L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Incidents entre militaires et civils, lutte contre le terrorisme…

Incidents entre militaires et civils, lutte contre le terrorisme…

Les préoccupations de Yéro Boly


Affrontements entre militaires et policiers des 19 et 20 décembre 2006 ; incidents entre jeunes militaires et civils ; évasion en douce du capitaine Luther Diapagri Ouali de la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) ; statut du Régiment de la sécurité présidentielle et de la justice militaire, etc. Ce sont là autant de préoccupations que le ministre de la Défense, Yéro Boly a partagées avec nous, à travers cet entretien qu'il nous a accordé. De façon naturelle, l'homme, reconnu pour sa rigueur et sa franchise, n'a pas manqué de s'expliquer sur la coopération militaire internationale, notamment le parfait amour que filent depuis un certain les armées burkinabè et américaines. Entretien.

Les douloureux évènements des 19 et 20 décembre 2006 ont débouché sur des affrontements entre militaires et policiers. Quelle explication le ministre de la Défense donne-t-il à cette malheureuse situation ?

Avant de vous donner une explication, je voudrais encore une fois présenter mes condoléances aux parents de toutes les victimes, (civils, militaires et policiers) pour ces pertes que nous ne cesserons de déplorer. En réponse à votre question et à l’analyse des faits, plusieurs raisons tant internes qu’externes peuvent expliquer ce qui est arrivé. A ce titre on peut retenir notamment un déficit de communication, un manque de code de bonne conduite entre forces de défense et de sécurité (FDS), bref, des problèmes de gouvernance interne.

Tout cela ne vient- il pas d’une somme de frustrations engendrées par des brimades en ce qui concerne notamment les envois en missions et en stages à l’extérieur ?


En ce qui concerne les missions, jusque-là, l’ONU ou l’UA demandent des observateurs, généralement des officiers, ou dans le cadre de la police civile des officiers de police judiciaire qui sont sélectionnés à l’issue d’un test au sein de la Gendarmerie nationale, et il n’y a aucune brimade dans le choix de ces personnels. Très bientôt, avec la constitution du Bataillon de maintien de la paix, toutes les catégories de personnels pourront être envoyées sur les théâtres d’opérations. Pour les stages à l'extérieur, les places offertes par les pays amis sont pourvues sur la base d’une liste de candidats potentiels à partir de laquelle les désignations sont faites en toute transparence, en tenant compte de critères précis et rigoureux.


Il y a eu mort d’hommes et destruction d’infrastructures et autres biens publics durant ces regrettables événements. Les responsabilités ont-elles été situées et les coupables punis ? En d’autres termes, la justice est-elle mise en branle ?


Comme je l’annonçais dans mon adresse aux personnels des Forces armées nationales lors de la cérémonie de présentation de vœux le 17 janvier 2007, les autorités judiciaires compétentes ont été saisies suite à ces évènements. Mais il convient de rappeler qu’en matière de procédure, la justice est totalement indépendante. Cependant, nous sommes en contact avec le Parquet militaire pour avoir le point de l’évolution des différents dossiers. C’est ainsi qu’en ce qui concerne les faits relatifs aux évènements de décembre 2006, nous savons que les actes qui ont fait l’objet de plainte ou de dénonciation, ont déjà abouti à des enquêtes de police judiciaire effectuées par la Gendarmerie nationale. Le Parquet militaire a déjà été saisi pour beaucoup de cas et, bien qu’il s’agisse d’un tribunal militaire, l’instruction se poursuit comme en matière de droit commun et neuf militaires sont actuellement détenus dans le cadre de ce dossier. Les responsabilités relatives à ces évènements seront donc situées, et les éventuels coupables punis conformément à la loi.


Qu’est-ce qui est fait pour que plus jamais de tels actes ne se reproduisent ?


Immédiatement après les évènements, une rencontre entre les responsables des départements de la Défense et de la Sécurité s’est tenue à Ouagadougou pour examiner les causes profondes des incidents survenus entre militaires et policiers et proposer des solutions en vue du renforcement et de l’amélioration des relations entre les personnels. A l’occasion, les réflexions ont abouti à la création d’un organe consultatif de veille et d’alerte dénommé "Commission permanente de concertation entre forces de défense et de sécurité", en abrégé CPC/FDS, dont le rôle est de contribuer à prévenir les incidents entre militaires et paramilitaires, de proposer des solutions en cas de survenance d’une crise, et de veiller à l’application des dispositions du Code d’éthique des forces de défense et de sécurité.

J’ai foi en cette structure qui nous permettra d’atteindre les objectifs identifiés et d’éviter durablement que la situation que nous avons si douloureusement vécue ne se répète. En dehors de ce volet institutionnel, diverses activités sportives et culturelles initiées par les uns et les autres vont favoriser le brassage et la cohésion des hommes. Je saisis l’opportunité que vous m’offrez pour porter à la connaissance du public que le Bureau de garnison de Ouagadougou a réinstitué les patrouilles de la Police militaire. En cas de besoin, celle-ci est accessible à partir de postes fixes du réseau ONATEL et de téléphonie mobile TELMOB au numéro vert 80 00 11 05.

Des heurts ont eu lieu récemment entre jeunes militaires et civils dans les localités de Dédougou et Ouahigouya. Que faites-vous pour que ces écarts de comportement cessent pour de bon ?


Vous aurez remarqué que de tels incidents regrettables surviennent généralement entre jeunes. Nos soldats sont recrutés au sein de la jeunesse de notre pays et apportent avec eux les insuffisances de cette frange de la société. Du reste, ce n’est pas dans tous les cas qu’ils sont à l’origine des différends. Lorsque leur responsabilité est avérée, des sanctions disciplinaires sont prises à la hauteur des fautes commises et dans certains cas, les tribunaux sont saisis pour une suite judiciaire. Nous sommes soucieux de réussir une cohabitation harmonieuse entre populations civile et militaire. C’est pourquoi le Commandement sensibilise les personnels au quotidien. Ces efforts sont appuyés par les formations en éducation civique dans toutes les régions militaires.


On a constaté des mouvements dans l’Armée. Est-ce la conséquence des manifestations des 19 et 20 décembre ?


Je suppose que vous entendez par "mouvements" des mutations de personnels. A ce propos, les affectations sont régulières et ne sont pas fonction d’un évènement quelconque. Chaque fois que le commandement estimera une mutation nécessaire, il y procédera dans l’intérêt du service.

Quel visage présente aujourd’hui l’Armée burkinabè ?


Les Forces armées nationales (FAN) ont retrouvé la sérénité. Les préoccupations qui étaient les leurs et qui ont été portées à la connaissance de la hiérarchie ont été résolues, en même temps que les mesures qui conviennent sont prises pour l’administration permanente d’une gouvernance militaire dans les casernes.


La justice militaire est une instance de l’Etat d’exception. N’est-elle donc pas en contradiction avec l’esprit de l’Etat de droit ?


Le tribunal militaire est une juridiction d’exception à l’instar des tribunaux du travail et ceux pour enfants, mais il n’est pas une instance de l’Etat d’exception. Il obéit à des règles de droit spécifiques et ses décisions sont placées sous le contrôle de la Cour de cassation. La justification principale de l’existence de cette juridiction réside tant dans le besoin de célérité que dans la nécessité de pouvoir compter sur un tribunal sensibilisé à la nature des infractions d’ordre militaire. Ceci explique pourquoi la chambre devant connaître d’une affaire est composée de juges et de jurés militaires.  Il faut rappeler que la nature de l’Armée en ce qu’elle assure le métier des armes et la complexité des missions qui lui sont assignées, recommande qu’elle dispose de principes de fonctionnement rigides et stricts dont les manquements doivent être réprimés promptement. Le tribunal militaire répond donc simplement aux besoins particuliers de l’institution militaire pour lesquels le recours aux tribunaux civils ordinaires serait insuffisant pour faire respecter les normes spéciales applicables aux personnels militaires. Je voudrais faire observer également que le tribunal militaire offre à l’accusé ou au prévenu des garanties ou des droits procéduraux dont l’assistance d’un avocat de son choix, la possibilité de faire un recours contre la décision du tribunal devant la Cour de cassation, la présence de magistrats professionnels à tous les stades de la procédure (poursuite, instruction, jugement).

 

Le capitaine Luther Diapagri Ouali s’est évadé après une permission qui lui a été accordée alors qu’il séjournait à la MACO.Que s'est-il réellement passé ?

 

Le Commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire a été très explicite sur cette évasion lors de l’interview qu’il vous a accordée et que vous avez publiée dans votre édition du 20 juin 2007. A ma connaissance, les recherches se poursuivent toujours.

 

A voir ses missions et le matériel dont il dispose, le Régiment de la sécurité présidentielle ressemble fort à une armée dans l’Armée ...


Il ne peut exister une armée dans l’Armée. Le Régiment de sécurité présidentielle est un corps de l’Armée de terre qui a simplement des missions spécifiques.


Quel est l’état de la coopération militaire entre le Burkina et les autres pays occidentaux, notamment les Etats-Unis ?


Je profite de vos colonnes pour saluer l’exemplarité et la qualité des relations que nous entretenons avec tous nos partenaires, africains et non africains, qui apportent un appui précieux à nos Forces armées nationales. Notre coopération militaire avec les pays occidentaux est au beau fixe particulièrement dans les domaines de la formation, de l’équipement et de la santé. Concernant plus particulièrement les Etats-Unis d’Amérique, notre partenariat s’est intensifié ces deux dernières années avec l’équipement du Centre de langue des armées, la formation aux relations civilo-militaires, l’admission de notre pays à plusieurs programmes militaires américains comme IMET, ACOTA, ERIES, etc.


Parlez-nous un peu plus en détail du programme ACOTA.

Le programme ACOTA (African contingency operations training and assistance) aussi appelé AFOUA (Assistance à la formation pour les opérations d’urgence en Afrique) est une initiative des Etats-Unis d’Amérique pour appuyer et renforcer les capacités des pays africains dans le domaine des opérations de soutien à la paix. Créé en 1997 sous l’appellation ACRI (African crisis response initiative), le programme aujourd’hui dénommé ACOTA vise des objectifs stratégiques dont la formation de formateurs nationaux, l’entraînement des contingents et l’équipement des unités africaines pour les opérations de soutien à la paix. Le Burkina Faso est le 18e pays inscrit à ce programme de partenariat. Notre adhésion à ce programme a permis de former le premier bataillon burkinabè en matière de maintien de la paix, du 12 mars au 27 avril 2007 à Bobo-Dioulasso et à Bama.


Qu’en est – il de l’envoi des troupes burkinabè pour les missions de paix à l’étranger ?


Pour manifester son engagement à consolider la paix et la sécurité en Afrique et dans le monde, dans un élan de solidarité internationale, le Burkina Faso contribue depuis plus d’une décennie aux opérations de paix.

Après la formation du premier bataillon burkinabè pour les opérations de soutien à la paix, j’ai effectué une mission auprès du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique et du département en charge des opérations de maintien de la paix de l’ONU, pour réunir les conditions pour son déploiement. Ce dossier connaitra un aboutissement très prochainement.

Mais comme vous le savez, une telle opération coûte énormément cher et dépend aussi de la communauté internationale. C’est pourquoi nous sommes en contact permanent avec nos partenaires pour obtenir les appuis nécessaires.

Quid du programme avions avec les Etats-Unis d’Amérique ?


Il s’agit d’un accord que nous avons conclu avec les Etats-Unis pour accueillir à la Base aérienne 511 de Ouagadougou un détachement aérien américain constitué de deux avions et du personnel d’exploitation.

Ce détachement aura pour mission d’assurer les évacuations sanitaires du personnel militaire américain et d’appuyer les opérations de lutte contre le terrorisme, déjà en cours dans certains pays voisins.


L’occupation de la Base aérienne 511 ne constitue-t-elle pas les prémisses de l’installation d’une base militaire américaine au Burkina ?

Une base militaire ne peut pas être constituée seulement de deux avions et quelques personnes. Le programme est bien défini. Il s’agit, comme je l’ai dit, de permettre d’apporter un soutien aux opérations sécuritaires menées dans les pays voisins.

 

En prenant les devants dans la lutte contre le terrorisme aux côtés des Américains, le Burkina ne court-il pas des risques de représailles de la part de Al Qaïda ?


Je dois rappeler que le Burkina Faso est partie prenante dans la lutte mondiale contre le terrorisme et nous avons signé plusieurs conventions dans ce sens. Donc, en permettant aux Etats-Unis ou à tout autre pays d’opérer à partir de notre territoire afin de renforcer l’efficacité dans la lutte contre ce fléau, nous apportons notre modeste contribution au combat de la communauté internationale.


Combien coûteront toutes ces opérations pour le Burkina ?


Comme contribution, notre pays accordera à ce détachement des facilités en matière de parking, de stockage et de bureaux ainsi qu’un soutien dans la maintenance du matériel.


Quel sera l’apport des Etats-Unis ?


Il faut situer la contribution américaine au niveau global de notre coopération politique, économique et militaire avec ce pays et notre admission à plusieurs programmes. L’expertise américaine en matière de lutte contre le terrorisme profitera à nos forces de défense et de sécurité, de même que les prestations de services de l’Armée de l’air au profit du détachement seront payantes, conformément à la réglementation en vigueur.

En quoi consiste le programme ERIES ?

 

Le programme ERIES couvre les Etats membres de la CEDEAO et concerne l’installation d’un système de communication sécurisé entre les responsables militaires de cet espace que sont les ministres de la Défense, les chefs d’Etat-major généraux, etc. L’installation de ce système est achevée. Elle avait été confiée à des experts américains qui ont séjourné au Burkina au mois d’avril 2007.

 

Aujourd’hui les troupes ont-elles retrouvé toute leur sérénité au Burkina ?

 

Au regard des dispositions prises pour résoudre les problèmes identifiés en fin d’année 2006, de la communication interne développée par le commandement et des mesures mises en œuvre pour l’administration d’une bonne gouvernance militaire, je puis affirmer que la sérénité est de retour dans les casernes. Nous sommes même allés au-delà des attentes en accordant une subvention de cent millions (100 000 000) de F CFA pour lancer la Mutuelle des Forces Armées Nationales. Il reste entendu qu’à tous les niveaux de la hiérarchie, la discipline continuera d’être rigoureusement appliquée tout en restant à l’écoute des hommes.


Propos recueillis par Morin YAMONGBE

Le Pays du 6 juillet 2007



06/07/2007
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