L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"Rond est le ballon"

 

Point de vue

"Rond est le ballon"

 

L'élimination des Etalons à la CAN 2008 continue de défrayer la chronique.

Dans l'écrit qui suit, Armand Louis Ouali pense que pour repartir du bon pied afin de bien pousser le ballon au fond du filet adverse, il nous faut faire une autocritique sincère.

Une "nouvelle" Fédération, oui, mais son échec serait programmé si sa feuille de route...

 

Ce titre est une paraphrase de l'écrivain Sud-Africain Peter Abrahams, dont une des œuvres magistrales est intitulée "Rouge est le sang des Noirs".

L'élimination des Etalons, à présent sûre, et qui était prévisible, amène de nombreuses interrogations. Très sérieusement se pose de nouveau la lancinante problématique suivante : "négritude" et science, "négritude" et organisation, "négritude" et anticipation, "négritude" et prospective, etc. Bref, pouvait-on éviter l'élimination de l'équipe nationale de football ?

L'objet de la présente contribution à la réflexion n'est pas de polémiquer ni de défendre qui que ce soit. De brillants avocats burkinabè font bien leur travail.  L'objet n'est pas de gêner qui que ce soit, surtout après le "drame national" du samedi 16 juin 2007.

J'évite, autant que faire se peut, de jouer au médecin après la mort. Et effectivement à une question sur l'éventuelle qualification des Etalons à une phase finale de Coupe du monde, j'ai répondu, sans hésiter : "Bien sûr que cela est possible. Mais encore faut-il... Tirons toutes les leçons pour mieux avancer"  (Sidwaya n°5640 du mardi 4 juillet 2006). Près d'une année déjà donc.

Je contribue à la réflexion parce que beaucoup d'argent (trop d'argent !) est injecté dans le football au détriment,   entre autres, de la boxe, du cyclisme, de la pétanque, du judo, etc.  Le Burkina Faso étant pauvre, il faut savoir raison garder  en toute chose.

Pour rebondir, pour repartir du bon pied afin de bien pousser  le ballon jusqu'au fond du filet adverse, il nous faut faire une autocritique sincère. Nous, c'est la totalité de la chaîne des  acteurs. C'est la seule condition pour espérer voir le bout du tunnel.

Premièrement, nous sommes tous coupables ; nous, c'est-à-dire le peuple, et plus précisément les fans et mordus du football, du beau football. Oui, nous sommes tous responsables parce que devant le drame qui se profilait (les gens étaient clairvoyants) avec, entre autres, l'ambiance exécrable qui a prévalu autour des Etalons footballeurs seniors, certains d'entre nous se sont tus. Pour d'autres, leur alerte n'a peut-être pas été suffisante et/ou n'a pas été entendue. Mais les Allemands disent, fort justement, que "mieux vaut tard que jamais" (besser spatalsnie) et d'ailleurs, rien n'est tard dans le cas présent ; nous devons, impérativement, procéder à une introspection collective, pas à un exorsisme collectif. A l'issue d'un tel exercice, tout redevient possible.

Deuxièmement, les premiers responsables du département des Sports et des Loisirs, donc du football, sont évidemment interpellés.

Leur langage direct, populaire même, peut choquer. Mais peut-être faut-il y voir, d'abord et surtout la preuve de leur franchise.

La langue de bois a causé de grands dommages à notre sport national. Pour ma part, je voudrais en retenir un signe de patriotisme, car les "vertes vérités" dites, au risque de se tromper, peuvent nous aider à sortir de l'ornière et des "illusions" consécutives à l'organisation de la CAN de 1998. Evidemment, le devoir de vérité va de pair avec celui de reconnaître publiquement ses erreurs et donc de présenter, en conséquence, ses excuses aux personnes morales et physiques que l'on aurait offensées.

Troisièmement, il est évident que la Fédération burkinabè de football a une responsabilité particulière. Elle est composée d'hommes et de femmes convaincus que le ballon est rond pour tout le monde, y compris  la jeunesse du Faso. La Fédé  a fait  des efforts réels, mais les résultats n'ont pas été au rendez-vous. Et comme il s'agit d'hommes et de femmes d'honneur, ils doivent tirer la conclusion qui s'impose et qui n'est autre que... la démission.

La Fédération doit assumer toutes les responsabilités, y compris celles relevant des autres (l'encadrement technique dont elle est l'employeur, les instances dirigeantes africaines et mondiales du football qui sont ses partenaires, etc.). L'onde de choc positif doit commencer par là, mais elle doit être profonde si nous voulons, véritablement, assurer le renouveau de notre football.

Après ces observations, que faire ?

Rien de sorcier. Les causes sont connues, les solutions aussi, tant par les techniciens du football que par les autres, et la presse s'en est faite l'écho très largement.

Il faut s'assurer que les solutions seront appliquées rigoureusement :

1. Une "nouvelle" fédération, oui, mais son échec serait programmé si sa feuille de route n'est pas clairement élaborée avec un mécanisme de suivi et d'évaluation pour s'assurer de l'évolution normale des choses.

2. Joueurs professionnels et /ou locaux ? La question est importante et mérite donc toute l'attention, mais encore une fois, le ballon est rond pour tout le monde. Le football est un sport collectif. Aucun génie n'est à même  de gagner seul. La "dream team" du Roi Pelé de la grande époque n'a pas gagné tous les matches joués. Pour gagner, il faut une  grande qualité  de vie personnelle et sportive, doublée d'une vision patriotique qui exclut les petits calculs, la triche sous toutes ses formes... Oui, il faut des surdoués avec un leadership incontestable sur la pelouse.

3. Sur le banc, entraîneur national et/ou africain ou entraîneur expatrié européen ou, en tous cas, non africain ? Très humblement, la réalité vécue en Haute-Volta et au Burkina Faso incline à penser, et aussi eu égard aux ressources limitées du pays, que la solution à moyen et long terme passe par le choix d'un entraîneur national ou africain. L'homme (ou la femme) doit avoir une bonne connaissance de la science footballistique.  Il (ou elle) doit très bien connaître le football national, de ses origines à nos jours. Elle (ou Il) doit être une patriote vraie, capable d'inculquer son patriotisme aux jeunes gens qu'elle (ou qu'il) encadrera. Elle (ou Il) devra s'engager à faire un travail pour changer radicalement les choses sur les  moyen et long terme. Et sur les moyen et long et même le court terme, les nationaux et ou Africains peuvent faire la même qualité  de travail, et même plus, que les toubabs et...  moins cher, n'est-ce pas ? Donnons une chance à cette option, et je suis convaincu que dans une demi-dizaine d'années, le Faso appartiendra, pour longtemps, à l'élite du football africain.

Jeunes gens burkinabè, à vos crampons !

Public burkinabè et candidats aux fonctions d'encadrement, à vos instruments  de musique et à vos calepins et tableaux !

Football is a game and a business.

"Rond est l e ballon... pour tout le monde".

 

Armand Louis Ouali

L’Observateur Paalga du 25 juin 2007



25/06/2007
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