L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"J’ai hérité d’un FFS exsangue et vidé"

Nestor Bassière à Norbert Tiendrébéogo

"J’ai hérité d’un FFS exsangue et vidé"

Dans un entretien qu’il nous a accordé et que nous avons publié le 4 mars 2008, Norbert Tiendrébéogo expliquait les raisons pour lesquelles il n’était pas allé au congrès de fusion de l’Union des partis sankaristes (UPS) et pourquoi, selon lui, le Front des forces sociales (FFS) ne fait pas partie de l’UPS. Ces déclarations ont dicté la présente mise au point chez Nestor Bassière et que nous publions ci-dessous.

En m’adressant à l’opinion publique et à nos militants à travers la présente déclaration, je voudrais tout d’abord m’excuser. M’excuser du fait qu’une fois encore des événements viennent mettre négativement des sankaristes au-devant de la scène. M’excuser parce que cela n’honore pas la mémoire de l’illustre disparu et le mouvement sankariste en général.

M’excuser enfin parce qu’en choisissant de faire cette déclaration, je m’inscris dans une ligne que j’abhorre. Cependant, il est indispensable que je rétablisse la vérité après l’interview accordée par Norbert Tiendrébéogo au journal l’Observateur Paalga dans sa parution du mardi 4 mars 2008. Je promets qu’en ce qui me concerne, il n’y aura pas de batailles de ‘’chiffonniers’’ dans la presse autour de cette histoire, car cela va de la crédibilité de tout le mouvement sankariste.

I- De la gestion du FFS

1) De l’émiettement du FFS

J’ai toujours été aux côtés du camarade Norbert dans toutes les difficultés. Quand il a été arrêté pour la pseudo-tentative de putsch, la région des Hauts-Bassins, dont j’étais le coordonnateur FFS, a été la seule à publier spontanément une déclaration de soutien au camarade avant même que les instances du parti se réunissent pour donner des directives.

Quand il a fallu aller à l’élection présidentielle en rang serré pour soutenir un seul candidat au niveau du Groupe alternance 2005, j’ai encore été du côté du camarade Norbert en me désolidarisant du mouvement général. Certains camarades ont cependant abandonné la barque parce qu’ils ne pouvaient pas accepter que le FFS ne soutienne pas un sankariste qui semblait être le candidat le mieux placé de l’opposition.

Après cette élection présidentielle, de nombreux autres camarades ont rendu leur démission. Il y avait dans le groupe des démissionnaires deux vice-présidents et plusieurs autres membres du Secrétariat exécutif permanent (SEP). Je rappelle qu’entre-temps, le camarade Chériff Sy avait quitté les instances après les législatives de 2002 pour finalement se mettre dans la société civile sankariste. C’est dans de telles conditions que j’ai hérité du FFS, un parti exsangue et vidé de beaucoup de ses cadres.

2) De mon élection à la présidence du parti

Avant tout propos, il est nécessaire que les uns et les autres sachent que beaucoup d’amalgames sont faits au niveau de la presse par rapport à la création du FFS, amalgames d’ailleurs entretenus par le camarade Norbert Tiendrébéogo.

J’ai fait partie du CRAUS (Comité de réflexion et d’action pour l’unité des sankaristes) au même titre que Norbert et d’autres camarades tels Fidèle Kientéga, Chérif Sy. Quand ce mouvement de la jeunesse sankariste s’est mué en parti sankariste le 02 octobre 1996, donnant ainsi naissance au FFS, j’étais encore présent, ainsi que beaucoup d’autres camarades.

Le poste de président a échu à Fidèle Kientèga à la naissance du FFS. Ce n’est qu’au deuxième congrès du parti en 1997 que Norbert a hérité de la présidence du parti. Conformément aux statuts du parti, il ne pouvait plus prétendre à la présidence du FFS après deux mandats ; c’est ainsi que j’ai été élu à la présidence du parti au congrès de septembre 2007, à Bobo.

Cette alternance avait été d’ailleurs saluée par l’opinion publique, qui était loin de se douter que le camarade Norbert n’avait fait que partir pour mieux revenir prendre ‘’sa chose’’. Quand dans ses propos le camarade Norbert parle de ‘’son’’ parti qu’il ‘’a donné’’, il confirme ainsi toute la vision qu’il a d’un parti politique.

II- Du processus d’unification des sankaristes

1) De la création de l’Union des partis sankaristes à l’orée des législatives de 2007

Après mon élection à la tête du parti et face aux échecs répétés du FFS aux différents scrutins, j’ai fait différentes analyses qui m’ont amené à m’inscrire dans une certaine dynamique. Les sankaristes étant restés émiettés pendant longtemps, pour moi, il n’y avait plus de salut pour ce mouvement en dehors de l’union des forces.

C’est pourquoi, quand des partis, comme la CPS, ont initié la création de l’UPS, j’ai marqué sans hésiter mon accord. On a alors prévu avec les autres partis membres de faire d’abord la coalition pour aller aux élections législatives pour peaufiner l’unité après. Au sortir des législatives, l’UPS a obtenu deux députés, tous issus du FFS (que sont Norbert Tiendrébéogo et moi-même).

2) De la fusion des partis après les élections législatives

Forts de ces résultats qui viennent confirmer l’attachement des militants à l’unité des sankaristes, les partis membres de l’UPS ont décidé de parachever l’œuvre entreprise en transformant l’union en une unité organique à travers la création d’un seul parti le 13 janvier 2008. A l’approche de ladite date, alors que les préparatifs se faisaient dans la sérénité, le camarade Norbert m’a approché pour manifester son souhait de diriger l’UPS en gestation.

Je lui ai alors dit que je n’avais pas d’ambition personnelle par rapport à la présidence, donc a priori, il n’y avait pas de raison qu’il ne bénéficie pas de mon soutien. Mais, je lui ai suggéré de revoir son projet de bureau dans lequel les premiers responsables des autres partis n’occupaient que des postes de seconde zone et où le FFS se taillait la part du lion. Avec un bureau FFS bis, j’étais convaincu que les autres camarades n’auraient jamais consenti à aller à une telle union.

Entre-temps, une nouvelle donne est advenue. Des jeunes camarades de tous les quatre partis membres de l’UPS, appelés ‘’jeunes rénovateurs’’, se sont réunis à plusieurs reprises et m’ont fait part de leurs analyses : au vu du passif de tous les anciens leaders sankaristes et des rancœurs qu’ils se vouent les uns à l’endroit des autres, il serait difficile pour l’un d’entre eux de conduire le parti unifié sans que des problèmes de personnes ne surviennent pour mettre en péril l’unité, comme à l’accoutumée.

Aussi ont-ils estimé que je suis la personne à même de faire l’unanimité autour d’elle, surtout que le FFS avait ‘’réussi’’ à faire la passation entre la vieille garde et la nouvelle génération. Après réflexion, j’ai fini par accepter la proposition des jeunes rénovateurs de briguer la présidence du futur parti tout en posant une seule condition : que les anciens leaders et chefs des différents partis membres de l’UPS acceptent de ne pas se présenter.

Je ne voulais pas faire la concurrence avec mes aînés. Les rénovateurs ont accepté ma proposition et chacun d’entre eux a travaillé à convaincre son chef du bien-fondé de leur démarche. C’est ainsi qu’ils sont parvenus, en discutant avec les leaders que sont Bazié, Nongma Ernest et Joseph Ouédraogo, à les convaincre de cette option.

Entre-temps, quand le camarade Norbert a eu vent de cette nouvelle donne, et sentant les différents obstacles à sa candidature, il a entrepris des manœuvres qui mettaient en péril l’union, au point que nous nous sommes demandé s’il voulait vraiment de cette amitié. J’ai alors convoqué le Bureau politique national (BPN) du FFS. Devant cette instance, j’ai signifié ma volonté d’être candidat à la présidence de l’UPS.

J’ai exposé de long en large les raisons qui m’ont guidé dans ce choix. J’ai également exposé le risque qu’il y avait pour le FFS de perdre la présidence, au regard des tractations qui se menaient au sein de l’UPS. Le camarade Norbert a maintenu malgré tout sa candidature, consacrant du même coup la division du parti en deux camps. Norbert suggéra alors que nous allions au vote. Cette procédure était pour moi le signe manifeste d’une division inéluctable. En toute responsabilité, j’ai décidé de retirer ma candidature pour sauvegarder l’unité du parti.

Au sortir de nos consultations, le BPN a pris deux résolutions importantes :
- aller à l’unité sans condition ;
- soutenir la candidature de Norbert Tiendrébéogo pour la présidence de l’UPS. A quelques jours du congrès, j’ai multiplié les rencontres pour faire aboutir la candidature du camarade Norbert.

Je lui ai dit qu’il devait tout faire pour rencontrer les autres partis membres pour s’assurer de leur soutien parce que ce n’était pas gagné d’office, au regard de toutes les frustrations que ses déclarations et positions léonines avaient engendrées.

Le 24 février 2008, la coordination de l’UPS, dont le camarade Norbert est membre, décida de procéder à la mise en place du bureau qui sera présenté pour approbation ou rejet au congrès. Après avoir tenté vainement de trouver le consensus entre les deux candidats en course, la coordination décida alors de désigner le président par vote. Le camarade Norbert fut battu par Joseph Ouédraogo.

Sur place, il demanda à tous les camarades du FFS de ne pas prendre de postes. Je rappelle que j’étais à Dakar en mission lors des élections. De retour, j’ai convoqué une réunion du SEP du FFS pour analyser la situation. C’est alors que Norbert a souhaité, en accord avec certains de ses proches, qu’on se retire de l’union parce que lui, Norbert, a perdu la présidence.

J’ai une fois de plus essayé une dernière tentative pour sauver l’union. J’ai suggéré au SEP de repartir négocier avec les camarades pour occuper des postes au sein du nouveau bureau de l’UPS. Lors de ces négociations, nous avons obtenu des camarades tous les postes que nous souhaitions dans le bureau, sauf la présidence, que Joseph Ouédraogo a gagnée à la suite d’une élection.

J’ai alors convoqué une réunion du SEP, le lendemain, à 48h du congrès, pour rendre compte aux membres de celui-ci des fruits de nos négociations avec les autres camarades de l’UPS. Norbert et ses proches ont boycotté cette rencontre, comme cela avait commencé à être le cas depuis un certain temps à chaque fois qu’ils sentaient l’étau se resserrer autour d’eux. J’ai alors compris que l’objectif premier du camarade Norbert n’était sans doute pas l’unité.

Après la commémoration des 20 ans de l’assassinat de Thomas Sankara, j’ai vu l’engouement du peuple pour l’idéal et pour le mouvement sankariste. Il était donc hors de question pour moi de travailler à l’émiettement du sankarisme au risque d’être comptable de l’échec devant l’histoire. Alors, à l’unanimité de ceux qui étaient présents, nous avons décidé de mettre en œuvre la résolution du BPN, qui avait décidé d’aller à l’unité conformément à la recommandation faite lors du symposium international sur Thomas Sankara.

Notre avenir politique à tous aujourd’hui se trouve dans l’unité et nous assumons notre choix, avec tous les camarades du FFS qui nous accompagnent. Quand Norbert affirme qu’il n’y a qu’Alexandre Sankara et moi qui faisons partie du bureau de l’UPS, il est loin du compte.

En dehors du président que j’étais et du secrétaire général qu’était Sankara, sont aussi dans le bureau de l’UPS l’ex 4e vice-président, Justin Somé, l’ex-secrétaire national à l’organisation, Sawadogo Lassina, l’ex-secrétaire à l’animation, Bicaba Zoubiéssé. Ces anciens responsables du FFS occupent des postes au niveau de l’UPS au nom du FFS conformément à la résolution du BPN. Ainsi, qu’il plaise ou non au camarde Norbert, le FFS est bel et bien dissout et fait désormais partie intégrante de l’UPS.

Nestor Bassière

Député, ex-président du FFS,

2e vice-président de l’UPS

L'Observateur Paalga du 7 mars 2008



07/03/2008
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