L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La goutte : Une "maladie-punition par excellence"

La goutte

Une "maladie-punition par excellence"

 

Le Dr Dieu-Donné Ouédraogo, rhumatologue au service de médecine interne du Pr Joseph  Drabo à l'hôpital universitaire Yalgado-Ouédraogo de Ouagadougou, nous revient dans Carnet de santé avec la goutte.

Une "maladie-punition par excellence" selon le spécialiste, qui s'en explique à travers cet entretien. Vous lirez à la suite un témoignage de Tahirou Koupouli du Lido Bar, qui souffre de cette maladie depuis 1981.

 

Qu'est-ce que la goutte ?

 

• La goutte est probablement la plus ancienne maladie dûment identifiée en rhumatologie, mais aussi dans toute la médecine. Hippocrate (460-377 avant Jésus-Christ) la décrit en précisant qu'elle ne frappe ni les eunuques, ni les femmes avant la cessation des règles, ni les jeunes garçons avant les premiers rapports sexuels.

C'est un rhumatisme lié à un dépôt dans les articulations sous forme de cristaux d'une substance appelée acide urique en excès dans le sang. Cependant, la goutte n'apparaît que si cet excès d'acide urique dans le sang évolue pendant de nombreuses années. Il est important de préciser que souvent, malgré l'excès, dans le sang, de l'acide urique, les manifestations articulaires sous forme de goutte peuvent ne jamais apparaître. Dans ce dernier cas, le malade n'a pas besoin de médicaments ; un régime alimentaire, que nous préciserons plus loin, est suffisant.

 

Pourquoi cette maladie ne touche pas certaines catégories de personnes notamment les femmes avant la cessation des règles, les jeunes garçons avant les premiers rapports sexuels, et les eunuques ?

 

• Il s'agit là d'une croyance des médecins de l'antiquité qui pensaient que la goutte était associée à la sexualité. Il n'en est rien. La goutte peut frapper les eunuques, les enfants et les femmes avant la ménopause.

A un moindre degré cependant dans les deux derniers cas ; chez l'enfant, il s'agit alors de goutte liée à un déficit très rare en certains enzymes ; la femme en est protégée avant la ménopause par une hormone appelée œstrogène ; elle peut cependant faire une goutte suite à certains traitement tels que les diacritiques ; après la ménopause, elle court autant de risques de faire la goutte qu'un homme.

 

Comment se manifeste la goutte ?

 

• La première description complète de la goutte remonte au 17e siècle, mais reste classique. Elle touche l'homme "bon vivant, bon mangeur", la femme surtout après la ménopause, rarement le jeune enfant. Il s'agit d'une douleur survenant la nuit et touchant le plus souvent une articulation du pied surtout le gros orteil. Au petit matin, la douleur s'estompe plus ou moins pour reprendre de plus belle la nuit suivante et ce, pendant une à deux semaines. Cette crise va se répéter une ou deux fois par an au début puis elle va être plus fréquente (une fois par mois ou tous les deux mois), annonçant les complications. Ces complications sont l'atteinte de plusieurs articulations, les calculs dans les reins, les tophi, qui sont des "boules" localisées aux coudes, aux mains, aux oreilles, aux genoux et aux pieds ; la dernière complication, et la plus grave, est l'insuffisance rénale. Il est important d'éviter le stade des complications, en consultant un médecin pour une prise en charge précoce et adéquate.

 

Existe-t-il des facteurs favorisant cette pathologie  ?

 

• Ces facteurs sont appelés des facteurs de risque, car ils favorisent une augmentation de l'acide urique dans le sang : ce sont l'alcoolisme (bières avec ou sans alcool, liqueurs, dolo...), les excès alimentaires (viandes rouges, abats, viandes de brousse...), l'obésité et la surcharge pondérale, l'hypertension artérielle et certains de ses traitements, l'insuffisance rénale chronique, le diabète, certains médicaments traitant la tuberculose. Dans certains cas, aucun facteur n'est trouvé ; on parle alors de goutte primitive ou idiopathique.

 

Comment peut-on éviter la goutte ?

 

• La goutte est surtout une "maladie-punition par excellence, punition de l'abus de vin, de bonne chair et d'autres plaisirs de la vie, qui torture de préférence ceux qui creusent leur tombe avec leurs dents". Une bonne hygiène de vie est donc indispensable par une réduction drastique de l'abus d'alcool, de viandes rouges, de gibier et d'abats, de même que de poissons de mer. De même une réduction du poids chez les personnes obèses ou en surcharge pondérale est importante.

 

A vous entendre, on a comme l'impression que la goutte se trouve dans les bars et les maquis.

 

"Tout excès nuit", dit-on. Il faut donc savoir éviter les abus, que ce soit dans les bars et maquis ou même à la maison. Une alimentation saine est d'abord une alimentation sans excès.

 

Peut-on traiter cette maladie ?

 

• Le traitement de la goutte a bénéficié, ces dernières années, de plusieurs nouveautés dont nous ne disposons malheureusement pas encore au Burkina Faso. Il commence par l'éducation du patient et les conseils alimentaires que nous avons précisés plus haut. La non-observance de cette mesure est à l'origine de complications et de gouttes rebelles à tous les traitements. Il faut également prendre en charge les facteurs de risque associés ; le traitement de l'hypertension artérielle doit être revu par le cardiologue en cas de traitement diurétique qui peut-être source d'un excès d'acide urique dans le sang ; la correction de l'obésité permet de réduire celle-ci dans le sang et d'agir sur les facteurs de risque cardio-vasculaire associés à la goutte tels que l'excès de cholestérol et de lipides dans le sang.

Le traitement de la crise douloureuse de goutte est basé sur les anti-inflammatoires et la colchicine, que les goutteux connaissent bien. Le traitement de l'excès d'acide urique, qui est indépendant de celui de la crise, ne fait appel aux médicaments que si le régime alimentaire précisé plus haut  est inefficace et dans les cas de gouttes compliquées. Les modalités de prescription de ces médicaments obéissent à des protocoles précis connus des professionnels de la santé. Une automédication peut  être dangereuse.

Adama Damiss Ouédraogo

L’Observateur Paalga du 3 juillet 2007

 

 

Encadré

 

Tahirou Koupouli et sa goutte

Un "parcours" saisissant qui donne à réfléchir

 

Il est connu comme un loup blanc par ceux-là qui fréquentent le Lido Bar, dont il est le propriétaire depuis 1976. Tahirou Koupouli, surnommé "Totalement", puisque c'est de lui qu'il s'agit, souffre officiellement de goutte depuis 26 ans. Son "parcours" avec cette maladie montre qu'il est un veinard.

"C'est en 1981, dit-il, que j'ai su que j'avais la goutte. Bien avant, je souffrais de rhumatismes passagers, surtout au moment du froid, et auxquels j'accordais peu d'importance".

Ce sont les habitudes alimentaires de M. Koupouli qui lui ont causé ses ennuis sanitaires. "Chaque jour que Dieu fait, je mangeais la viande de porc accompagné de bière.

Au rond-point de la Patte-d'oie, il y avait un bar (NDLR Chez Bandaogo) où l'on trouvait de la bonne chair de porc.

Un soir, des amis et moi y avons pris pour 2 000 F , ce qui était trop à l'époque. Les autres ont, entre-temps, démissionné me laissant seul. Le lendemain très tôt au réveil, j'avais mal à l'orteil et j'ai pensé qu'on m'avait jeté un sort. Ce jour-là, j'étais obligé d'aller au service, à l'hôtel Indépendance, en tapettes. Après une consultation chez l'infirmier, j'ai obtenu des calmants. J'ai repris encore mes habitudes, à savoir manger la viande en quantité et mon mal est revenu en force au niveau des articulations. Je ne pouvais plus marcher. A l'hôpital, les examens ont révélé la goutte. C'était en 1981".

Depuis  "Totalement" suit des traitements, mais dès qu'il sentait un léger mieux, il replongeait dans sa bière et son porc. Des traitements chez les tradipraticiens, il en fait. Sans remettre en cause leur compétence, Tahirou Koupouli a gardé un mauvais souvenir de la médecine traditionnelle. "Un jour, dit-il, mon père m'a invité au village pour voir un guérisseur. Là-bas, la maladie s'est généralisée à tous les quatre membres. Une  fois, un autre  guérisseur m'a signifié que ce sont des gens qui m'en voulaient. Il a utilisé un vieux couteau pour inciser mon pied qui était enflé et c'est parti pour une hémorragie. Il a fallu revenir à l'hôpital pour subir un traitement choc. Et depuis, je suis suivi, et tout allait bien avec cependant des moments de crise. Un jour, j'ai lu dans un journal un article concernant le Dr Dieu-Donné Ouédraogo. J'ai cherché à le rencontrer, et finalement, il m'a reçu le 7 mai 2007. Il m'a fait faire une radiographie et des examens de sang ;  il en est ressorti que j'avais beaucoup d'acide urique et même un calcul rénal, c'est-à-dire que je risquais  de finir par avoir l'insuffisance rénale.

Aujourd'hui, je me sens mieux avec le traitement que je suis. Je marche correctement, et mes enflures au niveau des mains disparaissent. Je remercie tous les infirmiers et médecins qui m'ont traité. Je lance également un appel à mes "collègues" qui souffrent de la goutte à me contacter pour la mise en place d'une association à l'instar de celle des diabétiques, qui ne sont pas plus nombreux que nous. Enfin, je conseille aux gens de suivre les conseils des agents de santé et de faire souvent les visites médicales, qui permettent de prévenir de nombreuses maladies".



03/07/2007
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