L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Fermeture de l'IDRI : Une affaire aux dessous complexes

FERMETURE DE L’IDRI

Une affaire aux dessous complexes

Le conseil des ministres du 11 avril dernier a scellé le destin de l’Institut diplomatique et des relations internationales (IDRI). L’institut est fermé définitivement « pour décalage entre les résultats produits et les attentes liées aux objectifs initiaux de création de l’IDRI ». A la surprise presque générale, le gouvernement a pris une décision dont les conséquences sont difficilement mesurables pour l’instant.

Le 11 avril 2007, lorsque les agents du ministère des Affaires étrangères manifestaient pour réclamer des indemnités dues, ils étaient loin d’imaginer que le conseil des ministres du même jour délibérait sur la fermeture de l’IDRI. Des diplomates qui manifestent dans la rue, c’est une première dans notre pays. Les intéressés ont d’ailleurs précisé le 11 avril dernier qu’il s’agissait d’une marche et non d’une grève qui leur est interdite. C’est l’argument qui a milité en faveur de la mobilisation pour la marche. Ils étaient presque 150 ce jour-là dans la rue. Le lien entre les deux événements, il faut le rechercher dans le terme « diplomatie ». L’IDRI est sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères, il forme les futurs diplomates du pays depuis 2004. Sa première promotion est en stage au sein du département seulement en février 2007. Ils sont en tout une vingtaine. A ce stade, ce sont des fonctionnaires en stage qui ne relèvent plus de l’IDRI. D’ailleurs, sur les 150 marcheurs, seulement 18 sont de la promotion sortante. Tous les autres sont des recrutés directs ou issus de l’Ecole nationale de l’administration et de la magistrature (ENAM) qui, avant 2004, formait les futurs diplomates. Il est aujourd’hui difficile d’admettre que la marche est à l’origine de la fermeture de l’Institut malgré la coïncidence des deux événements. Le gouvernement, semble-t-il aurait tiré prétexte de la marche pour liquider un institut qui avait commencé à jouer sa vocation régionale. Dans les coulisses, c’est la version la plus partagée. Sous le couvert de l’anonymat, un fonctionnaire affirme cependant que le « projet de fermeture date de plus d’une année et que le reversement dont parle le conseil des ministres devait aboutir à l’affectation des anciens élèves dans les gouvernorats ».

Un acte prémédité ?

C’est donc un acte qui prémédité, mais gardé dans le plus grand secret. L’administration de l’institut est tombée des nues à la lecture du communiqué du conseil des ministres. Idem pour les élèves. Ils sont aujourd’hui une soixantaine. La deuxième promotion était en attente de soutenir son mémoire de fin d’études. D’après des indiscrétions, aucun signe avant- coureur, n’annonçait une telle décision. L’administration s’apprêtait à initier une tournée pour faciliter l’inscription de stagiaires sous-régionaux. Une trentaine de pays semblaient intéressés par la formation à l’IDRI. Le Togo, par exemple était en lice.

Il s’agit maintenant de gérer les conséquences de cette décision. Par exemple, le cas des inscrits sur titre. Ils sont une dizaine. Il faudra peut-être les rembourser. Avec cette fermeture, les stagiaires chinois sont sur le carreau. C’est la deuxième vague de trois stagiaires que Taïwan fait former à Ouagadougou. Quid de la qualité de l’enseignement ? A ce niveau, ils sont nombreux à réfuter l’argument du gouvernement. Quand est-ce qu’une évaluation de l’enseignement à l’IDRI à –t-elle été faite ? S’interroge-t-on dans les milieux scientifiques. D’autant qu’un conseil scientifique veille sur le contenu de l’enseignement et le recrutement des enseignants qui ont tous un diplôme troisième cycle en poche. Les personnes que nous avons interrogées se disent sceptiques que l’on puisse juger une promotion après seulement quelques mois de stage et partant tout l’institut. Le problème se trouverait donc ailleurs. Mais où ?

Quatre hypothèses

Ici commencent toutes les hypothèses, les plus invraisemblables. La visibilité dont jouissait l’IDRI tant au niveau national et international aurait fait des jaloux en haut lieu. Ce succès profiterait dit-on à son premier directeur, nommé en 2001, Mouhoussine Nacro, universitaire et ancien ministre. Cette hypothèse admet qu’il y a une querelle de personnes et que quelque part, quelqu’un a réglé par conseil des ministres interposé, le compte à un « adversaire ». Quand les langues se délieront, on en saura un peu plus. Si cette hypothèse était avérée, cela poserait un vrai problème de gouvernance. N’aurait-il été plus simple d’éjecter le directeur gênant dans ce cas ? Toujours dans la perspective de cette hypothèse, le Directeur aura donc été payé en monnaie de singe, lui qui a consacré toute son énergie à faire de cet institut ce qu’il est aujourd’hui. A notre sens, cette hypothèse parait invraisemblable, dans la mesure où le ministère des Affaires étrangères considérait l’IDRI comme son bébé.

L’autre hypothèse dit que IDRI a été victime de l’ENAM dont les animateurs n’ont pas digéré sa création de l’IDRI et avec le relèvement du niveau pour y enseigner. Si tel est le cas, bonjour la médiocrité parce que dans sa conception, l’IDRI se voulait un centre d’excellence.

La troisième hypothèse. A supposer que le qualité de l’enseignement soit en cause, comment a –t-elle été évaluée ? Sur cette question, aucun document officiel ne circule. Toute chose qui renforce le flou autour de cette affaire.

La dernière hypothèse est plus que probable. L’IDRI serait victime de l’imprévoyance de nos planificateurs. Personne n’a vu venir le flux de diplomates que les différentes promotions allaient déverser dans l’administration. Les bureaux peinent à accueillir ceux qui sont déjà sur le terrain. L’annexe que construit le ministère des Affaires étrangères ne sera que d’un petit apport en attendant que le siège de Ouaga 2000 sorte un jour de terre. C’est donc un problème d’effectifs à gérer d’abord et à payer ensuite. La grogne des agents du ministère pour obtenir leurs indemnités a donc donné l’argument au gouvernement de fermer un institut qui en plus de devenir « budgétivore » pour certains, risquait à terme de créer un embouteillage au sein du ministère.

La rumeur dit d’ailleurs que le ministre des Affaires étrangères a lui-même été pris de cours par la décision du Conseil. Venu pour défendre le dossier des indemnités, on lui aurait opposé celui de l’IDRI. Vraie ou fausse ? Toujours est-il que la décision est brutale et ne peut que susciter des interrogations.

Dans les coulisses, les élèves s’organisent pour trouver une solution à leur sort. Ils seraient à la recherche d’un médiateur. Les soutenances sont annulées. Pendant ce temps, sur le site de Loumbila, siège définitif de l’institut, les travaux continuent. Sur les 40 hectares clôturés, un Immeuble R+1 sort progressivement du sol. C’est l’embryon du centre pédagogique qui devait abriter les salles de classe. La livraison est prévue pour le mois de juin prochain. Sur l’autre moitié, le centre de négociation attend ses premiers coups de pelle. Viendront –ils jamais ? Le projet de construction va-t-il lui aussi être mis en veille ? Une chose est sûre, sa destination va changer, tout comme les locaux administratifs de l’IDRI sur l’avenue Charles de Gaulle. Là-bas, les fonctionnaires commencent à plier bagages, en attendant de nouvelles affectations. Le conseil d’administration ordinaire a pu se tenir dans ce contexte de fermeture de l’institut, le 18 avril dernier soit une semaine après la décision du gouvernement. C’est certainement le dernier, et la fin d’une grande idée, celle de doter le pays des hommes intègres d’une nouvelle race de diplomates. Pour une fois, le gouvernement aurait-il vu trop grand ?

 

Abdoulaye Tao

Le Pays du 24 avril 2007

Encadré 1

PRESENTATION



BREF HISTORIQUE

 

-         1994: Goundi ou 10 naissance d'une idée

Conscient de la nécessité de doter les diplomates et autres acteurs des relations internationales de connaissances adaptées au contexte international en constante mutation, le gouvernement du Burkina Faso accepte la recommandation issue du séminaire de Goundi (1994) relative a la création d'un institut diplomatique. Dès 1998, les études préliminaires de conception et de faisabilité dudit établissement sont lancées avec l'appui financier de l'AIF puis du PNUD.

-         2001 : IDRI : une réalité


Le 13 août 2001 le Gouvernement burkinabé crée l'institut Diplomatique et des Relations Internationales (IDRI), un établissement public a caractère scientifique, culturel et technique.

MISSIONS



L'IDRI est un instrument de la diplomatie qui met en concordance la formation des cadres avec les orientations, les aspirations et les pratiques de la politique étrangère.

L'IDRI est une institution nationale a vocation africaine. Outre la formation, l'Institut Diplomatique est investi de missions qui traduisent les grandes ambitions nourries a l'égard de cette structure:

Missions de perfectionnement

Travaux d'études, de recherche et de publication

Organisation de conférences et de séminaires

Renforcement et valorisation de l'expertise nationale

Diffusion de la culture de l'international

Encadré 2

CONSEIL SCIENTIFIQUE

Arrêté 2004-001/MAECR/IDRI du 14 juillet 2004)

Professeur Mouhoussine NACRO, Directeur général de l'IDRI, Président

Professeur Odile Nacoulma, Président de l'Université de Ouagadougou

Professeur Basile Guissou, Directeur général du CNRST

Directeur de l'UFR/SJP

Directeur de l'UFR/SEG

Directeur de l'UFR/LAC



Madame Fatoumata Dah née Diallo, Ambassadeur

Monsieur Louis Dominique Ouédraogo, Ambassadeur

Monsieur Pierre Claver Damiba, Consultant International

Professeur Benoît Kambou, Membre du Conseil constitutionnel

Monsieur Amidou Garane, Docteur en droit international

Monsieur Poussi Sawadogo, Docteur en histoire africaine



24/04/2007
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