L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Des décisions qui rappellent la Révolution

Réponses du gouvernement aux syndicats

Des décisions qui rappellent la Révolution

 

Le renchérissement brutal de la vie qui frappe l'Afrique de l'Ouest en général et le Burkina en particulier depuis février est toujours une réalité. Ses conséquences le sont aussi, hélas, malheureusement. C'était pourquoi les centrales syndicales et les syndicats autonomes, auxquels se sont joints une quinzaine d'organisations de la société civile, ont entrepris de lutter ensemble pour que des solutions adéquates soient trouvées à la situation par le gouvernement.

 

La grève commencée hier à 00 heure et qui court jusqu'à ce soir 24 heures entre dans ce cadre. Auparavant, une rencontre entre le gouvernement et les syndicats devait avoir lieu le 6 avril, mais  elle n'a pu se tenir à cause de l'absence de Laurent Ouédraogo (président du mois des centrales syndicales) et des siens. Le motif de cette absence est que ces derniers ont jugé les réponses des envoyés de Tertius Zongo négatives. L'étaient-elles vraiment ou est-ce qu'il s'agit là d'une tactique consistant à revendiquer le maximum afin d'obtenir le minimum acceptable ? Nul ne peut répondre à cette question à la place des intéressés.

Cependant, ce que l'on peut remarquer, c'est qu'un certain nombre de décisions du gouvernement méritent qu'on s'y attarde. En effet, selon L'Observateur paalga n° 7107 du 08/04/08, le compte rendu de la rencontre des représentants du gouvernement avec les journalistes dit, entre autres, ceci : "Sur le train de vie des autorités burkinabè, Jean-Baptiste Compaoré a rappelé les propos du Premier ministre... en faisant savoir que l'Etat balaie... sa propre devanture. Et il a cité la restriction des lignes téléphoniques ; la suppression de près de 300 téléphones en juillet 2007 ; le contrôle de l'utilisation des véhicules étatiques...". A cela Radio France internationale a ajouté l'interdiction faite aux ministres de rouler en véhicules 4x4 à Ouagadougou et de la tenue des cérémonies qui regroupent plusieurs membres du gouvernement.

 

Apparemment insignifiantes, mais...

 

En elles-mêmes, ces dispositions que l'Exécutif a prises n'ont rien d'extraordinaires, car elles ne contribuent en rien à l'amélioration des conditions de vie des Burkinabè.

En elles-mêmes, elles ne sont absolument rien dans les dépenses de l'Etat. Elles ne permettront que d'économiser quelques kopecks ; encore qu'il faille relativiser la réalité de ces économies, dans la mesure où le réflexe (somme toute humain mais incompréhensible vis-à-vis d'un dirigeant) pourrait être d'œuvrer à récupérer là, d'une manière ou d'une autre, ce que l'on a "perdu" ici.

Enfin, en elles-mêmes, elles convaincront peu de monde et n'émousseront pas vraiment les ardeurs revendicatives des syndicats. Ne nous berçons donc pas d'illusions.

Cependant, il est un aspect de ces décisions gouvernementales qui, à coup sûr, brille de par sa particularité : il s'agit de la force du symbolisme de l'interdiction de rouler en véhicules tout-terrain dans la ville de Ouagadougou ; il s'agit aussi de celle de la limitation du nombre de ministres participant à une cérémonie, surtout quand elle ne se déroule pas dans la capitale ou dans les environs.

Certes, à un moment où le peuple crie famine, il  n'est presque point de place pour les symboles si tant est vrai que "Ventre vide n'a point d'oreille". Toutefois, il est avéré aussi que c'est dans les conditions de vie les plus difficiles que les humains sont le plus imaginatifs, créatifs et inventifs : donc le plus attentifs.

 

... symboliquement et sémantiquement chargées

 

Dans notre contexte, poser la question du type de rapport existant entre sociétés et symboles, c'est en fait mettre à l'ordre du jour la problématique du symbolisme dans les collectivités humaines.

Ce symbolisme est présent en communication, en religion, en politique... Ainsi, en même temps que les institutions (religieuses et/ou politiques) doivent avoir recours à des décisions de grandes portées pratiques pour leurs communautés respectives, en même temps, il leur faut poser des actes petits  de par leurs résultats matériels mais grands du point de vue de l'impact psychologique. Ils s'adressent à l'âme des individus, pas à leur corps, au cœur des humains et non à leur raison dans le but de matérialiser une certaine bonne foi et une certaine réceptivité aux préoccupations quand bien même les solutions sont difficiles à trouver.

Tous les Burkinabè, des "ennemis" de la Révolution démocratique et populaire (RDP) aux héritiers politiques de feu Thomas Sankara, président du Conseil national de la révolution( CNR), en passant par les dirigeants actuels du Faso (du reste enfantés aussi par la RDP) savent que les succès du CNR ont été, en grande partie, dus à l'usage des symboles pour marquer les esprits et les formater conformément à la vision du monde des révolutionnaires : le choix des mots des slogans, la gestion de la justice, le train de vie de l'Etat, le salaire vital, les hommes au marché...

Pour sûr, la contrainte et la coercition ont été pour quelque chose dans l'adhésion de nombre de nos compatriotes au mode de gestion du CNR ; cependant, ils sont certainement innombrables, ceux qui y ont adhéré grâce aux nobles idéaux et à l'attraction des symboles.

Qu'aujourd'hui, le gouvernement prenne les mesures dont nous parlions tantôt est naturellement une bonne chose.

 

La RDP remise au goût du jour ?

 

Bien qu'il faille prendre d'autres décisions symboliques et des mesures qui amenuisent la dureté de la vie au Faso, il faut faire observer que celles qui viennent d'être mises en œuvre ne sont pas mauvaises. Effectivement, les Burkinabè, les syndicats et le reste de la société civile savent que les temps sont difficiles et que leur sort ne dépend pas seulement de leur gouvernement, mais aussi et surtout d'aléas sous-régionaux et internationaux sur lesquels Blaise Compaoré, Tertius Zongo et les autres n'ont presque pas de prise. Ils savent aussi que leur pays ne leur a pas encore prouvé que son sol regorge de richesses telles que le RNB/habitant peut passer de 400 à 1000 dollars US.

Ce que nombre d'eux souhaitent, nous semble-t-il, c'est moins d'arrogance de la part des nouveaux riches, qui ne doivent pas forcément leur fortune à la sueur de leur front (mais plutôt à leurs accointances avec les puissants politiques du jour) ; c'est plus de modestie et de sobriété du côté de ceux qui nous gouvernent, car tout le monde sait que sans le gouvernail de la République, ils baigneraient "dans l'anonymat des masses populaires".

C'est ce qu'enseignait et pratiquait la RDP, même si le peu d'égard accordé aux droits humains par ce régime nous impose d'éviter de le célébrer de manière systématique. Comme quoi, si les peuples sont d'avis pour assumer leur histoire, fût-elle douloureuse, c'est parce qu'ils ont pour souci de combattre la résurgence des passés négatifs et de profiter des avantages des inconvénients des régimes totalitaires.

 

Z.K.

L’Observateur Paalga du 9 avril 2008



08/04/2008
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