L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Fulgence Ouédraogo : Le Burkinabè de l'équipe de France de Rugby

Fulgence Ouédraogo

Le Burkinabè de l'équipe de France de Rugby


Accueilli à 3 ans par une famille française, Fulgence Ouédraogo se sent désormais "un peu étranger" quand il retourne dans son pays d'origine, le Burkina Faso. Devenu international bleu-blanc-rouge de rugby, il n'oublie pourtant pas d'où il vient et aimerait, d'ici quelque temps, contribuer à populariser au Burkina ce sport qui lui a tellement apporté. Rencontre.


Tendus et perdus: vendredi 7 septembre, lors du match d'ouverture de "leur" Coupe du monde contre l'Argentine, les rugbymen français ont semblé à côté de leurs crampons. Décontracté et souriant, trois jours après la défaite (12 à 17), Fulgence Ouédraogo, 21 ans, jeune international tricolore, encore un peu "tendre" pour disputer cette compétition majeure, est visiblement bien dans ses sandales de sportif laissé quelques jours au repos par son club de Montpellier (sud de la France).

Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Australie, Angleterre... Tous les autres prétendants à la victoire finale, le 20 octobre prochain au Stade de France à Paris, ont gagné, certains atomisant même parfois leurs adversaires. Pas de quoi impressionner l'imposant Fulgence (1 m 87 - 96 kg), fair-play et combatif, comme le veut la tradition au rugby : "La défaite a un peu gâché la fête, mais il n'y a rien à dire, les Argentins ont été meilleurs que nous. Rien n'est perdu. La ferveur populaire va repartir à la prochaine victoire. L'équipe a les moyens de remporter cette Coupe du monde !"

Le favori "de cœur" de Fulgence est la France, celui "de la tête" la Nouvelle-Zélande. Il reconnaît cependant également un penchant pour les sud-africains, "de vrais combattants sur le terrain". S'il a un petit pincement au cœur pour ces joueurs, c'est aussi sans doute parce qu'ils sont comme lui, originaires d'Afrique.

 

"Le rugby met tout le monde à égalité"

 

Le nom du jeune indique clairement qu'il vient du Burkina Faso. A l'âge de 3 ans, ses parents le confient à une famille d'accueil française qui tient à ce qu'il garde son patronyme d'origine. Depuis, il a des contacts épisodiques avec le Burkina où il se sent "un peu étranger" quand il y retourne, de temps en temps.

Avec son petit accent chantant typique des rives de ce côté-ci de la Méditerranée, Fulgence raconte qu'il a rencontré "zéro problème" pour s'intégrer. Venu dès l'âge de 6 ans au rugby, il n'en est depuis "plus jamais reparti", gardant toutes ces années "les mêmes copains". "Ce sport, dit-il, encourage le dépassement de soi et l'amitié. Noirs et Blancs, il met tout le monde à égalité. Ce n'est pas l'origine qui fait la différence, mais vos qualités individuelles. "

Lentement mais sûrement, celui que ses camarades de jeu appellent "Fufu", trace sa route. A 17 ans, il quitte son école de rugby et intègre le centre de formation du club de Montpellier, avec lequel il a signé son premier contrat professionnel espoir. Ces derniers temps, Fulgence s'est aussi illustré en sélection nationale, en devenant l'an dernier champion du monde dans la catégorie des moins de 21 ans. En juin dernier, il a par ailleurs honoré sa première sélection chez les "grands" en jouant chez eux contre les terribles All Blacks néo¬zélandais.

Aujourd'hui, Fufu, élevé en France, se sent profondément attaché au maillot bleu-blanc¬-rouge. Il se félicite au passage de voir "de plus en plus de joueurs de couleur" émerger, notamment chez les jeunes : "Le rugby se popularise et rentre dans les cités. A l'avenir, il représentera de plus en plus la diversité de la population française." Même s'il le voulait, Fulgence ne pourrait pas facilement changer aujourd'hui de maillot. Il a pourtant déjà été contacté par certaines personnes qui participent à la mise en place d'une fédération au Burkina : "Cela fait plaisir, le rugby commence à pointer le bout de son nez là-bas. Je suis prêt à partager mon expérience pour contribuer au développement de ce sport. Je n'oublie pas d'où je viens et qui je suis !"

Avant d'en arriver là, Fufu le grand frère a conscience qu'il a "encore beaucoup de choses à faire ici" et qu'il devra "travailler pour franchir un palier" et s'imposer parmi les professionnels et les internationaux aguerris. "On verra si je peux y arriver ou pas. En tout cas, je ferai tout ce qu'il faut pour cela !", conclut Fulgence Ouédraogo modeste, mais doublement motivé.

Histoire de "rendre fiers" ceux qui, en France et au Burkina, l'ont accompagné, de près ou de loin, toutes ces années.

 

Emmanuel de Solère Stintzy (Syfia/France)

Le Pays du 13 septembre 2007



13/09/2007
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