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La philanthropie de Bill Gates peut-elle sauver les pauvres ?

Développement

La philanthropie de Bill Gates peut-elle sauver les pauvres ?

William Easterly est Professeur d’économie à l’Université de New York. Il prend le contre-pied d'un développement boosté par la philanthropie dans cette analyse. Pour lui, seule la libre entreprise basée sur le profit peut générer le développement.


Le Wall Street Journal a récemment rapporté que Bill Gates déteste mes idées. M. Gates s’est allié avec la bureaucratie de l’aide au développement. Or, cette bureaucratie est notoirement sensible aux critiques de gens comme moi, qui ne trouvent aucune preuve confirmant que les grands projets de « l’industrie » de l’aide au développement aient sorti un quelconque pays de la pauvreté.

M. Gates semble croire que la solution au problème du développement est de persuader les entrepreneurs de répondre aux besoins des pauvres en promouvant la philanthropie d’entreprise. Cette dernière est fondée sur une motivation liée à la reconnaissance. Historiquement, on remarque malheureusement que cet argument n’est pas valable. D’abord, la motivation fondée sur la reconnaissance a démontré qu’elle pesait très peu en comparaison avec la motivation du profit. Sinon, il y aurait beaucoup plus que les 5,1 milliards de dollars donnés chaque année par la philanthropie d’entreprise américaine au Tiers Monde (chiffres de 2005). Ce chiffre représente en effet seulement 0.0004 % des 12400 milliards de dollars de la production américaine sur le marché. Le fait que l’entreprise GAP donne quelques centimes par T-shirt vendu à la lutte contre le Sida en Afrique est-il vraiment le seul espoir des pauvres ?

Par contraste, la recherche du profit dans le système de libre entreprise a considérablement amélioré le sort des travailleurs pauvres. En effet, les entrepreneurs investissent, ce qui permet d’accroître la production et donc les profits. Ils cherchent les progrès technologiques qui permettent de produire plus. Grâce à l’aide de machines plus performantes, les travailleurs génèrent plus de richesses. Avec un marché du travail concurrentiel, la demande des entreprises en travailleurs plus productifs s’accroît, élevant ainsi leurs salaires. La croissance régulière des salaires tire ainsi de la pauvreté les travailleurs non qualifiés.

Le nombre de gens incapables d’acheter de la nourriture pour leurs enfants est bien plus faible que ce qu’il a été par le passé– grâce au système de libre entreprise. Ce dernier n’a pas créé la malnutrition, il l’a réduite. La mondialisation depuis les années 1950 jusqu’à aujourd’hui a accru le revenu annuel moyen mondial de 2000 dollars à l’époque à 7000 dollars aujourd’hui. Contrairement à une légende populaire, les pays plus pauvres ayant choisi au départ la libre entreprise, ont alors connu des taux de croissance similaires à ceux des riches. Cette croissance a donné la plus impressionnante sortie de la pauvreté de l’histoire de l’humanité.

Les régions du monde qui sont toujours pauvres souffrent d’un manque de liberté d’entreprise. L’investissement direct étranger en Afrique, bien qu’en hausse, ne représente que 1% des flux mondiaux aujourd’hui. La raison en est que l’environnement de l’investissement privé en Afrique est toujours hostile. Même s’il existe en Afrique des "success stories" de pays et d’entreprises, cela est loin d’être suffisant.

M. Gates a aussi annoncé que sa fondation a entamé un « partenariat qui donne aux paysans africains un accès au marché du café de première qualité, avec l’objectif de doubler leurs revenus grâce à leurs cultures ». Cela suffit sans doute pour aider quelques paysans producteurs de café rwandais et kényans, mais cela ne permettra pas d’initier la dynamique de développement fondée sur la libre entreprise. Les obstacles majeurs aux exportations dans les pays pauvres sont intérieurs : corruption ou conflits politiques. Ce n’est pas parce que les pays riches n’achètent pas assez de café de première qualité.

En outre, comment les philanthropes choisissent-ils le produit qui va devenir le moteur de croissance d’un pays ? Les recherches concluent pour la plupart que la stratégie de « sélection de projets gagnants » à travers la politique industrielle de l’Etat s’est avérée être un échec. Les projets « gagnants » sont trop imprévisibles pour être découverts par des bureaucrates, et encore moins par des philanthropes extérieurs. Pourquoi l’Egypte s’est-elle accaparé 94% des importations italiennes en céramiques de salle de bain ? Pourquoi l’Inde, une économie avec très peu de travail qualifié, est-elle devenue un géant en technologies de l’information et en délocalisations de services qui requièrent du travail qualifié ? Pourquoi le Kenya a-t-il gagné 39% des parts du marché européen de la fleur coupée ? Pourquoi le petit Lesotho est-il devenu un exportateur majeur de textiles vers les Etats-Unis ? Pourquoi les Philippines se sont emparé de 72% du marché mondial des circuits intégrés ? Parce que des entrepreneurs motivés par le profit ont cherché le succès, et ce, sans planification publique.

Bien sûr, il faut laisser ceux que la libre entreprise a enrichi essayer de faire le bien pour ceux qui sont encore pauvres, comme a admirablement choisi de le faire M. Gates. Mais ce mélange « New-Age » d’entreprise, de philanthropie et de besoin de reconnaissance ne mettra certainement pas fin à la pauvreté. L’histoire a montré que le système de libre entreprise motivé par le profit est le meilleur espoir pour les pauvres.

William Easterly

Le Pays du 4 avril 2008



04/04/2008
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