L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La main qui a claqué la porte est-elle vraiment celle de Tagro ?

Crise ivoirienne

La main qui a claqué la porte est-elle

vraiment celle de Tagro ?

 

L'affaire se susurrait depuis quelques jours dans la cité: les protagonistes de la crise ivoirienne entament un autre round de négociations à Ouaga.

Surprise. Depuis le dimanche 4 mars 2007, date historique de la signature de l'Accord de Ouagadougou, la presse (nationale comme internationale) avait été, de tout temps, intimement associée à ces négociations. En tout cas, chaque fois que les représentants du camp présidentiel et ceux de l'ex-rébellion se retrouvaient dans la  capitale burkinabè pour donner de l'allant au processus de paix dans leur pays, la presse était conviée. Et c'est peu dire que d'affirmer que la surprise a été totale, lorsqu'une source de l'AFP nous a appris que Guillaume Soro et Blaise Compaoré se sont rencontrés dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 novembre pour parler de "l'accélération du processus de paix en Côte d'Ivoire".

Pendant ce temps, les représentants du président Gbagbo et ceux des Forces nouvelles étaient, eux aussi, en concertation dans le cadre du Comité d'évaluation et d'accompagnement (CEA) pour parler d'un accord complémentaire assorti d'un nouveau calendrier pour la normalisation de la situation en Côte d'Ivoire;

Bizarre tout de même !

Pourquoi la Présidence du Faso, d'habitude si prompte à battre le rappel des hommes de médias pour la couverture de ses rounds de négociations, est restée cette fois bien muette ?

Bien malin qui saura le dire.

Il a fallu que les choses pourrissent avec l'enlisement des discussions sur quelques points pour que l'opinion sache qu'effectivement les protagonistes de la crise ivoirienne étaient en conclave à Ouaga depuis le dimanche 18 novembre dernier.

Les négociations sont bloquées parce que les belligérants n'arrivent pas à s'entendre sur plusieurs points, dont le domaine de compétence de l'opérateur technique SAGEM, retenu pour la sécurisation de l'opération d'identification.

Selon des sources dignes de foi, les divergences étaient si profondes et les échanges entre les deux délégations si houleux, frôlant parfois l'invective, que le facilitateur, Blaise Compaoré, s'est cru obligé de modifier le mode opératoire de ces négociations.

A l'origine du blocage, qui fait monter d'un cran la fièvre à Ouaga, Désiré Tagro, le ministre de l'Intérieur et chef de la délégation présidentielle ivoirienne.

Magistrat de formation, ancien ministre de la Justice, ancien porte-parole de Laurent Gbagbo, dont il passe pour être l'un des plus proches collaborateurs et la grande gueule devant l'Eternel, Désiré Tagro tenait mordicus à replacer l'Institut national de la statistique (INS) au cœur du processus d'identification et de confection des documents électoraux au détriment de la société SAGEM, pressentie depuis par les deux parties ivoiriennes.

Pour le ministre ivoirien de l'Intérieur, l'INS devrait jouer le rôle moteur, c'est-à-dire faire la collecte des données et préparer le nouveau fichier électoral, SAGEM devenant tout de go un simple assistant technique qui livre du matériel et met son expertise à la disposition de la nationale de la statistique ivoirienne.

Et pourtant, on se souvient que le vendredi 9 novembre dernier, le ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la Coopération régionale,  Djibril Bassolé, annonçait publiquement qu'au terme de la procédure de désignation de l'opérateur technique chargé de l'identification, c'est la société française SAGEM qui a été retenue à l'unanimité.

En effet, cet opérateur, connu sur le plan international, avait emporté les suffrages de toutes les parties ivoiriennes siégeant au groupe de travail sur l'identification de la population, organe mis en place par le Premier ministre, Guillaume Soro.

SAGEM  a en fait été choisi parce qu'il répondait parfaitement aux exigences du cahier de charges. C'est connu, le groupe SAGEM a une expertise et une expérience avérées en la matière. Il a récemment fait ses preuves au Nigeria, au Congo et à Madagascar.

C'est pour tout cela qu'il a été convenu de lui faire jouer le rôle central dans la collecte des données et la préparation du nouveau fichier électoral. Ce, d'autant plus que SAGEM  est pour tous un acteur neutre, qui n'est à la solde d'aucune chapelle politique, bref, un simple technicien. Cela, évidemment, est loin d'être le cas de l'INS, dont le patron, Mathieu Meleu, et ses principaux collaborateurs sont des militants ou des sympathisants du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo.

Dès lors, on comprend parfaitement  la volonté qu'a affichée Désiré Tagro de voir l'INS jouer les premiers rôles dans ce processus au détriment de la consensuelle SAGEM. Juriste bon teint et bien au fait des quelques petits arrangements qui peuvent faire gagner une élection, Tagro se bat bec et ongles pour donner une petite longueur d'avance à son gourou de président, Laurent Gbagbo.

Et ses interlocuteurs, conduits par Dakoury Tablet, qui sont loin d'être des poussins d'hivernage, ne tiennent aucunement à se laisser doubler. Tout autant que Tagro, ils savent qu'en matière électorale, on peut avoir une bonne longueur d'avance sur ses concurrents pour peu qu'en amont, on ait "bien balisé" le terrain.

Pour Tagro, l'INS bénéficie d'une expertise avérée et d'une certaine connaissance du terrain pour avoir fait ce travail depuis des années. Mais pour les Forces Nouvelles, les responsables de l'INS sont politiquement marqués et on ne saurait aucunement leur faire confiance.

Au cours de ces échanges verbaux qui prenaient parfois des allures d'empoignades, et après s'être vu acculé dans ses derniers retranchements par le camp adverse, Désiré Tagro a préféré claquer la porte et prendre son avion pour Abidjan.

Que ce soit au niveau du facilitateur ou de celui des Forces Nouvelles, on s'explique difficilement l'attitude de Tagro et surtout ses prises de  positions, maximalistes.

En fait-il seulement à sa tête ou est-il soutenu en sous-main par Laurent Gbagbo pour mieux torpiller le processus ?

Difficile d'y répondre pour le moment, même si depuis toujours, le chef de l'administration ivoirienne passe pour un mouton difficile à tondre. L'homme est devenu si incontrôlable qu'il cause des soucis à Guillaume Soro.

Même dans son propre camp, quelques dignitaires du régime n'apprécieraient pas les initiatives en solitaire de l'ex-porte-parole  de Gbagbo.

On se souvient d'ailleurs qu'avant de claquer bruyamment la porte la semaine dernière à Ouaga, Désiré Tagro s'était déjà fait tirer l'oreille avant  d'accepter, le vendredi 19 octobre dernier dans la capitale burkinabè, que la sécurisation des opérations conduisant à la sortie de crise soit confiée au Centre de commandement intégré (CCI).

Qui pis est, il apparaît que le premier Ivoirien n'est plus prêt à accepter une répartition paritaire au sein du Centre de commandement intégré et reste fidèle à son classique schéma, "désarmement contre redéploiement des agents de l'Etat". Si dans la forme, le ministre de l'Intérieur, en tant que représentant du camp présidentiel au dialogue direct, est en droit de faire des suggestions et propositions pour réajuster ou améliorer les acquis, il se pose sans aucun doute, comme l'a fait remarquer un observateur avisé, un problème de fond quant au respect de la parole donnée.

Ce qui n'est pas le fort de Désiré Tagro. Mais à vouloir toujours revenir sur ce qui est considéré comme acquis, il risque de jeter un grain de sable dans la machine du processus de paix.

Et c'est certainement cet écart de conduite de Désiré Tagro qui fait courir les ministres ivoiriens Ahmadou Koné et Charles Koffi Diby auprès de Blaise Compaoré , pour présenter leurs excuses.

L'incartade du représentant de Laurent Gbagbo avait de quoi mettre le facilitateur et les Forces Nouvelles hors d'eux-mêmes.

Mais en dépit de tout cela, le processus  de paix est enclenché et doit se poursuivre, car il y va de la survie de la Côte d'Ivoire.

 

La rédaction

L’Observateur Paalga du 26 novembre 2007



26/11/2007
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