L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Hausse du prix du riz : La vérité des boutiques témoins

Hausse du prix du riz

La vérité des boutiques témoins

 

Qui est responsable de la hausse des prix des denrées alimentaires ? Le gouvernement ou bien les commerçants ? C'est la réponse à cette question que nous avons voulu connaître. A cet effet, nous avons effectué une sortie dans certains magasins de Ouagadougou, le 12 mai 2008.


Du fait de la flambée brutale des prix des denrées de première nécessité, depuis le début de l'année, certaines familles burkinabè sont menacées par la famine. Jamais le riz n'aura connu une telle surenchère, à telle enseigne que le prix du sac de 50 kg est monté à plus de 18 000 F CFA. Face à la colère du peuple qui n'hésite plus à descendre dans la rue pour exiger une baisse des prix, le gouvernement et les commerçants s'accusent mutuellement. A quel niveau donc se situe le problème ? Les mesures gouvernementales pour permettre une baisse des prix (suspension des taxes de douane pendant 3 mois prolongée ensuite à 6 mois, suggestion de prix aux commerçants, entre autres) se sont toutes avérées aléatoires. Le gouvernement en voulant se disculper et prouver sa bonne foi, a même publié dans les journaux une liste de boutiques témoins où le consommateur pourrait acquérir son riz aux prix qu'il a indiqués. Mais si ces boutiques dites témoins en étaient réellement, y aurait-il eu, aussitôt la publication des prix suggérés, une autre proposition, tendant à une révision à la hausse de ces prix ? C'est dire que quelque part il n'y a pas eu de consensus réel entre le gouvernement et les commerçants "témoins", ou qu'en réalité le prix du riz ne peut plus baisser. Car nombreux sont ces commerçants "témoins" qui aujourd'hui se plaignent d'avoir été livrés en pâture par le gouvernement. Car, comment peut-on accepter de vendre son riz à un certain prix, d'être cité dans les journaux, et ne pas être en mesure d'appliquer ces prix au consommateur qui aurait parcouru de longues distances pour rallier votre boutique ?

 

Production nationale de riz insuffisante

 

Les premiers prix suggérés par l'Etat en février tournaient autour de 13 000 F CFA et 15 000 F CFA le sac de 50 kg, selon la qualité du riz. Puis, ce prix a été revu à 15 000 F CFA. Mais en réalité, ces prix étaient déjà dépassés au moment même de leur "suggestion". Seul le riz local a pu être vendu à 13 000 F CFA. Mais, ce riz a vite disparu de la circulation, étant donné que la quantité de riz produit au Burkina est loin de couvrir les besoins du pays. Si fait que la rumeur a fait croire entre temps qu'il n'y avait plus de riz au Burkina. Et pourtant ... le riz est là, il y a tout, a déclaré de go le gérant d'une boutique témoin située à Paglayiri. Selon ce dernier, c'est parce que le gouvernement ne fait rien pour convaincre les grossistes de baisser leurs prix qu'il y a la surenchère. Car, selon ce dernier, au lieu de 300 000 F CFA comme suggéré par le gouvernement, c'est à 360 000 F CFA que les grossistes vendent la tonne de riz ordinaire, par exemple. Au passage, il faut noter que rien qu'en janvier, les grossistes vendaient la tonne de ce riz à 245 000 F CFA. Ce qui laisse entrevoir une hausse de 115 000 F CFA du prix de la tonne de riz, en seulement cinq mois.

Les grossistes se défendent également. C'est ainsi que le directeur commercial des Etablissements Kindo et frères (EKAF) à Sankariaré indique que cette flambée n'est ni la faute au gouvernement, ni celle des commerçants. C'est un phénomène mondial et les prix vont toujours monter, nous a-t-il dit. Contrairement à ce qu'on nous a confié plus tôt, Youssouf Kindo, lui, dira que le riz manque. Les commandes d'EKAF sont faites chez KANIS International (société Kanazoé Inoussa) et chez Khadafi (Mahamadi Sawadogo), les deux importateurs les plus reconnus dans le domaine du riz au Burkina. "Il n'y a pas de riz. Vous pouvez faire votre commande et attendre finalement jusqu'à deux semaines pour avoir votre livraison. Et même pour ça, nous ne pouvons plus attendre d'aller au magasin pour prendre notre riz. Quand ça vient, nous mêmes, nous sommes à la gare pour prendre directement. Si vous restez en train d'attendre, vous n'aurez rien, car les gens se bousculent là-bas", nous a-t-il expliqué.

 

L'Etat devait négocier lui-même le prix à l'étranger

 

A qui la faute ? La seule solution envisageable, nous a laissé entendre Youssouf Kindo, c'est si l'Etat partait lui-même négocier le riz à l'étranger.

En attendant, les populations burkinabè n'ont toujours pas les moyens de s'offrir du riz alors que la période de soudure s'annonce.

Par ailleurs, il faut aussi relever que certains commerçants, insensibles aux problèmes que vivent les populations, profitent de la confusion qui règne présentement pour s'adonner à des actes répréhensibles. Ils achètent le riz importé, le reconditionnent dans des sacs, mais à un poids en deçà du poids normal, pour le revendre ensuite. C'est ainsi qu'un commerçant fautif a été pris en flagrant délit par la gendarmerie le 15 mai dernier à Ouagadougou. Vigilance donc !

 

Le Pays du 22 mai 2008



22/05/2008
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