L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Echauffourées entre commerçants et policiers municipaux

Sankariaré (Ouaga)

Echauffourées entre commerçants et policiers municipaux

 

 

Sankariaré, marché situé dans le secteur 3 de la ville de Ouagadougou, a connu hier mardi 18 mars 2008 son lot de manifestation. Commerçants et badauds ont exprimé bruyamment leur mécontentement suite aux agissements, jugés de trop, des services administratifs dudit yaar. Résultats : un agent lynché et le directeur de la régie du marché blessé à la tête par les projectiles des manifestants.

 

Boutiques fermées, étals pliés, stores baissés, tables et tablettes rangées à la hâte, Sankariaré, petit marché situé dans le secteur 3 de la ville de Ouagadougou, n'avait pas présenté un tel aspect, pas même le jour du jeudi 28 février, où il avait été appelé à une ville morte. Des attroupements çà et là aux alentours dudit yaar, qui, des spectateurs curieux, qui des commerçants écœurés et prêts à en découdre enfin avec "cette police municipale qui nous rend la vie davantage chère".

"Ce que fait la police municipale, c'est de la provocation à la limite. On ne peut pas choisir d'opérer entre 10 heures et midi, des heures où le marché bat son plein", s'offusque un responsable syndical du marché. Selon Moussa Sawadogo, un marchand ambulant : "C'est la même rengaine. Tous les jours, ils (NDLR : parlant des policiers municipaux) procèdent au ramassage de nos marchandises sans aucune explication. Quand ils ramassent, c'est fini, on ne peut même plus en entrer en possession, du fait des taxes élevées qu'on nous impose".

"Nous, on n'est pas contre leur volonté de mettre de l'ordre dans le marché ; c'est leurs façons de faire qui pousse les gens à la révolte", renchérit un autre, qui veut se faire entendre par les journalistes.

"Nous ne refusons pas la confiscation de nos marchandises, mais qu'on ne nous brutalise pas".

Un méli-mélo d'explications pour justifier les forfaits des frondeurs de ce jeudi matin à Sankariaré. Résultats : les locaux de la direction du yaar, nichée à son côté est, ont été pris à partie : les vitres des fenêtres brisées. Côté humains, seuls le directeur du marché a payé pour son imprudence et un policier municipal a été lynché.

Bintou Sawadogo, régisseur du marché, explique, elle dont le bureau a servi de refuge pour les autres employés  : "Vous avez dû constater les casses et les projectiles utilisés par les manifestants. Quand on a appelé le directeur, il s'est précipité sur sa moto, pour venir à notre secours. Ainsi, il s'est retrouvé nez à nez avec les badauds. N'eût été l'intervention des commerçants même, il en aurait eu pour son compte".

Bintou Sawadogo dit avoir appelé et rappelé la CRS, mais celle-ci ne s'est pas manifestée. Elle déplore le lynchage d'un policier municipal par la foule, en colère. Le témoignage d'un manifestant à ce propos : "Il a pulvérisé le gaz lacrymogène en pleine figure d'un petit commerçant qui le poursuivait tout en le suppliant de lui rendre ses cassettes, qu'il avait saisies".

Cette révolte a mobilisé toute la hiérarchie de la police municipale à Sankariaré, avec en sus un renfort considérable d'agents tout de suite déployés aux quatre coins du marché.

Pour le directeur de la Régie autonome de gestion des marchés, Jean Christophe Ilboudo : "Il n'est pas question de tolérer les occupations anarchiques des voies d'accès".

A Sankariaré comme dans bien d'autres marchés, des nettoyages sont régulièrement entrepris par les services de la municipalité  en vue de fluidifier le trafic dans ces lieux et les sécuriser. Sur la question de l'heure (10 h) choisie pour mener ces opérations, le directeur du RAGEM répond : "Ce sont des occupations spontanées. Il n'est d'heure indiquée que celle du marché. Que ce soit de jour ou de nuit, on est obligé de faire des nettoyages pour dégager les voies d'accès".

En tous les cas, les activités à Sankariaré et dans ses alentours ont connu une paralysie totale la matinée d'hier. Les essenceries, par mesure de précaution, ont, elles aussi, coupé le robinet et tirer les cordons de sécurité. Vers midi, un calme précaire y régnait toujours, même après le passage du maire de Ouagadougou. Alors que nous quittions les lieux avec à l'esprit la question du bien-fondé d'un tel mouvement, un badaud nous a lancé : "On n'a pas vendu aujourd'hui, mais on a gagné à porter notre ras-le-bol à la connaissance de l'opinion. Il faut que ça change, sinon... c'est peut-être des militaires qui vont administrer ce marché".

 

Mohamed Kaboré

L'Observateur Paalga du 19 mars 2008



25/03/2008
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