L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'Heure     du     Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

Déguerpissement à bogodogo : Bras de fer entre la population et la mairie

Déguerpissement à bogodogo

Bras de fer entre la population et la mairie

Le déguerpissement des habitations situées sur la voie transversale reliant le secteur 30 au secteur 28, dans l'arrondissement de Bogodogo, n'a pu avoir lieu le 17 octobre 2007. Les propriétaires des lieux s'y sont opposés.

Le 17 octobre au matin, les délégués des habitants de la zone non lotie du secteur 30 sont en assemblée générale. Objet: faire le point de la rencontre avec le maire de Bogodogo sur le déguerpissement des maisons situées sur le tracé de la voie transversale qui reliera le secteur 30 à la voie pénétrante du secteur 28. Pendant que l'assemblée se déroulait, la nouvelle du début du déguerpissement ce 17 octobre, non loin du château d'eau du secteur 30, fait l'effet d'une bombe. La réunion est écourtée. Une marée humaine se déporte sur les lieux pour faire obstruction au démarrage des travaux. Elle y arrive en obligeant le bulldozer qui avait déjà eu le temps de démolir deux ou trois baraques à replier. Le reste est un long conciliabule entre les représentants des populations et les forces de l'ordre qui se sont regardées en chiens de faïence pendant de longues heures. Aucun tir de grenade, pas de coup de matraque, que des invectives.

Cependant, un habitant qui s'était hasardé à décoiffer sa maisonnette située sur la voie a passé un mauvais quart d'heure. Une partie de la foule ayant eu vent de son intention a pris d'assaut sa cour. Une descente qui a frôlé le lynchage, n'eût été l'intervention de quelques badauds. L'homme est d'un certain âge et a lancé à ses agresseurs que de toutes les façons le déguerpissement aurait lieu et que lui, il préférait mettre ses tôles à l'abri des voleurs.

La foule n'avait point d'oreille pour une telle thèse, qualifiant le vieux de traître à la cause. Le mot d'ordre est de ne pas bouger.

A 10h20, la foule se disperse. On y distingue trois hommes en tenue militaire. Des résidents de la zone, nous informe-t-on. Ce sont eux qui ont mené les discussions pendant le face-à-face avec les forces de l'ordre.

Un répit qui ne va pas durer longtemps car la mairie campe sur ses positions. Elle a obtenu une subvention de l'AFD (Agence française de développement) dans le cadre d'un projet de développement des quartiers périphériques. Les marchés sont attribués et les travaux ne sauraient attendre plus longtemps. Les maisons situées sur la voie ont été identifiées. Leurs propriétaires ont été attributaires de parcelle dans une zone lotie à titre de compensation.

C'est à ce niveau que se trouve le noeud de l'affaire. Moumouni Gouba, représentant des déguerpis, explique: "Nous trouvons que les délais sont courts. On a entrepris des démarches auprès de la mairie. Mais le maire était absent. Il y a trois jours qu'elle est de retour, nous l'avons rencontrée et hier soir (le 16 octobre), elle nous a expliqué qu'après deux reports (le 4 et le 14 octobre), il fallait qu'on déguerpisse. Que ce n'était plus une question de jours mais d'heures. C'est ce que le maire nous a dit hier soir à 18h, et c'est ce que nous étions en train d'expliquer à la population ce matin, quand le bulldozer est entré en action. L'action de ce matin visait à faire arrêter la machine."

Le représentant des déguerpis veut qu'on leur laisse le temps de terminer l'année scolaire avant de rejoindre Widtenga, le site qui leur a été destiné et qui ne serait pas habitable actuellement à cause des semis.

Dans l'après-midi, une rencontre a regroupé le maire Simon Compaoré et les premiers responsables de l'arrondissement de Bogodogo pour tenter de décanter la situation. A l'issue des échanges, la mairie a décidé de poursuivre les travaux de dégagement. Elle a donc demandé aux populations de commencer à déménager. Pour les cas sociaux, la mairie a souhaité qu'une liste lui soit transmise par l'intermédiaire des délégués des déguerpis. Cependant, cette décision de la mairie ne fait pas l'unanimité.

Par Abdoulaye TAO et Lassina SANOU

Le Pays du 18 octobre 2007

Encadré

LES PROTAGONISTES SE PRONONCENT

Quelques protagonistes donnent ici leur lecture de la situation. Les autorités communales parlent le langage de la fermeté pour faire démarrer enfin les travaux. Le représentant souhaite, quant à lui, que leur soit accordé un temps de répit.

Moumini Gouba, (président des déguerpis du secteur 30)

"Depuis le 30 septembre, la mairie a demandé qu'on passe prendre des papillons pour les parcelles parce qu'on devait déguerpir. On n'avait pas la date exacte. La rumeur disait qu'on avait jusqu'au 4 octobre pour partir. Nous avons trouvé les délais trop courts. On a entrepris des démarches mais madame le maire était absente. Elle est revenue il y a trois jours mais nous a dit qu'elle restait sur ses positions. Il faut qu'on bouge. Hier à 18h, elle nous a reçus et a confirmé que le déguerpissement commencait. C'est pendant que nous informions les gens de la position du maire que nous avons appris que le bulldozer était entré en action. Nous avons quitté la rencontre et sommes venus sur les lieux pour faire stopper l'opération.

Nous avons écrit à différentes autorités pour expliquer notre problème. Nous avons, à titre d'exemple, déjà inscrit nos enfants près d'ici. Le nouveau site où la mairie nous envoie se trouve à 30 km d'ici, à Widtenga. Ce sont encore des champs de mil, nos parcelles à Widtenga ! Ce n'est pas habitable. Nous souhaitons qu'on nous laisse terminer l'année scolaire, après on leur laissera leur coin. Mais la mairie ne l'entend pas de cette oreille. Elle veut qu'on aille en location en attendant. Avec quoi va-t-on payer? C'est parce qu'on n'a pas les moyens qu'on est en zone non lotie. Environ 1400 personnes sont concernées et les élèves sont estimés à 9000. Pour les parcelles que la mairie nous a attribuées, personne ne connaît la sienne. Et puis, la mairie nous a dit de ne nous installer après les récoltes. Elle privilégie donc les récoltes aux vies humaines."

Zénabou Drabo (maire de Bogodogo)

"Il s'agit d'une question de déguerpissement des voies. Des personnes sont installées sur le tracé de cette grande voie. Grâce au partenariat avec l'Agence française de développement(AFD), nous avons obtenu un financement pour bitumer certaines des voies et recharger d'autres. Ce projet permet également d'amener l'adduction d'eau en profondeur dans les secteurs. C'est ce que nous avons appelé le "Projet quartiers périphériques".

L'incident de ce matin est intriguant parce que depuis le 30 août 2007, nous avons commencé à dégager les voies et il n'y a pas eu de problème. Toutes les voies pénétrantes ont été dégagées sans problème. Les gens sont venus, on leur a remis les références de leurs nouvelles parcelles. Il ne restait plus que l'identification de ces parcelles. Nous avons alors remis les papillons des parcelles qui comportent les informations suivantes : nom, prénom et numéro de la parcelle. Seulement, il y a des cultures sur ces parcelles. Nous avons donc proposé aux déguerpis d'attendre les récoltes pour identifier les parcelles. Il n'ont pas trouvé à redire. On a alors demandé aux gens de se reloger en attendant parce que les marchés sont déjà attribués à des entreprises et que les travaux vont commencer incessamment. On est tenu par les délais. Les autres arrondissements ont déjà commencé leurs travaux. Il ne restait que Boulmiougou et Bogodogo. L'arrondissement de Boulmiougou vient de commencer. Il ne reste plus que nous. Nous sommes sur le dossier depuis un an. Aujourd'hui, il se trouve des gens pour dire qu'ils n'ont pas été informés. Soyons sérieux ! Depuis le 30 août, on a commencé à casser. Ils veulent dire qu'ils n'ont pas eu vent de cela non plus ? Les autres sont partis, mais eux non. Comment les autres sont-ils partis? Nos services ont fait du porte-à-porte pour dire aux gens : "Vous êtes sur la voie, cherchez à vous reloger." Ils ont des répondants avec lesquels on a travaillé. Le 14 octobre, on a voulu casser, il y a eu un mouvement d'humeur. Un mot d'ordre a été lancé, demandant aux gens de ne pas décoiffer leurs maisons. La revendication principale, c'était d'obtenir une parcelle. Révendication satisfaite. Je leur ai dit de ne pas oublier qu'ils étaient en zone non lotie et que les dispositions n'étaient pas les mêmes qu'en zone lotie. Ils m'ont rétorqué qu'on était tous Burkinabè. En zone non lotie, on ne peut pas parler de dédommagement. On a entendu le maire Simon Compaoré dire qu'on avait reçu 1,9 milliard F CFA pour les dédommager. Et que chacun avait droit à 300 mille francs. Même le projet ZIGA n'a dédommagé personne. Les gens ont, en retour eu des parcelles, que certains ont revendues.

On se connaît dans ce pays-là. Il n'y a jamais de fumée sans feu. Le travail sera fait. Les travaux vont se poursuivre. On ne va pas arrêter des travaux qui vont bénéficier à des milliers de gens à cause d'une poignée de personnes. Les entrepreneurs ont déjà leurs contrats. En cas de retard qui paiera? Ceux qui disent qu'ils ne veulent pas de l'argent de l'AFD parlent au nom de qui ? Qui sont-ils ? C'est une opportunité pour l'arrondissement et nous allons la saisir.

Je demande à la population d'écouter les responsables, qui veulent le bien de la communauté. Notre quartier a des voies impraticables ; c'est l'occasion pour nous de faire changer les choses."

Simon Compaoré (maire de la ville de Ouagadougou)

"Il faut qu'on laisse l'AFD tranquille dans cette histoire. C'est une institution qui nous a fait beaucoup de bien. Parmi les bailleurs qui sont intervenus massivement dans notre ville, il y a d'abord l'AFD et la Banque mondiale. Ce sont des projets financés qui changent le look de la ville. Le projet en cours avec l'AFD est de 9 milliards de F CFA et se décline en construction de routes, assainissements, infrastructures hydrauliques et communautaires.

La question qui mérite d'être posée dans le cas de Bogodogo est celle-ci : "Est-ce que les gens ont été informés par l'autorité compétente qu'ils devaient dégager d'où ils sont ? Est-ce que ces personnes ont eu des parcelles ?" La question subsidiaire : "Avaient-ils un titre de propriété là où ils étaient ?"

S'ils ont un tel droit, il est opposable à la puissance publique pour exiger un dédommagement. A écouter le maire de Bogodogo, les gens ont été informés. Madame le maire s'est démenée pour leur trouver des parcelles. Je constate avec vous que ces gens n'ont pas de PUH, donc rien ne peut empêcher les travaux de dégagement.

Dans une telle position, les gens doivent négocier parce qu'ils sont en position de faiblesse. Ils se mettent dans une situation extrêmement embarrassante. Nous allons les rencontrer cet après-midi. S'il y a des manquements de notre côté, on en assumera les conséquences. Si c'est plutôt de leur côté qu'il y a des manquements, on en fera de même. Vous savez, la gestion de la ville est un exercice complexe. Et si on est à la remorque d'un groupe donné, on ne pourra jamais travailler. J'en sais quelque chose. Si Ouaga s'est quelque peu transformée, c'est qu'à un certain moment on a dû prendre nos responsabilités, non contre la volonté populaire mais au profit du plus grand nombre."



18/10/2007
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 1007 autres membres