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Famille monoparentale : Un environnement à risques

Famille monoparentale

Un environnement à risques

 

Abdou Karim Diop, psychosociologue diplômé en sciences criminelles, pose dans l'écrit ci-après "la problématique de la famille monoparentale". Il y analyse les risques liés à une telle situation dans l'équilibre psychologique de l'enfant.

 

Le bouleversement de la notion de famille s’est accéléré depuis ces 20 à 30 dernières années. La configuration classique «un couple et des  enfants» ne représente plus la réalité familiale car la possibilité pour une même famille de passer par une période de célibat, de vie conjugale ou de monoparentalité rend difficile la catégorisation en termes de modèles familiaux.

La notion de monoparentalité représente la situation d’une famille où réside un seul parent. Elle reflète plusieurs situations qui vont du veuvage au choix délibéré d’élever seul (e) son enfant. Derrière chaque famille monoparentale, se cache une diversité de situations, mais les cas les plus fréquemment rencontrés sont consécutifs à une séparation conjugale.

La situation de monoparentalité est délicate dans le cas où le parent, qui a la garde de l’enfant, envahit l'univers de ce dernier duquel il exclut l’autre parent et, dans la foulée, la famille de celui-ci. Ce dernier parent en question peut, dans certains cas, admettre la situation, tout comme il peut s’y opposer, en allant jusqu’à enlever l’enfant.

«Classiquement», ce sont les mères qui ont tendance à s’accaparer l’enfant puisque généralement c’est à elle qu’incombe la garde lorsqu’il n’y a aucune contre-indication; le père dans ce cas est autorisé à rendre régulièrement  visite à son enfant. A notre avis, le tête-à-tête exclusif et fermé «mère-enfant» n’est en aucun cas souhaitable, car pour l’équilibre psychologique même de l’enfant, il doit pouvoir se négocier une place pour une tierce personne.

Le risque de la famille monoparentale est que le parent ayant la garde de l’enfant se referme sur lui, tente à lui tout seul, par compensation ou par culpabilité, de jouer les deux (02) rôles parentaux en cherchant à tout assumer à la fois à travers sa seule personne, sans s’autoriser par exemple, à confier l’éducation de l’enfant à l’autre parent, ne serait-ce que pour quelque temps.

Souvent, l’exclusion du père de cette relation «mère-enfant» est due à une fuite de responsabilité ou à une incompétence de sa part. Ainsi, à l’envahissement de la vie de l’enfant par la mère répond donc en écho la démission du père. C’est pour cette raison d’ailleurs que la monoparentalité est souvent associée à la notion de manque.

 

"Pas d'exclusivité sur l'enfant"

 

Ce qu’il faut comprendre dans tous les cas, c’est qu’aucun parent, aucun adulte, aussi volontaire et déterminé soit-il, ne peut se prévaloir de l’exclusivité sur l’enfant. «Mon enfant» à moi tout seul n’existe pas, tout comme n’existe pas dans l’absolu un enfant «sans père» ou «sans mère».

D’ailleurs, les enfants sur ce plan sont moins restrictifs, moins exclusifs que les adultes dans leur affection à l’égard de l’un ou l’autre parent. Par «nature» déjà, ils sont portés à aimer les deux (02) parents. Ils peuvent même aller plus loin en étendant leurs sentiments familiaux à des oncles, à des tantes, à des grands-parents, à des cousins… si, bien sûr, ils sont encouragés et autorisés par les adultes à le faire.

Une mère qui, par exemple pour garder à elle seule  l’exclusivité de l’enfant, en vient à dénigrer devant ce dernier son père, court le risque (sans peut-être en avoir conscience) de provoquer plus tard, notamment au moment de l’adolescence, une rupture avec l’enfant. Celui-ci par bravade peut aller jusqu’à fuguer pour rejoindre par «opposition naturelle» son père. Pourtant, une attitude plus souple et une acceptation que son ex-mari reste malgré tout le père de cet enfant éviteraient cette situation aussi désagréable pour la maman que pour l’enfant.

Chaque enfant a son histoire qui est fortement ancrée dans celle de ses parents. La famille monoparentale n’est porteuse que d’une partie infime de cette histoire antérieure. Elle ne peut ni inventer ni camoufler l’autre pan de l’histoire qui est en partie inscrite dans le corps de l’enfant (ne dit-on pas souvent à propos d’un enfant qu’il est le portrait craché de tel parent ?).

Tout enfant a un père, une mère, quatre (04) grands- parents… Lui en retirer ou lui en cacher est une tromperie dangereuse car l’enfant grandit mal sur des mensonges.

Lorsqu’une de ces personnes n’est plus là pour jouer cette fonction, elle doit néanmoins exister dans «l’imaginaire» de l’enfant. Dans le cas où il y a un substitut (beau-père, belle-mère…), l’enfant doit savoir qui se substitue à qui et pourquoi. Si par contre, la place reste vacante, elle doit être reconnue comme telle et non être artificiellement comblée par quelqu’un (par exemple un père est remplacé par une mère, un grand-père ou une grand-mère…)

Beaucoup de psychologues s’accordent pour reconnaître que jusqu’à une certaine limite, les enfants sont souples et adaptables face à des situations de ce genre ; toutefois, ces mêmes psychologues s’accordent également à reconnaître, qu’il s’agit d’une situation à risques, qui peut engendrer une détresse, une souffrance psychique car lorsqu’on impose à un enfant de vivre au «singulier» une réalité «plurielle», il faut savoir dans une telle situation qu’on l’expose à un vécu réducteur qui peut profondément affecter son positionnement social.

 

 Abdou Karim Diop

Psychosociologue, diplômé en sciences criminelles

L’Observateur Paalga du 20 août 2007 



20/08/2007
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