L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Incarcération de journalistes maliens : ATT n’avait pas besoin de ça

Incarcération de journalistes maliens

ATT n’avait pas besoin de ça

 

«La Maîtresse du président», un sujet d’exercice littéraire sur les frasques d’un président d’une république imaginaire, a été donné par un professeur (Bassirou Kassim Minta) à ses élèves du lycée Nanaïssa Santara, à Bamako, pour être traité sous forme de contraction de texte puis de dissertation. Seydina Oumar Diarra (SOD), journaliste au quotidien privé «Info-Matin», pour avoir repris cette histoire dans la presse, en ne manquant pas de désapprouver ledit sujet, qu’il trouve sans aucun apport pédagogique pour les élèves et comme pouvant même inciter à la débauche, a été interpellé et incarcéré le jeudi 14 juin dernier sur ordre du procureur de la République près le Tribunal de première instance de la commune III, Sombé Thèra, sur sa propre initiative, dit-on. Le magistrat reproche au journaliste d’avoir offensé le chef de l’Etat dans son article, accompagné de caricatures, intitulé «Lycée Nanaïssa Santara, la maîtresse du président de la République», paru dans l’édition d’Info-Matin du vendredi 1er juin 2007. Quatre directeurs de publication de journaux proches de l’opposition, pour avoir repris et commenté le fameux texte, et l’enseignant en question, sont également derrière les barreaux sous le même chef d’inculpation. Selon la loi malienne, les journalistes encourent six mois à cinq ans de prison et une amende de 50 000 à 600 000 francs cfa ou l’une des deux peines.

Les associations et organisations professionnelles des médias du Mali désapprouvent totalement l’ «arrestation arbitraire de SOD et de ses compagnons». Le lundi 18 juin dernier, elles ont organisé une marche le matin en direction de la Maison d’arrêt de Bamako où elle s'est terminée par un sit-in, en signe de solidarité avec les prisonniers. Les journaux ont aussi décidé, le même jour, de la publication de l’article incriminé. Sur la situation, les conseils du journaliste Diarra, Mes Mamadou Konaté et Moussa Keïta, et également l’ensemble des organisations et associations professionnelles de la presse malienne, ont tenu une assemblée générale vendredi 15 juin 2007 à la Maison de la presse. Pour eux, «les autorités veulent museler la presse à travers l’interpellation puis l’incarcération du journaliste». Les associations et organisations professionnelles de la presse estiment que les procédures suivies pour incarcérer le journaliste Seydina Oumar Diarra et ses coaccusés n’ont pas respecté les clauses de la loi régissant la presse et les délits de presse. Et Me Konaté d’ajouter qu’«ils sont allés sur la procédure du droit commun». Cette affaire au Mali ne peut pas laisser les observateurs de la scène politique indifférents.

Amadou Toumani Touré (ATT), en faisant interpeller puis incarcérer les journalistes, cela à travers la personne du procureur de la République, agit-il ainsi parce qu’étant à son dernier mandat, il veut enfin révéler son vrai visage à la face du monde ? Etait-ce vraiment nécessaire d’embastiller de pauvres pisse-copies, même si c’est toujours mieux de les poursuivre que de les tuer ? Ce n’est pas si sûr. ATT n’avait vraiment pas besoin de ça.  Toutefois, il faut reconnaître que parfois, certains scribouillards manquent terriblement du sens de la  responsabilité. Le journaliste n’est pas un superhomme, et ne doit pas raconter n’importe quoi qui puisse porter atteinte à la vie privée de ses concitoyens, lesquels ont les mêmes droits que lui. Ce n’est pas parce qu’on est de la presse qu’on ne peut pas être emprisonné. Si on outrepasse les règles édictées par la déontologie et l’éthique de la profession, on tombe immanquablement sous le coup de la loi. La dépénalisation des délits de presse est aujourd’hui sur toutes les lèvres, mais un article qui est conçu dans l’intention de nuire ne peut qu’être condamné.  Là, les journalistes maliens incarcérés ont peut-être failli. On n’ose pas leur jeter la première pierre, mais il serait aussi très hasardeux de vouloir leur donner le bon Dieu sans confession.

Ce qui se passe au Mali voisin remet sur le tapis la question de la formation des journalistes.

Pour être efficaces et participer positivement à la diffusion de l’information, les hommes de médias doivent être au courant des prescriptions qui s’imposent à eux en tant que professionnels, pour éviter d’être souvent tentés par le sensationnel,  allant jusqu'à fouiner dans la vie privée des autres.

Maître Konaté, au cours de l’assemblée générale dont il est question plus haut, a recommandé le calme et la sérénité aux médias maliens. Lui et son collègue Keïta ont indiqué à cette même occasion que d’autres avocats du Mali et de l’étranger se joindraient à eux pour obtenir la libération de SOD et de ses camarades le 26 juin prochain, date prévue pour leur procès. ATT, on le sait, est assez démocrate. Ce qui se passe présentement sur les bords du Djoliba est peut-être un simple rappel à l’ordre lancé au reste de la corporation. 

 

D. Evariste Ouédraogo

L’Observateur Paalga du 22 juin 2007



22/06/2007
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