L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"La communalisation a surpris plus d'un" (Abraham Soulama, maire de Niangoloko)

Abraham Soulama, maire de Niangoloko

"La communalisation a surpris plus d'un"

 

La cité de Santa, Niangoloko, se positionne aujourd’hui comme la deuxième commune urbaine de la province de la Comoé. Deux ans après la communalisation intégrale du territoire nationale, quel bilan peut-on en faire ? Comment ce parcours à mi-chemin est-il apprécié par les Niangolokolais ? Nous avons, à cet effet, eu un entretien avec le maire de cette commune, Abraham Dramane Soulama, et interrogé quelques habitants. L'entretien avec le maire s'est déroulé en présence de ses proches collaborateurs : le secrétaire général de la mairie, le président de la commission environnement et développement local Sadouba Héma, le président de la Commission économique et financière, Adama Héma, et Famaran Soulama, président de la commission affaires générale, sociale et culturelle.

 

"Le Pays" : Quelles sont les nouvelles limites de la commune de Niangoloko après la communalisation intégrale du territoire ?

 

Comme vous l’avez su dire, avec la communalisation intégrale du territoire, les limites de la commune s’étendent maintenant jusqu’aux limites du département. Avec cette nouvelle donne, Niangoloko qui ne comptait que neuf secteurs s’est vu rattacher les quinze villages du département, dont le plus reculé est le village de Folonzo, situé à environ 65 kilomètres de Niangoloko.

 

Quelles sont les implications de cet agrandissement de votre commune ? Arrivez-vous à l’administrer convenablement ?

 

Vous n'êtes pas sans savoir que tous les 15 villages ainsi que les 9 secteurs sont représentés dans le conseil municipal. C’est dire, en d’autres termes, que dans tous les villages, le conseil municipal est représenté. Donc nous arrivons à administrer puisque les conseillers sont sur place ; ils vivent au quotidien les problèmes des villageois et nous tiennent informés chaque fois que de besoin. Je dois dire qu’à ce niveau, il n’y a pas de problème.

 

Quelle est la configuration actuelle du conseil municipal de la commune de Niangoloko ?

 

Le conseil municipal de Niangoloko est multicolore, si je peux m’exprimer ainsi. A l’issue des élections municipales de 2006, deux partis ont obtenu l’aval des populations pour les représenter au sein du conseil. Il s’agit du CDP qui est majoritaire au sein de ce conseil, et du RDB qui est un parti de la mouvance présidentielle. A nos jours, il y a 30 conseillers pour le CDP et 17 pour le RDB qui a perdu un de ses conseillers.

 

Ce conseil fonctionne-t-il sans grabuge ? Quel est l’état des rapports entre les élus de ces deux formations politiques ?

 

Je dirais que nous tavaillons actuellement en parfaite harmonie. Et comme tout début est difficile, on a effectivement senti un peu de résistance durant les premiers moments de vie de ce conseil. On ne se comprenait pas trop, il y avait de petites querelles. Mais depuis un certain temps, les rapports sont au beau fixe. Nous collaborons parfaitement et les conseillers des deux formations politiques participent activement aux débats lors des sessions.

 

Quel bilan faites-vous des deux années que vous venez de passer à la tête de l’exécutif communal ?

 

La communalisation intégrale a surpris les gens malgré la sensibilisation qui a été menée à travers différents canaux. Ainsi, des villages se sont vu intégrer sans aucune préparation préalable. Pour tirer un bilan, je me pencherai sur les avantages sans oublier les difficultés. L’avantage est que les villages sont partie prenante désormais de la commune. Et si la volonté du gouvernement est d’engager tous les villages dans la communalisation, c’est que la question a été bien mûrie, d’abord avec l’expérience des 33 premières communes, puis des 49 communes. Cela est d’ailleurs prévu dans la Constitution, et à y voir de près, il y a des avantages certains. Vous voyez que depuis lors, plusieurs communes émergent. Maintenant, il faut reconnaître que pour un début, il y a des difficultés, et que rien n’est facile. Nous éprouvons par exemple des difficultés avec les conseillers qui sont loin du siège du conseil municipal. Dans notre cas, la prise en charge tourne autour de 2000 F CFA par jour. Si nous considérons le conseiller qui vient de Folonzo, il parcourt plus de 65 km ; ce qui lui coûte au moins 2 500 F CFA de carburant, sans oublier qu’il a d’autres besoins qu’il doit nécessairement satisfaire. Il faut également signaler que le recouvrement des taxes pose problème au niveau de certains contribuables. Heureusement, cet incivisme fiscal ne concerne pas une grande proportion de nos contribuables puisque les opérateurs économiques de la commune sont toujours associés aux prises de décisions et à la fixation des taxes.

 

A combien peut-on évaluer le nombre de délibérations à caractère financier ?

 

Pour les délibérations à caractère financier, il faut dire que chaque fois qu’il y a budget, il y a des délibérations qui l'accompagnent. En dehors de ces délibérations, le conseil a voté des taxes pour les panneaux publicitaires, l’occupation du domaine public et bien d’autres aspects. C’est pour dire qu’il m’est difficile de vous dire avec précision le nombre de délibérations à caractère financier du conseil municipal.

 

En terme de réalisations, quelles sont les plus importantes que l'on peut retenir ?

 

La chance de Niangoloko est que pour son conseil municipal, on peut dire que même si l’équipe a été renouvelée à environ 75%, il s’agit toujours d’une continuité. Ce qui fait que ce qui était prévu pour être réalisé au cours du mandat précédent et qui ne l’a pas été, a été réalisé au cours de ces deux dernières années. A ce propos, nous avons achevé avec le soutien du PRPC (NDLR : Programme de réduction de la pauvreté dans les communes) le CSPS du secteur 5 d'une valeur de plus de 100 millions, sans la clôture, qui vient d’être réalisée. Il y a la maternité du secteur 3 qui a coûté 60 millions de F CFA. Toujours avec le soutien du PRPC, nous avons terminé la deuxième phase du marché central et construit un abattoir. La commune de Niangoloko a, sur fonds propres, construit deux salles de classes au lycée municipal d’une valeur de plus de 17 millions de F CFA. Aujourd’hui, nous sommes en train de terminer l’installation des bureaux CVD (NDLR : Comités villageois de développement).

Pour terminer, je dirai que la communalisation intégrale est tout comme une compétition qui est lancée entre les différentes communes du pays. Chacun devant développer des initiatives pour être au rendez-vous des objectifs visés par cette volonté politique du gouvernement. Bien sûr, l’Etat nous accompagne, les partenaires également sont à nos côtés, mais je voudrais dire aux fils et aux filles de la commune, qu’ils soient résidents ou non, que le développement de Niangoloko leur revient en premier chef. Je lance là un appel à plus de cohésion.

 

Propos recueillis par Mamadou TRAORE

Le Pays du 28 avril 2008

 

ENCADRE

 

Le point de vue de Niangolokolais

 

Après notre entretien avec le maire Abraham Dramane Soulama, nous avons tendu notre micro à deux habitants de la cité. Ils donnent leur point de vue sur ce que le conseil municipal a pu faire au cours des deux années écoulées.

 

Jacques Soulama

"Le maire doit fournir encore beaucoup d'efforts"

 

La situation actuelle de Niangoloko, c’est comme le dit si bien l’adage populaire : ce ne sont pas des maux de ventre mais plutôt des maux d’yeux que tout le monde peut voir. Nous avons assisté avec enthousiasme à la réalisation et à l’achèvement de certaines infrastructures sociales ces deux dernières années. J’ai en tête la normalisation de certaines écoles, la construction de l’abattoir, de la maternité du secteur 3 et le CSPS du secteur 5. Mais pour ma part, le maire doit fournir encore beaucoup d’efforts. Il peut, par exemple, dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, s’investir auprès des associations, leur trouver des partenaires qui accepteront financer leurs activités.

 

Baba Frédéric Héma

"Le bilan du conseil municipal est fort appréciable"

 

Vous me posez là une question importante. Je ne me suis pas préparé pour vous répondre, mais sachez que le bilan des deux ans du conseil municipal est fort appréciable. Ils sont parvenus à une franche collaboration malgré un début difficile du mandat. La mairie que vous voyez n’avait pas de clôture, aujourd’hui c’est chose faite. Nous savons également que des infrastructures sanitaires sont construites et nous demandons au maire de tout mettre en œuvre afin qu’on nous trouve les compétences nécessaires à leur fonctionnement. Il faut aussi relever à l’intention des autorités communales que le problème d’eau, malgré les multiples promesses, reste entier à Niangoloko. Pour ma part, le conseil municipal doit prendre ce problème à bras-le-corps afin d’apaiser la souffrance des femmes de Niangoloko.

 

Propos recueillis par M. T.



28/04/2008
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