L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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François Compaoré : L'OVNI de la FEDAP

François Compaoré

L'OVNI de la FEDAP

 

La FEDAP soutient Blaise pour mieux servir François. C'est comme dirait l'autre, tout " le relationnel " de l'aîné se prépare à se mettre au service du petit frère dans l'objectif précis de le faire gagner au moment venu.

Un confrère, dont la proximité avec François Compaoré n'est plus à démontrer, a écrit, fort à propos croyons-nous, que "le parrainage de Blaise Compaoré est capital pour réussir. Pour la simple raison que cette marque de confiance présidentielle suppose un transfert sur l'heureux élu, de réseaux relationnels aussi bien en interne qu'en externe, toute chose qui devrait s'avérer décisive dans la conquête de l'électorat, la gestion et la conservation du pouvoir… "(1)

La fédération des associations de soutien à Blaise Compaoré (FEDAP/BC) est incontestablement l'une de ces structures relationnelles dont l'influence, réelle ou supposée, qui sert présentement le président sera transférée à son dauphin. Il reste maintenant la question principale : C'est qui ce dauphin ?
Lorsque l'on regarde les images de l'installation de la FEDAP, dans ces locaux, qui voit-on qui peut prétendre à la succession de Blaise Compaoré ? Les premiers responsables du parti présidentiel n'y étaient pas. S'ils y étaient, ils étaient bien discrets. Ils sont pourtant, dans un système républicain, les héritiers putatifs de l'actuel président, dont ils sont logiquement les " camarades " et dont ils contribuent présentement à la mise en œuvre du programme politique.
En revanche, il y avait une surabondance des images de François Compaoré. Il était même la vedette de la cérémonie quoi qu'il n'ait rien dit. Mais il y a de ces présences qui valent plus que des discours.

Si la FEDAP est un réseau au service du président dont on imagine facilement que son éventuel héritier devait en bénéficier, les pontes du CDP et des partis de la mouvance auraient dû s'y bousculer. Les a-t-on vu ?

La FEDAP ne fait pas la politique, elle soutient Blaise Compaoré. Mais que fait donc Blaise Compaoré si ce n'est la politique ? Il y a chez les animateurs des associations de soutien au président, comme une illogique feinte ou voulue. On ne saurait soutenir un président en exercice, élu sur un programme politique en concurrence avec d'autres programmes et affirmer péremptoirement que l'on est apolitique. En soutenant Blaise Compaoré, on indique assez clairement que l'on n'est pas avec les concurrents qui l'ont affronté au scrutin passé. Or la notion d'apolitisme, c'est l'équidistance de tous les politiques. Dans le cas présent, la FEDAP apolitique fait quand même la politique de Blaise Compaoré.
La logique aurait voulu que, comme en Allemagne, ces structures épousent la philosophie politique du CDP en oeuvrant, en prolongement de ces idées, à faire et réaliser ce qu'un parti politique ne peut faire directement. Chacun des grands partis allemands (CDU et le SPD) a sa structure associative au service des idées et de la philosophie du parti. Dans le cas qui nous concerne, Blaise Compaoré aurait-il des idées et une philosophie de la gouvernance politique différentes de celles du CDP, au point que ces soutiens " civils " en viennent à préférer les siennes à celles de son parti ? Ce serait incongru si c'était le cas.

Même natte, mais pas même rêve…

La société "d'espérance" que Blaise Compaoré met en œuvre présentement ne serait-elle pas aussi le projet de société du CDP ? On pense que oui puisque le CDP a été la tête de proue des partis qui ont soutenu la candidature du président en 2005. Le CDP est d'autant comptable de ce programme que c'est son vice-président, chargé des questions politiques et idéologiques qui était le directeur de campagne pour cette présidentielle. Les pontes du CDP se considèrent naturellement comptables, puisqu'ils sont chacun " en ce qui le concerne et au poste qu'il occupe chargé de mettre le programme en musique ".

Blaise Compaoré, après le remaniement qui a vu le départ de Salif Diallo du gouvernement, a dit une chose que les observateurs n'ont pas forcément retenue. Il a dit qu'" il espère que Salif Diallo restera mobilisé pour la mise en œuvre du programme pour lequel il ( lui Blaise) a été élu en 2005". Cette phrase renseigne un peu sur l'état d'esprit du "divorce" entre les deux hommes. Ce n'est pas la première fois que Salif Diallo quitte le gouvernement. Il l'avait déjà fait en 1999. A cette époque, personne n'avait pensé un instant au démariage entre les deux hommes. Bien au contraire. Si cette fois, Blaise est emmené à s'interroger si Salif lui demeurera quand même fidèle pour l'aider à conduire son programme, c'est que l'inverse est possible.

Il faut se rappeler que la campagne pour la candidature de Blaise Compaoré en 2005 s'est faite en marge du CDP. L'objectif non avoué était de mettre le parti présidentiel en situation de ne pas être le parrain principal de la victoire du chef de l'Etat. L'élection s'est faite donc à la lisière de soutiens éclectiques où l'on retrouvait les ABC, les Tontons et les Tantis de Blaise Compaoré face à deux forces politiques, le CDP et l'ADF/RDA. Les mouvanciers ont été mis dans le vent cette fois. C'est pourquoi, in fine, ils n'étaient pas à "la table du seigneur" quand est venu le moment de la récompense.

Cette intention de "dissolution" du CDP dans ce "fourre tout des soutiens présidentiels" n'a pas fonctionné comme souhaitée. Les responsables du parti, à commencer par le directeur de campagne Salif Diallo, ont œuvré à le faire échouer. Les structures du CDP, localement, ont été les responsables de la mobilisation. Les autres soutiens ont été contraints de venir en appoint. La victoire de Blaise Compaoré en 2005, contrairement au souhait de l'intéressé, reste fondamentalement le fait du CDP. Blaise Compaoré n'a pas pu se défaire de son parti. Mais il n'a pas pour autant renoncé.

La volonté de s'affranchir du CDP est devenue obsessionnelle pour Blaise Compaoré depuis la sortie de la crise consécutive à l'assassinat de Norbert Zongo. La question est évidemment pourquoi ? Il y a deux réponses possibles :
la première, le président veut, comme en 1996 à la création du même CDP, renouveler le personnel politique autour de lui. le conglomérat qui a travaillé à son élection devrait donc logiquement fusionner et former, comme en France après la victoire toute soviétique de Chirac, une sorte d'"Union de la majorité présidentielle". Mais une telle union n'aurait pas pu se faire en sacrifiant d'emblée les fidèles lieutenants. Or c'est l'impression que pouvaient avoir "les camarades " du président.

La deuxième explication recoupe d'une certaine manière la conclusion de la première. Le président veut au moment des choix décisifs ne plus rien devoir à ces "camarades". Or est-il possible d'exclure, dans les choix décisifs, la question de sa succession ? Difficile, en effet, car même si le président peu encore briguer un autre mandat, le dernier constitutionnel, son pouvoir tire irrémédiablement vers son crépuscule. Si le président tient tant à s'affranchir du CDP, est-ce pour ne pas lui être comptable dans le choix de son successeur éventuel ? Autre question qui ne manque pas d'intérêt : croit-il que son choix ne sera pas forcément entériné par son parti ?

La FEDAP qui est à présent en ordre de marche n'a pas les moyens et la légitimité de pareil scrupule. Cela devrait être donc, un formidable marche pied pour le dauphin dont les traits robots ressemblent de plus en plus extraordinairement à François Compaoré, dont on se plait à rappeler qu'il en a le droit constitutionnel, comme si quelque part, quelqu'un le lui déniait.

Newton Ahmed Barry

L’Evénement du 25 avril 2008

Notes(1) : In L'Hebdomadaire (n°469) du 18 au 24 avril 2008



02/05/2008
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