L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Football burkinabè : Mercantilisme et esprit vindicatif

Football burkinabè

Mercantilisme et esprit vindicatif

 

Après la déroute des Etalons dans les éliminatoires de la CAN 2008, l'auteur des lignes qui suivent  fait le diagnostic des maux qui minent, selon lui, le football burkinabè. Des joueurs aux supporters, en passant par la fédération et les coaches, tout le monde passe dans sa casserole.

 

Les Etalons footballeurs ne pourront pas retrouver une dynamique d'organisation collective et une discipline de corps et d'esprit avant une période de dix ans.

Avec eux, la probabilité est forte, désormais, de se retrouver toujours avec le moral  bas. Tout est à refaire.

Le football burkinabé, après la folle chevauchée fallacieuse des Etalons lors de la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN 1998) chez nous,  qui, d'ailleurs, a suscité des applaudissements d'un instant sous l'impulsion des passions d'un public ivre de victoires inattendues, est redevenu un jeu de PMU'B (Pari mutuel urbain burkinabè). La science du hasard et de l'illusion ont asphyxié notre réalisme de 1998. Aujourd'hui, c'est risquer gros que de parier sur les Etalons footballeurs. «Œuvre de tant de jours, en un jour effacée», a dit le poète. Cela fera bientôt dix ans que notre football marche dans la vallée du deuil sportif. Le cycle infernal des défaites enfantines, bien que tomber n'ait rien d'humiliant pour peu qu'on accepte de se relever, auxquelles les Etalons sont maintenant coutumiers apparaît de plus en plus avec une évidence absolue que le football de haut niveau semble aujourd'hui compromis au Faso. La facilité insultante avec laquelle les Taifa Stars de la Tanzanie ont marqué leur unique but, lors de la 5e et avant-dernière journée des éliminatoires de la CAN 2008, le samedi 16 juin dernier au stade du 4-Août, a fait sursauter notre confrère Victorien Marie Hien de sa chaise au point qu'il s'est écrié : «...comme si l'on était à un entraînement !». D'ailleurs j'en viens à me demander pourquoi mes confrères de la radio et de la télé qui s'égosillent à longueur de temps pendant les matchs des Etalons de par les stades ne sont jamais foudroyés par une crise cardiaque dans leur cabine de retransmission avec ces interminables et assommantes déconvenues sportives auxquelles les joueurs les ont habitués maintenant ! Si mes confrères de la presse audiovisuelle ne «mouillent» pas leur gorge, ils seront un jour aphones. Increvable à la tâche, Alexis Konkobo, ce reporter-sportif qui se dépense avec une passion christique en matière de sport, est passé le dimanche 17 juin dernier sur le plateau de l'émission «ça se passe à la télé» de la TNB pour expliquer et crier courageusement notre douleur : le repérage, l'appel et l'enrôlement des joueurs, de l'à-peu-près au pays et à l'extérieur, les différentes fédérations encombrantes qui se sont succédé, les recrutements puis licenciements des coaches... procèdent toujours d'un jeu subtil fait d'amitiés et de chausse-trapes.

 

Les joueurs, les fédérations, les coaches  et les supporters

 

Un «professionnel» qui reçoit une balle en hauteur sur le terrain et qui ne sait pas qu'il se doit techniquement de la rabattre à ras le sol ! A qui la faute ? Des joueurs à peine au contact avec la carrière professionnelle qu'ils deviennent des maçons-commerçants : construisant un château par-ci, collectionnant un parc auto «au revoir l'Europe» par-là et se pavanant avec les filles, lançant dans les fourrés leurs dessous de vêtements qui font saliver. Nous bâtissons un château de cartes. C'est la «matière première» qui manque le plus ! Des responsables de Fédération dissertant inutilement dans le surréalisme assorti de prose grotesque et sans consistance.

Des «entraîneurs» qui entrent et qui sortent d'une équipe nationale d'un pays souverain comme d'une autogare, pour parler comme le Premier ministre, échafaudant des théories bancales et dépassées auxquelles ni eux-mêmes ni personne ne croient plus dans leur pays d'origine. Généralement d'ailleurs, ces coaches lourdement payés emmènent toujours avec eux dans leur sac de la nivaquine à nos «malades» déjà atteints de cancer en phase terminale. «Quand on n'aime pas quelqu'un, quand bien même il serait dans l'eau, on trouverait toujours qu'il soulève de la poussière» : il est des Burkinabè qui n'aiment pas Drissa Traoré Saboteur tout simplement parce qu'il est Burkinabè. Même en peinture, ils n'en rêvent pas ! Le mercantilisme et l'esprit vindicatif ont obstrué nos yeux au point que l'on est arrivé à oublier que le football moderne aujourd'hui dépend de la claire conscience et de la volonté affichée, de la disponibilité constante pour le travail qui, à leur tour, agissent sur la psychologie des acteurs directs sur le terrain. Et c'est en cela que «Saboteur» reste un symbole réunificateur de l'histoire du football au Burkina Faso.

Des supporters-hooligans manquant de la culture du fair-play et d'éducation civique et civile : injures grossières à l'emporte-pièce, jet de sachets d'eau remplis d'urine et de n'importe quoi sur tout le monde. Très exigeants envers les autres et d'un bon résultat sportif, ils ne sont jamais disposés à payer leurs tickets d'entrée au stade et leurs droits d'adhésion au club dans lequel ils prétendent se reconnaître.

Tout le monde a profité du bégaiement depuis dix ans de la Fédération burkinabè de football (FBF) pour se départir de ses responsabilités. Les gens sont fatigués ! Observez que depuis quelques années, les défaites humiliantes des Etalons n'émeuvent plus personne. Le poids des dissensions multiples et multiformes permettraient difficilement, avant dix ans, si l'on ne réajuste pas promptement et scientifiquement l'extraordinaire capital de sympathie d'antan, d'inspirer, d'orienter et d'organiser une lecture objective du jeu sur le terrain et de mettre en place de nouvelles prédispositions psychologiques à même de porter le football burkinabé sur une ligne droite et ascendante. Il faut donner un contenu nouveau à notre football et le lier à son temps. Levons le regard : nous verrons toute la mesure des nécessités et des exigences de notre époque pour un football de haute compétition débarrassé de ses «commissions wack» et de la pléthore folklorique de comités de soutien aux Etalons. Alors questions : ces enchaînements d'échecs cuisants sont-ils la conséquence de l'assurance que les joueurs et les autorités sportives ont de mériter l'indulgence de la nation tout entière ? La bonne foi naïve avec laquelle le pays reconnaît et pardonne ces fautes absout-elle de leurs déconfitures ou les encourage-t-elle à aller d'erreurs en excuses ? L'histoire instruira les uns et récompensera les autres. Un jour...

 

Idrissa Nogo,

 journaliste

idrissanogo@yahoo.fr

 L’Observateur Paalga du 26 juin 2007



26/06/2007
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