pour leur propre sécurité de rester là où ils trouvent et qu'on ne les rencontre plus sur notre chemin. Ce qui est sûr, nous avons décidé de ne plus aller établir nos papiers à Ziou. C'est fini et notre position reste non négociable.


Le chef de Toungou

"On préfère être rattaché à Pô"


Trop c'est trop. Le jour s'est enfin levé pour nous aujourd'hui. On veut notre indépendance. Si le haut-commissaire veut le bien, qu'il vienne nous donner notre liberté. Avant, on était rattaché à Pô et il n'y avait pas de problème si ce n'est que la distance. Ensuite on était avec Tiébélé pour finalement être avec Ziou. Mais à partir de maintenant, on n'ira plus à Ziou; on préfère même retourner à Pô même si c'est loin, ou à Tiébélé. C'est mieux pour nous. En tout cas, c'est fini avec Ziou.

Propos recueillis à Guelwongo Par Nouffou ZONGA

Le Pays du 29 mai 2007



29/05/2007
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