L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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FILLETTES EXCISEES A NOUNOU/ Des accusations accablantes

FILLETTES EXCISEES A NOUNOU

Des accusations accablantes

Camille Sawadogo, responsable de suivi des noyaux relais de la Boucle du Mouhoun dans le cadre du Programme intégré de communication de la lutte contre la pratique de l'excision (PIC), a effectué le 26 septembre dernier une sortie à Nounou. Objectif : s'enquérir de l'état de santé des deux fillettes excisées le 23 septembre 2007, s'imprégner des circonstances de l'acte et mieux comprendre le degré d'implication, de complicité du membre du noyau relais. Cette sortie fait suite à l'arrestation le 25 septembre à Nounou d'une exciseuse et de ses 3 complices par la police de Dédougou.


La complicité d'un membre du noyau relais de lutte contre la pratique de l'excision de Nounou dans l'excision de 2 fillettes dans ledit village a indigné Camille Sawadogo, responsable de suivi des noyaux relais de la Boucle du Mouhoun. C'est pourquoi il a personnellement fait le déplacement dans ce village pour, non seulement s'enquérir de l'état de santé des victimes, mais aussi s'imprégner des circonstances et comprendre le degré de complicité du noyau relais. Les échanges avec les membres des noyaux relais de Nounou, Safané, Yangasso et Kongosso n'ont pas permis de situer la responsabilité d'un des leurs dans cette pratique qui perdure. Tout en fustigeant le comportement peu orthodoxe de celui qui est chargé de combattre le phénomène, ils ont promis intensifier la sensibilisation et mener des actions pour redorer leur blason, car c'est l'image de tous les noyaux relais qui se trouve écornée. Aussi, ont-ils relevé la nécessité d'une formation adéquate, car, selon eux, aucun membre de ces noyaux relais n'a été formé dans l'animation des séances de sensibilisations.

En tout cas, l'arrestation de l'exciseuse et de ses complices a créé une psychose au sein des populations. Certaines personnes n'hésitent pas à fuir dès qu'elles aperçoivent un véhicule. Sous nos yeux, nombre de femmes ont fui, abandonnant leurs seaux d'eau au bord des puits, leurs noix de karité dans les mortiers et leurs marmites au feu. Cependant, certaines ont eu le courage de revenir et ont même apporté des témoignages. Ce qui nous a permis de voir une des victimes qui se trouve être un nourrisson de 4 mois, et petite-fille du membre du noyau relais accusé. Selon la mère de cette victime qui se porterait bien, elle aurait décidé de son propre chef de faire exciser sa fille lorsque l'exciseuse lui en aurait fait la proposition et l'aurait convaincue qu'elle était munie d'une autorisation pour pratiquer l'excision. Elle a aussi simulé une reconstitution des faits.

Face à cette situation, Camille Sawadogo n'a pas caché son mécontentement. Pour lui, il est impardonnable que, malgré les campagnes de sensibilisation, le phénomène perdure. Aussi, a-t-il invité les parents à conduire les victimes au dispensaire pour une meilleure prise en charge. Si la seconde victime n'a pas pu être identifiée, certains témoignages laissent entendre que l'arrestation pour complicité du membre du noyau relais serait un règlement de compte. Selon Mariam Somé, qui vit dans le village depuis une décennie, un conflit latent existerait entre l'accusé et le dénonciateur. Ce dernier, dit-on, avait posé des actes répréhensibles et avait été incarcéré pour ces faits sur plainte de l'accusé. A sa sortie de prison, il aurait juré de se venger. Qu'à cela ne tienne ! La responsabilité de l'accusé semble établie.

De la confrontation entre l'exciseuse et le membre du noyau relais, il ressort que c'est bien ce dernier qui aurait fait venir l'exciseuse. Ce témoignage accablant semble avoir été entériné par l'accusé, qui n'a pas nié cela. Selon nos sources, l'accusé aurait même conseillé à l'exciseuse d'utiliser des lames neuves et à usage unique. Cette polémique sera tranchée par le tribunal, car les deux mis en cause ont été déférés à la Maison d'arrêt et de correction.

Bien qu'on n'ait pas enregistré de perte en vie humaine, la probable implication du membre du noyau relais de lutte contre la pratique de l'excision dans cette infraction est inadmissible. Reste maintenant à tirer les conséquences. Aussi, la formation continue et le suivi permanent des membres de ces noyaux pourraient non seulement éviter des dérives, mais aussi constituer une arme fatale contre ce phénomène qui est une pratique culturelle néfaste depuis la nuit des temps.



Par Serge COULIBALY

 

 

Le Pays du Lundi 1er octobre 2007



01/10/2007
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