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Fraudes dans les concours de la Fonction publique : «Je voulais aider mon témoin de mariage»

Fraudes dans les concours de la Fonction publique

 «Je voulais aider mon témoin de mariage»

 

24 prévenus, mouillés à des degrés divers dans le dossier de fraudes lors des concours directs de la Fonction publique session 2007, ont comparu hier 11 septembre 2007, devant la Chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Ouagadougou. A la barre, Issiaka Zouré, un des cerveaux de ces fraudes, a reconnu avoir soutiré des copies des épreuves de certains concours pour rendre service à son témoin de mariage, le gendarme Issiaka Yabré. Nous reviendrons sur le verdict dans notre prochaine édition puisqu’au moment où nous tracions ces lignes, aux environs de 22 heures, les débats de ce palpitant procès se poursuivaient.

 

Du 6 au 15 août 2007, quelque 323 000 candidats sont partis à l’assaut de 89 concours directs de la Fonction publique. Comme toujours en pareille situation, il y a beaucoup d’appelés, mais très peu d’élus. Pour preuve, cette année, l’Etat ne voulait qu’à peine 8 500 nouveaux fonctionnaires. Pour être dans le cercle restreint des heureux lauréats, il y a des personnes qui, au lieu de miser sur leurs aptitudes intellectuelles, ont opté pour la courte échelle, en achetant des sujets de certaines épreuves. Heureusement que très souvent, tout fini par se savoir dans notre pays. C’est ce qui est arrivé cette année à la bande d'Issiaka Zouré et d'Alain Ouali, tous membres du comité de pilotage des concours de recrutement de la Fonction publique burkinabè. En réalité, il faut dire que dès le début de l’administration des épreuves le 6 août, tout Ouaga bruissait de cette rumeur qui revenait comme une antienne à l’occasion de chaque examen ou concours.

La presse ne s’en est mêlée qu'à partir du moment où un fax émis à partir de Ouagadougou a été saisi dans un télécentre à Ouahigouya. Depuis, une enquête ouverte par la police a permis de mettre la main sur 9 personnes dans un premier temps. Au fur et à mesure que les fins limiers de la police avançaient dans leurs recherches, le nombre des interpellés allait crescendo jusqu’à atteindre 24. Ce sont donc ces prévenus qui ont comparu hier devant la Chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Ouagadougou, présidée par le juge Seydou Millogo.

C’est Issiaka Zouré, gestionnaire des ressources humaines au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale et membre depuis 2003 du comité de pilotage des concours de recrutement de la Fonction publique, qui a été entendu en premier par le tribunal. Il est membre de ce comité sur proposition de son ministère de tutelle. A la barre, il a expliqué que cette année, il faisait partie de l’équipe chargée du conditionnement des épreuves dans les cantines. En clair, c'est lorsque les sujets sont déjà dans des enveloppes sous pli fermé que eux se chargent de les ranger dans les cantines. L’opération a lieu dans les locaux de l’imprimerie des éditions Sidwaya.

 

«vous devez fouiller jusqu’aux chaussures»

 

D’entrée de jeu, Zouré a reconnu les faits qui lui sont reprochés.  Il a soutenu que «J’ai pu déjouer la vigilance de la sécurité. Dans la salle où j’ai soutiré les épreuves, on était quatre membres du comité. La sécurité était assurée par une dizaine d’agents des forces de l’ordre. Quand les autres sont sortis, j’ai profité du fait qu’un élément de la sécurité s’était assoupi.  J’ai alors pris les sujets de l’ENAREF cycle A, B, et C, de la douane, des AIS et des filles et garçons de salle, soit pour six concours.  J’ai caché les épreuves dans mes chaussures parce que pour sortir de la salle, on était soumis à une fouille corporelle. La fouille n’atteignait par les chaussures. Puis, j’ai demandé la permission d’aller aux toilettes. J’ai caché par la suite les épreuves sous la selle de ma moto de type rainbow».

Sur ces entrefaites, le président du tribunal interpelle les agents de la sécurité à prendre bonne note, car désormais «vous devez fouiller jusqu’aux chaussures, et pourquoi pas les dessous, voire  les selles des motos ainsi que les coffres et sièges des véhicules».

A la question de savoir pourquoi il avait agi de la sorte, il a expliqué que «c’était pour aider mon cousin et témoin de mariage, le gendarme Issiaka Yabré, qui m’avait approché afin que j'aide ses frères dont il a la charge». A en croire Zouré, il n’attendait rien en retour de la part de son témoin de mariage. Cependant, il a confessé avoir reçu plus tard «la somme de 350 000 FCFA de la part du gendarme comme aide parce que mon père devait être évacué à Abidjan et j’avais mon enfant hospitalisé à la pédiatrie Charles de Gaulle».

 

«A  la gendarmerie, on pouvait avoir les épreuves des concours»

 

A son tour, Issiaka Yabré, qui travaille à la Direction du personnel de la gendarmerie, n’a pas nié avoir approché Zouré pour lui demander de l’aider à obtenir des sujets de concours. Sans refuser, Zouré lui a tout de même fait savoir que c’était très difficile.  Finalement, il y est parvenu et «un soir, il m’a appelé et m’a remis une grande enveloppe contenant les épreuves. J’en ai données à Mahamadi Yaro, un gendarme, et aussi à Abdoulaye Albert Bambara, directeur de la garderie de la gendarmerie. Il faut dire que ce dernier m’avait approché depuis mars pour que je lui trouve des sujets».

Interrogé sur la provenance de l’argent qu’il a remis à Zouré, Yabré répondra qu’en fait, ce sont des sous qu’il avait prélevés sur un fonds que son frère, qui est en Italie, lui avait laissé pour  la construction de sa maison à Ouagadougou. Foi du gendarme, cet argent n’avait rien à voir avec les sujets des concours qu’on lui avait remis.

Dans sa relation des faits, Bambara Abdoulaye Albert reconnaîtra avoir demandé au gendarme Yabré de l’aide. Puis, un jour, il m’a dit que «c’est prêt. Les sujets sont disponibles, mais c’est moyennant quelque chose». Selon Bambara, en réalité, les sujets étaient destinés à Elisabeth Ouédraogo/Nana, éducatrice de jeunes enfants au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale. «Cette dernière m’avait contacté pour me dire qu’il paraît qu’à la gendarmerie, on pouvait avoir les épreuves des concours et que comme moi je suis là-bas, je devais pouvoir l’aider. Elle m’appelait tout le temps et m’envoyait des messages. Un jour, ma femme est tombée sur un des messages et m’a même conseillé d’arrêter, car c’est dangereux. Madame Ouédraogo m’a remis 400 000 FCFA en deux tranches, l'une  de 300 000 F et l'autre de 100 000 F. j’ai tout remis à Yabré. C’était le prix d’achat des sujets des concours. Je n’ai rien bénéficié dans la transaction. Quand l’enquête a commencé, j’étais à la messe. Pendant que je priais, on est venu  me faire signe de sortir. Quand je suis sorti, c’était la police. On m’a directement conduit au commissariat central».

Un débat s’est instauré entre Yabré et Bambara. Le premier soutenant n’avoir rien reçu tandis que le second n’en démord pas. Finalement, Bambara reconnaîtra n’avoir eu, si on ose dire, que 15 000 F dans l’opération : 10 000 F comme frais de carburant de la part de dame Ouédraogo et 5 000 F qu’il a prélevés sur l’argent qu’il devait à Yabré. Un terrain d’entente n’a pu être trouvé entre les deux sur cette question. Mais le tribunal tout comme le parquet n’a pas semblé croire à Bambara quand il soutient n’avoir rien reçu dans la transaction.

Toujours est-il que, comme du pétrole versé sur une feuille, ces sujets frauduleusement soutirés par Zouré ont commencé à circuler sous le manteau à Ouagadougou.  En effet, après être entré en possession des épreuves, Elisabeth Ouédraogo/Nana va s’employer à les photocopier et à les distribuer à son neveu (Gautier Sebgo) et à un voisin  (Simporé Corneille).

L’erreur de la dame a été aussi de se servir de son frère (Désiré Nana, contrôleur des travaux publics) comme intermédiaire pour remettre les sujets à Corneille et à Gautier. Car Désiré a, à son tour, fait des photocopies pour faire des deals. Par les questions du tribunal et du parquet, on a tous compris que s'il vendait les sujets aux garçons, il les donnait à des jeunes filles pour d’autres motivations. En effet, il s’en servait comme appât pour séduire les jeunes filles candidates aux concours.

Peu avant 15 heures, seul Yssouf Ouattara, le président du comité de pilotage, cité comme témoin, avait été entendu par le tribunal.

Lorsqu'Abdoulaye Zampaligré, assistant des ressources humaines, a été appelé à la barre, on s’est rendu compte que le procès avait pris un autre tournant. En effet, il n’était plus question de la filière impliquant Zouré et Yabré, mais de celle impliquant le trio : Issiaka Zouré, Alain Ouali et Abdoulaye Zampaligré.

Jusqu’à 22 heures, on n’avait  toujours pas le verdict.  Nous y reviendrons.

 

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga du 12 septembre 2007



12/09/2007
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