L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Donner un autre sens à la retraite

Société

Donner un autre sens à la retraite


"Donner un autre sens à la notion de personne âgée et à la retraite". Tel est le sens du cri du coeur ci-dessous lancé par un enseignant.

Le jeudi 30 août 2007, partis dans une buvette pour prendre un pot, comme cela fait partie des loisirs légitimes, nous y avons trouvé trois vieux et une dame. Au cours de leur conversation fort animée, l'un des vieux s'exclama : "Nous sommes à la retraite. On a dit d'aller nous reposer, parce que nous sommes fatigués. Reposons - nous donc et partons." Un des interlocuteurs rétorqua : "Avant de partir, vivons !" Cette réponse nous a paru tellement intéressante qu'elle suscita en nous la présente réflexion sur la notion de personne âgée et surtout de retraite.

De nos jours, avec l'idée de départ à la retraite, beaucoup de fonctionnaires meurent avant la mort. Qu'est-ce à dire ? Très souvent, pour beaucoup d'Africains, sinon pour tout le monde, avec la mentalité actuelle et certainement avec l'influence de l'Occident- puisque la notion de fonctionnaire qui lui est liée vient de là -bas-, partir à la retraite est synonyme de ne plus rien faire, d'être réduit à néant, n'être plus utile, se reposer, prendre la chaise longue, et attendre tout bonnement la mort, réalité implacable, comme dans un mouroir.

Il est vrai que l'âge de la retraite correspond à une période où le retraité n'a plus sa vigueur de trente à quarante ans. Mais cela ne signifie pas qu'il est devenu une loque humaine, une épave, une pièce complètement usée, bonne pour le magasin. Les forces de l'homme ont certes diminué. Mais qui qu'il soit, il a accumulé une expérience extraordinaire. Nous comprenons pourquoi Ptahhotep, vizir à la cour du pharaon Dejedkarê - Isesi, - 2414 - 2375 avant Jésus Christ, rédigeait ses maximes à un âge fort avancé. C'est donc au sens africain un Grand, en Égyptien un vizir, c'est-à-dire un sage qui désire transmettre son expérience de la vie aux générations futures. Voici un passage des maximes de Ptahhotep qui exprime clairement cette idée : il dit à son fils : "Ne sois pas hautain à cause de ce que tu sais ; entretiens-toi avec l'ignorant comme avec le savant : car on ne ferme point la barrière de l'art, nul artiste n'étant en possession de la perfection où il doit prétendre. Mais la sagesse est plus difficile à trouver que l'émeraude, car celle - ci, c'est par des servantes qu'elle est découverte parmi les roches de pegmatie.

Ne mets pas la crainte chez les hommes ; ou Dieu te combattra de même. Si quelqu'un prétend s'enrichir par là, il lui dit : je saurai retirer à moi cette richesse : si quelqu'un prétend battre les autres, il finira, lui (Dieu), par le réduire à l'impuissance. Qu'on ne mette pas la crainte chez les hommes, voilà la volonté de Dieu. Qu'on leur procure donc la vie au sein de la paix, et l'on obtiendra qu'ils donnent volontiers ce qu'on leur prendrait en les effrayant.

Si tu désires imposer le respect dans l'intérieur où tu entres, par exemple l'intérieur d'un supérieur, d'un ami, ou bien d'une personne considérée, partout où tu entres, garde - toi d'approcher de la femme, car il n'y a rien de bon à ce qu'on fait là. Il n'y a pas de prudence à y prendre part et des milliers d'hommes se perdent pour jouir d'un moment court comme un rêve, tandis qu'on gagne la mort à la connaître...

Si tu es sage, garde ta maison ; aime ta femme sans mélange. Remplis son ventre. Habille son dos ; ce sont les soins à donner à son corps. Caresse - la, remplis ses désirs, le temps de ton existence ; c'est un bien qui fait honneur à son maître. Ne sois pas brutal ; les ménagements la conduisent mieux que la force... C'est ce qui la fixe dans ta maison ; si tu la repousses, c'est un abîme. Ouvre tes bras pour elle... Appelle -la, marque -lui ton amour.

Si tu es puissant, donne ton respect à la science et à la parole sereine. Ne commande que pour diriger ; être absolu, c'est aller au mal. Que tes pensées ne soient pas hautaines, qu'elles soient humbles. Fais entendre tes ordres et fais pénétrer tes réponses ; mais parle sans chaleur ; fais - toi un visage sévère. Quant à la vivacité d'un cœur ardent, tempère -la ; l'homme doux pénètre les obstacles".

 

Leçons de sagesse

 

Et voici ce que Philippe Virey dit à propos de Ptahhotep : Ptahhotep, arrivé à 110 ans, après tant d'années de service, devait être parvenu aux plus hautes dignités, et si le titre de prince du sang paraît bien élevé, je rappelle qu'il était le premier entre ceux que leur mérite avait faits nobles. Alors accablé par la vieillesse, forcé de renoncer aux travaux qui avaient fait sa gloire, mais ne pouvant se résigner à demeurer inutile durant les jours qui lui restaient à vivre, il résolut d'écrire pour les jeunes générations les leçons de sagesse qu'il tenait lui - même des anciens, ou que lui avait apprises une longue excellence.

Tout cela nous rappelle la célèbre idée d'Ahmadou Hampaté BA que nous soutenons vivement lorsqu'il dit : En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. Sans ouvrir une parenthèse sur la notion de bibliothèque, son origine, sa raison d'être et son contenu, contentons - nous de dire qu'elle est le symbole de la sagesse signifiant ici creuset du savoir, du savoir - faire et du savoir - être. Rien que pour cette expérience, le retraité est très utile à la société et peut continuer de la servir. Car on a aussi souvent dit : Si vieillesse pouvait et si jeunesse savait. Eh bien, jeunes d'aujourd'hui, vieux en puissance de demain, considérez, respectez vos parents âgés et retraités. Il y en a qui le font déjà. Nous les félicitons vivement pour tout ce respect et tous ces égards qu'ils ont pour les personnes âgées et nous les encourageons à continuer sur cette voie.

Approchez - vous de ces aînés, imbibez - vous de leur expérience pour savoir plus afin d'améliorer votre existence.

En plus de l'expérience accumulée qu'elles peuvent partager avec les jeunes, les personnes âgées ont encore souvent une certaine énergie à exploiter. En effet, combien de retraités continuent dans le privé et même de façon indirecte, ou parfois directe avec les réquisitions, de rendre de réels et d'énormes services à l'Etat ? Sur le plan intellectuel, combien de retraités continuent d'étudier, de produire avec succès ? Dans ce monde, combien de chefs d'Etat, combien de leaders d'opinion au - delà de l'âge de la retraite, continuent de diriger leur pays ou d'autres structures avec brio ? Malgré toutes ces réalités, malheureusement, avec la mentalité qui prévaut, pour beaucoup de jeunes, les retraités sont des hommes et des femmes fatigués, inutiles à la société, devant se reposer. Avec le manque de considération dont ils sont l'objet, beaucoup de retraités se découragent, se laissent aller et ainsi appauvrissent par leur attitude le patrimoine culturel de l'humanité. De ce fait, ils font du tort à tout le monde et à eux - mêmes en mourant avant leur mort.

Compte tenu de tout ce que nous venons de dire, il est temps que la société africaine en général, et particulièrement le peuple burkinabè, donne un autre sens et nous précisons même, un sens positif à la retraite et aux retraités. En effet, embarqués dans le courant de la mondialisation, aveuglés par les produits des progrès techniques et scientifiques, noyés dans la société de consommation, les Africains ont contracté des habitudes de penser et d'agir qui n'étaient pas et qui ne sont même pas les leurs. Effectivement, l'Africain ne connaissait pas la retraite et au village, jusqu'aujourd'hui on ne la connaît pas. Nous avons vu et nous voyons encore des vieux et des vieilles qui cultivent assis et le soir, animent des cercles de famille autour d'un feu par leurs contes qui inspirent la sagesse ancestrale.

Pour que cette révolution culturelle se produise, nous invitons les retraités à relever eux - mêmes le défi. Ne nous laissons pas enterrer par nos fils et nos petits - fils avant notre mort. Montrons - leur que les vieilles marmites font vraiment et toujours la bonne sauce, la bonne soupe.

Pour terminer, que faut - il retenir ? Etre à la retraite ne signifie pas seulement "reposons - nous et partons". Avant de partir pour ce voyage sans retour, vivons positivement, et vivons pleinement. Soyons utiles à nous - mêmes, à nos familles, à la société entière. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons bonne santé, longue vie et beaucoup de courage à toutes les personnes âgées en général, et en particulier aux retraités actuels et aux futurs retraités.

 

Michel S. KOMI

Inspecteur de l'Enseignement du Premier degré

Le Pays du 11 janvier 2008



11/01/2008
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