L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Elections américaines

Les mardis noirs de mister Bush

 

George Bush et les Républicains se sont réveillés hier mercredi avec une gueule de bois aux lendemains des élections de mi-mandats dont ils sortent affaiblis. Et cela, les sondages et autres observateurs avertis de la scène politique américaines le prédisaient déjà.

 

Un véritable échec personnel pour le cow-boy texan qui, pour s'attirer les faveurs de l'électorat, était pourtant allé jusqu'à lui offrir la tête de Saddam Hussein au bout d'une corde. Ce dernier, en effet, la veille du scrutin, avait été condamné à la mort par pendaison par le tribunal irakien devant lequel il comparaît depuis bientôt un an. En Afrique, on dirait que l'«offrande» fait de l'ex-dictateur baasiste par Bush, n'a pas trouvé l'assentiment des mânes yankees puisque l'effet escompté ne s'est pas produit.

 

Avec cette nouvelle configuration des forces politiques américaines, les Démocrates, après avoir perdu pendant 12 ans le Congrès, viennent de le reconquérir au grand dam des Républicains qui vont ôter leurs amples habits de parti majoritaire pour enfiler ceux plus étriqués de minoritaire. Voici maintenant George Bush contraint à une douloureuse cohabitation. Cela signifie de facto qu'il perd ainsi sa marge de manœuvre et toute la latitude qu'il avait jusque-là d'utiliser et les hommes et les moyens matériels et financiers pour lutter contre le terrorisme, ce mal du XXIe siècle dont il a fait son meilleur cheval de bataille.

 

C'est donc un lendemain d'élections cauchemardesques pour lui qui se verra pendant deux longues années d'enfer obligé de composer avec son opposition parlementaire ou de la contourner en gouvernant par décret exécutif. Un mode de gouvernement peu démocratique auquel son prédécesseur, Bill Clinton, on s'en souvient, avait déjà usé, en son temps. Volé donc en éclats le paratonnerre atomique (majorité au Sénat et au Congrès) qui permettait à Bush d'éviter les enquêtes parlementaires. Désormais, il vivra dans la hantise du déclenchement d'une enquête contre lui ou ses proches sur la manière de conduire la guerre en Irak ou de gérer la politique intérieure du pays.

 

Qui pis est, certains n'hésiteront plus à cracher de vive voix à Bush qu'il n'a pas dit toute la vérité sur les prétendues armes de destructions massives qu'il accusait l'Irak de Saddam Hussein de détenir et qui lui a fourni le causus belli pour déclencher la guerre. Après donc trois années d'occupation exclusive, les soldats de l'Oncle Sam qui peinent à ramener la paix dans cette partie du monde n'y ont encore rien trouvé qui ressemble à une arme terrifiante.

 

En battant leur campagne sur l'impopularité du président et surtout en réussissant à transformer le scrutin en une sorte de référendum sur la guerre en Irak où près de 3 000 soldats américains ont perdu la vie, les Démocrates étaient certains de remporter la mise. Ils ont aussi été aidé en cela par les scandales économiques et les affaires de mœurs qui, ces derniers temps, ont contribué à ternir dangereusement l'image et la réputation des Républicains.

 

C'est un échec personnel pour le locataire de la Maison-Blanche qui s'était pourtant investit à fond dans la campagne pour faire triompher son parti. Réélu en 2004 principalement à cause de son engagement à endiguer le terrorisme loin des terres américaines et à l'enrayer, Bush, depuis, patauge dans le bourbier irakien et se fait souvent narguer par Ossama Ben Laden, qui de temps en temps se rappelle au bon souvenir des Yankees en faisant des sorties médiatiques sur des chaînes de télévision arabes comme Al Jazira.

 

Cette débâcle électorale est donc, si besoin en est, faut-il le rappeler, la sanction populaire contre la lutte antiterroriste telle que poursuivie par le clan Bush. Et Nancy Pelosi, l'élue démocrate qui sera sans doute la première femme dans l'histoire des Etats-Unis à présider le Congrès, a d'ores et déjà annoncé la volonté de la nouvelle majorité à travailler pour un «changement de direction sur l'Irak».

 

Et comme un malheur n'arrive jamais seul, le président américain a appris, le soir même de sa défaite électorale, la victoire du sandiniste, Daniel Ortega, au Nicaragua. «Bête noire» des Etats-Unis alors qu'il dirigeait le pays pendant la guerre civile entre les Sandinistes et la Contra, un mouvement de guérilla soutenu à l'époque par Washington, Ortega retrouve ainsi le pouvoir après l'avoir perdu durant 16 ans.

 

Une réélection qui réjouit naturellement les pays (Venezuela, Cuba et Bolivie) que la Maison-Blanche qualifie d'«axe du mal» sud américain  qui se sont empressés de féliciter le nouveau président. Mine de défaite du côté de Washington qui avait pourtant durant la campagne menacé le peuple nicaraguayen de la dégradation des relations bilatérales entre Etats-Unis et le Nicaragua si Ortega était élu. Mais les électeurs sont passés outre. Ainsi, l'Oncle Sam vient de perdre au profit de Cuba et du Venezuela une guerre d'influence qu'ils se livrent en Amérique latine. Ses intimidations n'ayant pas marché, Washington, pour sauver la face, a dit sa disposition à travailler avec Daniel Ortega en fonction de son engagement en faveur d'un «futur démocratique».

 

Il est vrai que l'ancien sandiniste, à ce qu'on dit, a troqué le discours révolutionnaire contre un prêchi-prêcha digne d'un évangéliste. Mais sa réélection n'en constitue pas moins une preuve supplémentaire que décidément, plus rien ne semble réussir à Bush et que les mois à venir, d'autres mardis noirs l'attendent où il devra avaler d'autres couleuvres.

 

Déjà, le choc de l'après-élection se fait sentir. L'onde de choc de la défaite a contraint à la démission de Donald Rumself, le secrétaire d'Etat à la Défense. Cette démission est-elle les prémisses d'un chamboulement de l'équipe gouvernementale et d'une évolution de la position américaine en Irak ? Attendons de voir.

 

San Evariste Barro

 

 



15/11/2006
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