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Eclatement du syndicat des petits commerçants : «Il y a quelqu’un derrière»

Eclatement du syndicat des petits commerçants

«Il y a quelqu’un derrière»

 

Avec son visage émacié et sa barbe blanche, El Hadj  T. Dramane Kaboré est un familier des rédactions, surtout depuis l’incendie du marché Rood woko. Lui qui était le président de l’Organisation syndicale des petits commerçants de la ville de Ouagadougou (OSPCO/ONSL) jusqu’au 27 octobre dernier quand, une partie des membres de la structure, des jeunes pour la plupart, lui ont joué ce qu’il considère toujours comme un coup de Jarnac. En effet, ce jour-là, ils ont organisé une AG à l’issue de laquelle l’ancien bureau est destitué. Et quatre jours plus tard, soutient Dramane Kaboré, ceux qui l’ont déposé, pour emprunter une expression monarchique, brandissaient fièrement leur récépissé à la Bourse du travail. Réponse du berger à la bergère, l’ancien président et les siens organisèrent à leur tour une AG, le samedi 3 novembre 2007, au cours de laquelle ils formèrent un bureau en changeant du même coup le nom de la structure qui devient «Organisation syndicale des commerçants du Burkina (OSCB)». Mais l’ancien nouveau président reste constant sur une ligne : «les rebelles» ne sont que la partie visible de l’iceberg. Il y aurait de gros parrains derrière cet éclatement. Mais qui sont-ils ? C’était mystère et boule de gomme durant tout l’entretien qui, précisons-le, s’est effectué dans la langue de Ouédraogo.

 

Comment s’est déroulée votre Assemblée générale qui s’est tenue le 3 novembre 2007 à la Bourse du travail ?

 

• La rencontre a satisfait nos espérances. La preuve, la salle était comble et nous avons formé un nouveau bureau. On m’a confié la responsabilité de la structure. Comme moi, les autres membres ont été élus par acclamations. Notre syndicat change de nom et s’appellera désormais «Organisation syndicale des commerçants du Burkina (OSCB)».

 

Le divorce est donc consommé entre vous et l’aile Souleymane Kouraogo, qui s’est retrouvée à la Maison des jeunes et de la culture de Ouagadougou le samedi 27 octobre pour former un autre bureau ?

 

• Oui. Ils ont refusé le consensus en tenant aux votes et ils ont été mis en minorité. Ils ont tenu leur Assemblée générale le samedi 27 octobre (un jour non ouvrable) et le mercredi 31 novembre 2007 déjà, soit le troisième jour ouvrable, ils avaient leur récépissé. Cela nous a une fois de plus convaincus qu’il y avait anguille sous roche et qu’ils ont été téléguidés.

 

Se pourrait-il qu’ils aient déposé le dossier bien avant ?

 

• Dans ce cas, ils auront violé la loi, et ceux qui ont signé le récépissé devraient le savoir. Vous êtes journalistes et savez bien que l’on ne peut pas déposer une demande de reconnaissance avant le procès-verbal de la rencontre. Nous avions pourtant prévenu le haut-commissaire de la province du Kadiogo, par une correspondance, que la rencontre, qui est illégale, allait se tenir à la MJCO. Nous sommes les seuls habilités à en convoquer. Donc, si malgré tout il leur a accordé le récépissé une poignée de jours après, nous avouons qu’il doit y avoir quelque chose de gênant.

 

Indépendamment de cet aspect, le départ de ce groupe n’est-il pas dû à un manque de démocratie interne dans l’association ?

 

• Non, pas du tout. Nous avons toujours  dit de relever ce qui ne va pas. Il n’y avait aucun problème. Il y a seulement des gens derrière eux.

 

Puisque vous insistez beaucoup, pouvez-vous nous dire qui sont ces personnes ?

 

• Je ne peux pas donner leur identité. Mais nous les connaissons.

 

Ces personnes que vous incriminez relèvent-elles d’autres associations syndicales sœurs ?

 

• Non. Nous connaissons bien les syndicats. Ils n’ont pas cette puissance de frappe pour se faire délivrer un récépissé par un haut-commissaire en quelques jours. Ce sont des particuliers qui ont créé la scission. D’autant plus que ceux qui ont quitté le navire n’étaient pas eux aussi percutants. Ils ne sont plus actifs dans le bureau depuis belle lurette. Celui qu’ils ont choisi comme président (Souleymane Kouraogo) par exemple, a fait quatre ou cinq ans sans assister à aucune de nos réunions.

 

Ceux qui ont quitté ne pensaient-ils pas que vous devriez laisser la place aux plus jeunes ? Cela fait tout de même 7 bonnes années que vous êtes président de cette organisation syndicale des petits commerçants !

 

• Mais ça se discute!  S’ils disent qu’ils ne veulent pas de moi parce que je suis vieux, c’est un peu inquiétant. Parce que dans toute structure, il y a des personnes de tous les sexes et de tous les âges. Et s’il se trouve qu’ils ne veulent plus de personnes d’un certain âge, l’association, qui est composée d’hommes sages et intègres, s’opposerait certainement à ce genre d’exclusion.

 

Pourquoi avoir décidé de changer le nom de l’association ?

 

• La rapidité avec laquelle ces gens ont convoqué l’AG et obtenu leur récépissé nous a poussés vers cette option. Nous n’avons jamais vu une association demander une reconnaissance officielle aujourd’hui et l’obtenir le lendemain. Quand nous avions interpellé le haut-commissaire, il nous avait rassurés en nous promettant que si les documents afférents à cette AG parvenaient à son niveau, il allait en aviser. Mais sitôt le dossier déposé le lundi, nous avons vu des gens l’exhiber des copies du récépissé le mercredi qui suivait. Nous n’avons pas peur de ceux qui ont convoqué cette AG. Nous avons plutôt peur de ceux qui sont derrière eux. Nous perdrons notre temps à mener une bataille juridique pour récupérer l’ancien nom qu’ils nous ont pris. En attendant, nous changeons de dénomination et nous allons rechercher un nouveau récépissé, même si la loi nous donne la possibilité de poser une plainte pour usurpation de titre.

 

Le départ des autres ne jouera-t-il pas sur le dynamisme de votre nouvelle structure ?

 

Pas du tout ! Au contraire ! Nous sommes maintenant convaincus que ce sont eux qui mettaient des bâtons dans les roues de l’ancienne structure. Si le mieux s’est assaini de lui-même par cette manière, c’est tant mieux.

 

Entretien réalisé par

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 8 novembre 2007



07/11/2007
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