L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Implication des chefs coutumiers dans la politique : "Un danger pour la paix sociale"

Implication des chefs coutumiers dans la politique

"Un danger pour la paix sociale"


"Permettez-moi de saluer le professionnalisme de votre quotidien, l'objectivité avec laquelle vous traitez l'information. En effet, depuis 1991 vous n'avez de cesse de participer à l'ancrage de la démocratie dans notre pays". C'est ainsi que Bob Zié Méda débute son analyse sur le sujet de la "forte implication des chefs coutumiers dans le paysage politique burkinabè."

 

"Avec les résultats définitifs livrés par le Conseil constitutionnel, le mercure politique vient assurément de baisser en cette année 2007. Mais, ces élections législatives ont enregistré un fort taux de participation des chefs coutumiers en tant que candidats. C'est pourquoi, il est opportun de s'interroger sur les causes de cette "inflation". Cette situation, non sans constituer un danger pour la paix sociale, interroge également sur le difficile établissement de la frontière entre le coutumier et le politique.

I - Causes de l'implication des chefs coutumiers dans la politique


Prosaïquement, la démocratie s'entend de la forme de gouvernement dans laquelle l'autorité émane du peuple. Produit d'importation, la démocratie présente sous nos tropiques des manifestations atypiques. C'est le cas du Burkina Faso, où l'on constate de plus en plus l'implication des chefs traditionnels dans la politique "politicienne". Cette situation est en grande partie le fait du parti majoritaire. En effet, le parti au pouvoir et certains de ses satellites (suivez mon regard) en panne d'inspiration et ayant fait les preuves de leur incapacité à faire la politique du développement, mais paradoxalement soucieux de détenir les mandats électifs, ont entrepris de jouer sur l'arriération mentale des populations. Dans cette perspective, le CDP et ses alliés principaux s'attachent les services des chefs coutumiers. Ces derniers sont de plus en plus inscrits têtes de liste au nom du parti sus-cité.

C'est ainsi que les "Naaba" usant de leur influence mettent tout en oeuvre pour que dans leur localité (territoire), il ne soit entendu que la voix du parti au pouvoir et après chaque élection, s'ils sont candidats, ils sont élus non sur la base d'un projet politique mais pour la crainte qu'inspire leur statut.

S'il est vrai que cette situation est en grande partie imputable aux caciques du CDP, il est bon de déplorer le comportement de ces icônes de la sagesse (en principe). Mais, quelle est l'étendue de la frontière entre la politique moderne et celle traditionnelle ?


II - Difficile établissement de la frontière entre le coutumier et la politique





En l'état actuel des choses, la ligne de démacration entre ces deux formes de pouvoirs est bien floue. Comme indiqué plus haut, les "chefs candidats", dans leur message de campagne, s'adressent à des sujets pourtant en position de citoyens et le drame c'est que l'électorat les écoute en tant que sujets.

De même, une fois, élus, les "Naaba" ont du mal dans les instances politiques modernes à se défaire de leur titre. C'est pourquoi, ils supportent mal la contradiction et les critiques objectives sont à leurs oreilles quolibets et crimes de lèse-majesté. Ainsi, aux fins de punir leurs détracteurs, ils dégainent entre-temps le sabre de la "magie noire" et bonjour les dégâts. N'est-ce pas d'ailleurs dans cette logique que s'inscrivent les propos de sa majesté Koupiendieli de Fada. Cet illustre fils du Gulmu avait confié au journal "Bendré" qu'il fera la politique sans pour autant supporter les "insultes". Entre nous, la politique au Burkina et partout ailleurs peut-elle se départir des intrigues et autres coups sous la ceinture ?

Et de toute façon, si un député ou un conseiller municipal, fût-il chef coutumier, s'estime être victime de diffamation ou de calomnie, il n'a qu'à savoir les institutions judiciaires pour que le droit soit dit.

Toutes autres méthodes pourraient être sources de tensions sociales.

III - Menace pour la cohésion sociale


En réalité, l'implication des chefs dans la politique politicienne vient mettre du plomb dans l'aile de la cohésion sociale. Le Burkina est un pays multi-ethnique, on le sait. C'est pourquoi, il faut déplorer ce qui s'est passé à Bittou.

En effet, dans cette région de l'Est du Burkina, le chef de Bittou, coiffé de son autre "bonnet" de maire de ladite localité et à l'époque candidat à la députation, avait sommé les responsables d'un parti de l'opposition à faire leurs valises parce qu'ils n'étaient pas fils de la région. De tels propos, s'ils ne sont pas ethnicistes, n'en sont pas loin. Alors, attention ! Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n'est pas exclu que ce qui s'est passé ailleurs se reproduise chez nous (Dieu nous en préserve !). En sus de ce risque d'implosion, les chefs coutumiers avec les chefs religieux ont toujours été vus comme des sages au temps fort de la crise née du drame de Sapouy.

Malheureusement, si aujourd'hui les chefs coutumiers sont en plein dans la politique, leur impartialité se phagocyte, et comme on ne peut être juge et partie à la fois, il sera difficile pour ces coutumiers d'apaiser les coeurs en cas de tensions sociales. Toutes choses qui pourraient conduire à des dégâts apocalyptiques.

Pour le temps présent, nous n'en sommes pas là et il n'y a pas d'accrocs majeurs, mais sait-on jamais ! N'ayons donc pas peur du débat et travaillons (les tenants du pouvoir politique surtout) à rétablir les chefs coutumiers dans leur rôle d'antan, celui de pacificateur car la paix est le ciment de tout développement durable."

 

Bob Zié Méda

Etudiant en droit

Université de Ouagadougou

Le Pays du 28 juin 2007

 

* Naaba : chef coutumier en langue mooré



28/06/2007
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