L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Des Burkinabè naturalisées en Guinée-Equatoriale

Football féminin

Des Burkinabè naturalisées en Guinée-Equatoriale

 

Le football féminin serait-il lui aussi en train de faire fausse route ? On pourrait le penser après avoir écouté le président des Gazelles, Denis Compaoré. Dans un entretien qu’il nous a accordé, il nous a révélé qu’une de ses joueuses et trois autres des Princesses FC ont été naturalisées en Guinée-Equatoriale à la faveur de la CAN féminine au Nigeria en 2006. Des transferts qu’il trouve douteux et demande à la Fédé qu’une lumière soit faite sur cette affaire.

 

 

Depuis quand êtes-vous à la tête des gazelles ?

 

• Je suis à la tête de cette équipe des Gazelles depuis 2005. J’ai remplacé à ce poste un commissaire qui est parti en RDC pour une mission onusienne.

 

Après le championnat de D2, qui a débuté il y a une semaine, on attend maintenant le football féminin. Comment les Gazelles préparent-elles cette nouvelle saison ?

 

• Depuis quelque temps mes joueuses ont repris les entraînements et elles sont prêtes pour donner le meilleur d’elles-mêmes.

 

Combien de joueuses avez-vous retenues pour ce championnat ?

 

• Nous avons retenu trente joueuses et elles viennent de Ouaga, de Bobo, de Banfora, de Gaoua et de Koudougou. Les différents postes ont été renforcés pour plus d’efficacité.

 

Quel rang les Gazelles ont occupé lors de la saison 2005-2006 ?

 

• La saison dernière, on a prévu deux formules et quand mes filles ont arraché leur qualification pour le carré d’as, le tournoi n’a pas eu lieu. Ce qui veut dire qu’on ne pouvait dans ces conditions faire un classement.

 

Pourquoi ?

 

• La Fédération nous a fait savoir que c’est uniquement par manque de moyens financiers

 

L’effectif dont vous disposez aujourd’hui est-il en mesure de jouer les premiers rôles cette année ?

 

• Je ne doute pas de cela parce que nous avons fait un bon recrutement. Nous connaissons le football féminin pour l’avoir quand même suivi longtemps. Je suis convaincu que le titre ne nous échappera pas.

 

D’où vous vient votre optimisme ?

 

• Je connais l’effectif du football féminin au Burkina et connaissant la capacité de mes joueuses, le titre cette année sera notre affaire.

 

Même les Princesses de Mme Karama qui dominent des pieds et des épaules le championnat féminin ne vous fait pas peur ?

 

• Les Princesses n’ont jamais eu à dominer le championnat féminin. Si tout c’était bien passé l’année dernière, vous ne m’auriez pas parlé cette année de l’équipe de Mme Karama.

 

A combien estimez-vous le budget de fonctionnement de votre club ?

 

• Nous évaluons à 7 millions et demi notre budget pour la saison 2006-2007.

 

Cette somme est-elle suffisante pour terminer la saison sportive ?

 

• A première vue, on penserait que cette somme est même trop, mais réellement, elle n’est pas suffisante parce que nous avons beaucoup de charges. Nous faisons de notre mieux pour que rien ne manque à nos joueuses. On n’a pas d’autre appui que le bureau. Au football féminin, on ne parle même pas pour le moment de recettes puisque nous ne jouons pas sur des terrains clôturés. Les sponsors ne sont pas présents dans ce domaine et c’est avec nos moyens que nous faisons vivre la discipline. C’est la passion pour ce sport qui fait que nous sommes là et nous voulons contribuer, à notre manière, à  une meilleure visibilité du football féminin au Burkina.

 

A combien s’élève les salaires des joueuses par mois ?

 

• Chez nous, nous essayons de venir en aide aux filles au cas par cas, selon surtout leurs besoins. Elles ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Il y a des filles qui vivent en famille et qui ne se plaignent pas. Mais nous ne les négligeons pas pour autant. D’autres, par contre, sont à notre charge ; c’est-à-dire qu’elles sont logées, nourries et soignées. Mensuellement, nous dépensons 400 000 FCFA.

 

La plupart de vos joueuses sont-elles élèves ou ménagères ?

 

• Les 90% de l’effectif des Gazelles sont des élèves et nous prenons même en charge la scolarité de beaucoup d’entre elles. Nous intervenons souvent quand il y a des fournitures à acheter et il leur faut souvent quelque chose en poche pour faire face à leurs petits besoins.

 

Les footballeuses élèves arrivent-elles à concilier études et sport ?

 

• Justement, ce n’est pas facile à ce niveau et souvent les problèmes ne manquent pas. Pour ne pas perturber les études de nos filles, nous sommes obligés de programmer les entraînements deux fois par semaine. Quand elles sont en vacances, nous revoyons cela. L’école est d’abord primordiale et comme vous le savez, le football féminin ne nourrit pas la femme. Ces filles viennent jouer pour leur plaisir et nous n’avons pas intérêt à gâcher leur avenir.

 

Que pensez-vous de la formule en deux poules de six suivies d’une superdivision à quatre pour cette saison 2006-2007 ?

 

• Franchement, je suis pour un championnat classique comme celui de la D1 où toutes les équipes s’affrontent. De mon point de vue, la formule actuelle n’est pas heureuse. A Ouaga, on sait déjà qui jouera le carré d’as et ce n’est pas intéressant. Si on sortait pour jouer contre les autres clubs féminins de l’intérieur en aller et retour, ce serait plus intéressant. Mais puisqu’on  nous parle de manque de moyens, nous n’avons pas le choix.

 L’année dernière, le tournoi n’est pas arrivé à son terme et c’est quand même frustrant. Ce système se joue à coup de dé. Notre championnat tire à sa fin au moment où nos filles ne sont pas disponibles. Elles préparent leurs examens pendant que d’autres clubs ont toutes leurs joueuses. Si nos tombons sur une équipe sans nos titulaires, ça devient compliqué pour nous.

 

Il semble que les Gazelles ont perdu une de leurs meilleures joueuses qui est partie en Guinée Equatoriale. Comment cela s’est-il passé ?

 

• Nous ne sommes pas au courant de cela. Lors du dernier tournoi des cinq nations qu’organise Mme Marguerite Karama, nous avons eu vent que cette dernière est en train de traiter avec une équipe pour placer des joueuses à l’extérieur. C’est après que nous avons su que c’est l’équipe nationale de la Guinée Equatoriale qu’elle avait invitée. On nous a même dit qu’une de nos joueuses était sur la liste. J’ai rapidement appelé le secrétaire général des Princesses, Abdoulaye Zongo dit AB, pour l’informer de ce que nous avons appris. Ce dernier m’a répondu qu’il n’était pas au courant et que si tel était le cas, il n’hésiterait pas à me faire signe. Un soir, il m’appelle vers 17 heures et exprime son désir de me rencontrer dans mon bureau avec un dirigeant de l’équipe de la Guinée Equatoriale. Selon lui, celui-ci devait prendre l’avion dans une heure avec quatre joueuses dont une des Gazelles, en l’occurrence Bilguissa Simporé. Les trois autres filles sont de Princesses et il s’agit de Salmata Simporé, Awa Tou et la gardienne Awa Yao dite Farota. Je les ai reçus et j’ai demandé à AB ce que vont faire ces quatre joueuses en Guinée Equatoriale. Il a été incapable de me répondre et je lui ai dit que je n’ai pas de décision à prendre. Je n’ai pas été associé aux tractations et il me faut consulter mon bureau.

 

Les quatre joueuses sont-elles parties le même jour avec la délégation Guinée Equatorienne ?

 

• Tout a été ficelé et tenez-vous bien, les filles ont été accompagnées à l’aéroport par leurs parents.

 

Les parents ont donc donné leur accord pour qu’elles fassent le voyage ?

 

• Je suis sûr que les parents n’ont rien compris à ce qui s’est passé. Pour eux, leurs filles deviennent professionnelles et c’est ça l’essentiel. Mme Karama a entrepris les négociations avec les responsables de l’équipe de la Guinée Equatoriale sans même demander notre avis. J’avais attiré l’attention d’AB sur ce qui se tramait dans l’ombre. Ma joueuse (défenseuse) est partie avec sa petite sœur Salimata (attaquante). Ce sont d’ailleurs les deux meilleures joueuses au Burkina.  AB faisait partie du voyage et il m’a dit qu’à son retour, il me ferait le point.

Le point dans quel sens ?

Effectivement, quand il est revenu, il s’est présenté à mon bureau en me disant qu’il est venu avec notre part : 1 500 000 FCFA. Selon lui, les 1 million c’est pour l’équipe des Gazelles et les 500 000 appartient à notre joueuse et que cette somme lui a été transmise en Guinée Equatoriale. J’ai dit à AB que le problème ce n’est pas l’argent, mais je veux savoir ce que ma joueuse est allée faire là-bas. Elle est chez qui et que fait-elle ? Il est resté silencieux et je lui ai dit de repartir avec l’argent. Je prendrai contact avec qui de droit pour éclaircir cette affaire.

C’était à quel moment ?

C’était lors de la CAN féminine au Nigeria. Auparavant, j’avais adressé une correspondance à la Fédération pour l’informer que Mme Karama a fait partir des filles en Guinée Equatoriale sans avoir eu besoin de documents. C’est suspect et qu’elle se doit de prendre des dispositions pour faire quelque chose. Il n’y  a pas eu de réaction.

D’après nos informations, les quatre joueuses sont parties uniquement pour la sélection nationale de ce pays.

Comment l’avez-vous su ?

C’est notre fille Bilguissa qui m’a appelé pour me  dire qu’elle a été sélectionnée comme les trois autres joueuses en équipe nationale et qu’elles doivent aller pour la CAN féminine. Du Nigeria, elle m’appelait à tout moment pour me donner les résultats de leurs matches. Sa sœur et elle ont été titulaires. Après l’élimination de la  Guinée Equatoriale au premier tour, les quatre filles sont rentrées au Burkina. Notre joueuse m’a dit qu’on a retiré leurs passeports avant leur départ.

 

Doit-on penser qu’elles ont un peu joué aux «mercenaires» ?

 

• C’est à vous d’apprécier la situation.

 

Aujourd’hui, quelle est la situation ?

 

• Bilguissa et sa sœur Salimata sont des illettrées et quelque part elles ont été naïves. Notre joueuse est venue me voir avec quatre ballons et des bonbons pour ses coéquipières. Elle m’a dit qu’on va les rappeler pour participer à un autre tournoi.

 

A-t-elle signé avec un club équato-guinéen ?

 

• Elle m’a dit qu’on leur a fait signer des papiers et selon elle, on dirait que c’est un document d’argent parce qu’elle a vu un chiffre de 12 millions de FCFA. C’était à leur arrivée avant la CAN au Nigeria. Elle ne sait pas si cette somme c’est pour elle seule ou toutes les quatre. Elles se sont embarquées dans une affaire sans prendre des conseils.

 

Les quatre filles avaient-elles auparavant des passeports burkinabè ?

 

• J’ai fait un passeport pour ma joueuse et c’est avec ça qu’elle jouait. Quand elle venait pour signer avec les Gazelles, son contrat avait pris fin avec les Princesses. Mais on a retenu son acte de naissance et sa carte d’identité. Nous étions obligés d’aller à la mairie avec l’acte de déclaration pour pouvoir refaire ses papiers. Et c’est ainsi que nous avons fait un passeport pour elle. J’ai même une copie du passeport avec moi.

Au moment où je vous parle, nous avons saisi la Fédération pour transfert illégal de notre joueuse titulaire de la licence no 5227 en Guinée-Equatoriale par l’intermédiaire de Mme Karama, la responsable des Princesses FC. Nous avons précisé qu’elle ne nous a jamais associé au processus de transfert de la joueuse. Etant secrétaire général chargé du développement du football féminin, nous nous étonnons qu’elle bafoue les textes en vigueur. Les informations que nous avons prouvent qu’elle n’agit pas dans le sens de la promotion du football féminin, étant donné que ces joueuses perdent leur nationalité pour les intérêts financiers de Mme Karama.

 

Entretien réalisé par

 Justin Daboné

Source, L'Observateur Paalga du 6 mars 2007



06/03/2007
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