L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La Léraba se "sahélise" !

Environnement

La Léraba se "sahélise" !


Une autorisation d'abattage d'arbres délivrée par les services de l'Environnement de la Léraba est à l'origine de l'indignation de l'Association agro-sylvo-pastorale de la Léraba qui, dans ces lignes, nous interpelle sur la "sahélisation" de la province.

 

La Léraba, située à l'Ouest de la province de la Comoé, à 50 km de Banfora la capitale régionale, est partie intégrante de la Région des Cascades. Elle a pour capitale Sindou, la douce et charmante cité des Pics. Au plan géographique, la Léraba représente l'une des plus petites entités territoriales de notre pays, mais aussi et actuellement, l'une des zones les plus verdoyantes, les plus arrosées (1 300 à 1 400 mm de pluies par an), l'un des greniers céréaliers du Burkina Faso.

Mais hélas, sous les effets conjugués et néfastes de la coupe abusive du bois, du défrichage, des méthodes culturales archaïques, des feux de brousse, on assiste, impuissant, désespérément à la disparition des galeries forestières, à la dégradation du couvert végétal et des sols, en d'autres termes à une véritable "sahélisation" de la Léraba ! Pour mettre rapidement un terme à tous ces agissements nuisibles à la végétation et aux sols, l'éducation, la formation des acteurs, les conseils doublés de coercition pour les réfractaires, sont indispensables et nécessaires. De même s'impose l'accroissement du nombre des agents chargés de la gestion de l'environnement. Mais là où le bât blesse, et c'est la goutte d'eau qui fit déborder le vase, le 19 novembre 2007, une autorisation de coupe de bois, pour abattage d'arbres en vue de la confection de chevrons et de planches, est accordée à messieurs Alassane Soura et Amara Koné par la direction provinciale de l'Environnement de Sindou. Elle est valable du 21 novembre 2007 au 21 décembre 2007, soit un mois. Munis d'une scie motrice, les deux jeunes s'attaquèrent d'abord à la forêt de caïlcédrats plantée et entretenue depuis les années 1940 par les populations de Sindou. Ci-joint le quittancier collecteur ambulant n°1129568, délivré par le service de l'Environnement de Sindou.

Alertées par les grincements du moteur, les populations informèrent la mairie et le maire à son tour saisit la direction de l'Environnement. Prise de panique, celle-ci feint de n'en savoir rien.

A certaines autorités elle affirme qu'il s'agit de la coupe de bois mort ! Pourtant des caïlcédrats vivants sont abattus, découpés, sciés pour en faire des chevrons et des planches ! Par ailleurs il nous paraît opportun de signaler que la forêt de caïlcédrats occupe une des zones sacrées des pics. De toutes façons, l'Environnement fut obligé d'arrêter la destruction de la forêt.

Alors, pour se donner bonne conscience, la direction de l'Environnement, le 23 novembre 2007, infligea aux deux jeunes gens une amende de 20 000 F CFA. Confère quittancier collecteur ambulant n°1129571 dont photocopie ci-jointe. Ce quittancier porte la mention "Amende pour l'exploitation illégale de troncs d'arbres" ! Quand même, c'est trop gros : d'un côté, les jeunes paient 10 000 F CFA et sont autorisés à abattre les arbres pour confection de chevrons et planches, et de l'autre une amende de 20 000 F CFA pour "l'exploitation illégale de troncs d'arbres". Frappante et intolérable contradiction. Mais du reste, ceci explique cela. L'exploitation n'est donc pas "illégale", elle est et demeure légale, n'en déplaise à la direction de l'Environnement. Les deux jeunes, Alassane Soura et Amara Koné doivent réclamer la restitution de leur argent, 10 000 F CFA + 20 000 F CFA = 30 000 F CFA.

Par ailleurs, l'autorisation étant valable pour un mois (du 21 novembre 2007 au 21 décembre 2007), après l'abattage des grands caïlcédrats de Sindou, les deux jeunes se dirigeraient de toute évidence vers d'autres plantations de caïlcédrats dans d'autres villages de la Léraba (tous les vieux sites de la province possèdent leurs plantations de caïlcédrats ou de tecks).

 

Vers une disparition complète des grands arbres

 

L'autorisation ne mentionne en effet aucune zone. Ainsi, certains responsables municipaux nous ont affirmé que des coupeurs de bois interpellés dans leur région, disent qu'ils ont une autorisation. A cette allure, à brève échéance, on assistera à la disparition complète des grands arbres et des forêts-galeries de la Léraba. Il n'y subsistera que des arbustes nains et des herbes, engendrant la diminution de la pluviométrie, la dégradation des sols, l'assèchement des cours d'eau, etc.

C'est pourquoi, mesuré à sa juste valeur, l'acte posé le 19 novembre 2007 par l'Environnement est d'une gravité incommensurable.

Les populations et les coutumiers frustrés ainsi que les écologistes expriment leur grande émotion et leur indignation.

Dorénavant, puisque le service de l'Environnement qui est censé protéger l'environnement, lance les scieurs ambulants à l'assaut de l'environnement, la porte est officiellement ouverte au déboisement et à la désertification à brève échéance de la Léraba !

Alors, incessamment, le rappel à l'ordre des gestionnaires actuels de ce grand service s'avère indispensable.

 

Sindou, le 8 février 2008

Pour l'Association agro-sylvo-pastorale de la Léraba :

Kalifou Traoré, professeur en retraite,

Chevalier de l'Ordre national,

Chevalier de la Médaille des Palmes académiques

Président

Le Pays du 27 février 2008



26/02/2008
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