L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré : Le duel des enfants terribles

Les élucubrations de Toégui

 

Le dernier pied de nez  de Laurent Gbagbo à Blaise Compaoré

(Le duel des enfants terribles)

 

Quelque huit mois après la signature de l'accord de Ouagadougou entre protagonistes de la crise ivoirienne, Toegui desserre enfin les dents. Analyse du duel des présidents ivoirien et burkinabè qui viennent de réussir l'exploit de fumer le calumet de la paix. Et avec tout l'humour qu'on lui connaît.

 

“Toégui ! Toujours Toégui ! Encore et encore ! Gnontoro ya bon!  J’avais décidé de ne rien dire. Puisqu’ils font tout sans moi, alors je reste dans mon coin. Et je n’aurais vraiment rien dit s’il n’y avait pas eu ce décret émanant du saint des saints, portant les 3 signatures les plus prestigieuses du Faso. Ce décret nommant un Ambassadeur, Représentant Spécial du Président du Faso, FACILITATEUR du dialogue Direct Inter-Ivoirien. Non, je ne peux plus me taire, trop c’est trop. Il faut enfin que je dénonce avec la dernière énergie ce pied de nez qu’un Enfant Terrible venu d’ailleurs est venu faire à notre Enfant Terrible - maison. Je vous l’avais dit, cette manie de ne point associer Toégui aux évènements va coûter cher un jour à la République.

Il n’y a que moi pour débusquer les traquenards. D’abord ce doublon de deux Ministres assis sur l’unique siège de la Communication. Et maintenant ce décret de la plus haute importance rédigé en langage “NOUCHI” de Yopougon. Un coup fourré perpétré par un boulanger – pâtissier dont nous connaissions pourtant la réputation d’enfarineur.

Débarqué à Ouagadougou - Tamsin dans le cadre de l’Accord Politique Inter-Ivoirien, lorsqu’il dévalait allègrement les marches de son avion de commandement, j’étais bien le seul à avoir décelé des traces de farine sur sa veste et sur ses mains. Mon petit doigt me dit alors que Laurent Koudou GBAGBO, Chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, par ailleurs Enfant Terrible de Mama et boulanger-pâtissier reconnu, ne pouvait visiter les hommes du Pays Intègre sans se livrer à son sport favori : l’enfarinade. Mon petit doigt m’avait encore dit que malgré ses éclats de rire et ses tapes amicales à l’épaule, Laurent GBAGBO, Enfant Terrible de longue date, ne supporte pas, mais pas du tout alors qu’il y ait un autre Enfant Terrible sous d’autres cieux. Et il va le faire savoir. Les gens de Kosyam ignorent tout cela. C’est pourquoi ils n’ont point cherché à fouiller dans les bagages du Président Ivoirien. Ils auraient découvert ce sachet noir contenant de la farine et enfoui dans un sac à double fond.

En l’absence de Toégui, Laurent GBAGBO eut donc les coudées franches pour “faroter” impunément à Ouaga 2000. Des l’entame des discussions, il prit sa plus belle voix et s’adressa à l’assemblée : «…je déclare Blaise COMPAORE, FACILITATEUR  du dialogue Inter –Ivoirien …» un journaliste demanda alors d’un air suspect : «Monsieur le Président, FACITATEUR, voulez certainement dire Médiateur ?» Réponse de Laurent GBAGBO : « Non, pas d’amalgame… j’ai bien dit FACILITATEUR et non Médiateur. Il faut que ce soit clair pour tous. Blaise COMPAORE  est mon ami personnel / je suis l’ami personnel de Blaise COMPAORE. Médiateur, arbitre, …modérateur…ça c’est pour les Touaregs et les Togolais. En  ce qui nous concerne, Blaise COMPAORE est FACILITATEUR. J’ai dit.»

 

Un titre de gloire

dans l'escarcelle

 

Et les gens de Ouaga 2000 d’applaudir à tout rompre. Et personne n’a demandé à Laurent GBAGBO de préciser un FACILITATEUR se situait à l’échelon inférieur ou supérieur d’un Médiateur. Blaise  COMPAORE lui-même, le nouvellement intronisé, était visiblement aux anges. Encore un titre de gloire dans son escarcelle : Président  du Faso, Docteur Honoris Causa, Enfant Terrible et… FACILITATEUR. La nouvelle s’empara immédiatement du monde entier. On ne pouvait allumer un poste de radio ni de télévision sans que le mot FACILTATEUR ne vous saute à la gorge : Blaise COMPAORE le FACILITATEUR, le FACILITATEUR Blaise COMPAORE. Le mot a si bien pris qu’il a franchi aussitôt les frontières de la Francophonie. Une fois en effet j’ai entendu sur la BBC parler de «Blaise COMPAORE the FACILITATOR …». Il n’est pas, jusqu’au Conseil de Sécurité des Nations Unies qui ne se soit laissé prendre. Lors de leur dernière visite au Palais de Kosyam le Commandant en Chef des Casques Bleus en Côte d’Ivoire et le Commandant de la Force Licorne, tous deux du grade de général de division, ont déclaré ceci à la presse : «…Nous sommes venus exposer les faits au FACILITATEUR» Le nouveau mot, commence même à faire des émules. Au plan local, Monsieur Léonce KONE, DG de la Banque Agricole et Commerciale du Burkina, a été proclamé FACILITATEUR dans je ne sais plus quelle chose dans les Cascades. Hors de chez nous, un Général Algérien vient d’être nommé FACILITATEUR dans le conflit opposant les Touaregs au gouvernement Malien. Ça va vite avec GBAGBO. Au point qu’on n’entendait presque plus l’expression “l’Enfant Terrible de Ziniaré”.

En dépit du tapage qui en était fait autour, le mot FACILITATEUR m’était inconnu mais je n’osais point m’informer de crainte de faire étalage de mon inculture. Je connais les gens de OUAGA. Ils diraient : «…toi aussi Toégui, tu ne sais pas ce que veut dire FACILITATEUR ? Un mot si élémentaire…si facile ?... » Oui, mais la réalité est que ce mot était vraiment nouveau pour moi. FACILITATEUR…qu’est-ce que cela voulait bien signifier ? 

Alors je mis en branle  la qualité première d’un élucubreur. J’allai consulter le dico. Le Larousse et aussi le Robert. Et savez-vous ce que je découvris sur le FACILITATEUR ? Rien ! Je ne découvris rien parce qu’il n’ y avait rien à découvrir. Vous ne comprenez pas ? Voilà, dans les dictionnaires de langue française, il n’ y a pas plus de mot FACILITATEUR que de mot ELUCUBREUR. En d’autres termes, le mot FACILITATEUR n’existe nulle part. C’est un mot pour rien parce que n’étant pas français. C’est ça le coup de GBAGBO. A vos dicos ! Vous saurez qu’en Français de France, une personne choisie pour faciliter la fin d’un conflit entre frères antagonistes n’est point un FACILITATEUR. De même, un malotru dont le métier est d’élucubrer n’est pas un ELUCUBREUR. Excepté Toégui. Le français est difficile, mais c’est le français.

 

L'impérialisme ivoirien

 

Il ne manque vraiment pas du toupet leur Enfant Terrible de Mama : débarquer chez nous, nous rouler dans la farine en affublant notre Enfant Terrible d’un titre qui ne veut rien dire. Et cela sous les lambris de notre Ouaga 2000, face aux projecteurs du monde entier. Puis reprendre tranquillement son avion comme si nous n’avions pas d’Enfant Terrible. A la barbe de Djibril BASSOLET Ministre des Affaires Etrangères stagiaire. Tiens, et si Youssouf avait été là ? Peut être bien que ce mot FACILITATEUR ne serait pas passé.  Un mot nouveau, créé de toutes pièces, juste pour les besoins d’un accord politique. Il est vrai que les voisins Ivoiriens sont maîtres dans la fabrication de mots français inconnus de l’Académie Française. C’est vrai aussi que les Burkinabé que nous sommes avons de tout temps subi l’impérialisme Ivoirien en utilisant béatement le langage des “Bramogos” d’Adjamé. La go…le gaou….le grotto….le décalement …le fuka –fuka….Tant  de mots en vogue dans nos  kiosques - maquis et autres “Jardin du Maire”. Pourtant, avec des créateurs talentueux tels que Missié Goama, Nobila Cabaret et Sacré Seydou OUEDRAOGO. Nous pourrions nous aussi exporter des mots de notre cru : le SENMAFOUTISME, le TRAGUIMANATION, le KINKAYIKA….et… MALCAUSEUR, pourquoi pas.

Sans doute vous dites-vous que je me fais du mouron pour peu de chose… Et qu’à mon habitude je me livre à des élucubrations …et qu’il n’ y a rien au village. Mais réfléchissez un peu, la situation n’est pas aussi simple. Voyons : puisque le texte de l’Accord Politique Inter-Ivoirien est rédigé en français….et puisque le mot FACILITATEUR n’existe pas dans cette langue, chacune des parties est encline à lui donner la définition qu’elle veut. Pour les uns, le FACILITATEUR œuvre à ramener la paix et l’entente entre des belligérants. Pour les autres, le FACILITATEUR est une  personne, qui dès qu’elle aperçoit un feu naissant, s’empresse de verser du pétrole dessus.

Un Enfant Terrible et un Enfant Terrible. Une amitié née bien avant leurs accessions respectives au trône suprême. Avaient-ils eu soudain envie de sensations fortes ? Toujours est-il que l’année dernière seulement, ils jouaient à se faire peur : tu m’enfarines, je t’enfarine. A ce jeu, Laurent GBAGBO mène aux points depuis qu’il est venu à Ouaga 2000, auréoler Blaise COMPORE d’un titre sorti de son imagination. Un but pour l’Enfant Terrible de Mama (Mama ou Ouragahio). Rien pour l’Enfant Terrible de Ziniaré. Victoire acquise à l’extérieur comme dirait Alexis KONKOBO. Mais, enfarinade pour enfarinade, Laurent GBAGBO ne perd rien à attendre. Notre garçon s’y connaît aussi en enfarinade. Les gars de la CNPP ne diront pas le contraire. Ceux du défunt OBU non plus. Notre garçon n’est-il pas du genre à donner deux coups pour un ? Nous pouvons donc compter sur lui pour laver l’affront de Ouaga 2000. Et la revanche aura lieu à Mama. A Mama ou à Ouragahio mais pas à Cocody. Et le monde entier saura qu’entre un Enfant Terrible et un Enfant Terrible le plus Enfant Terrible est bien celui qu’on croit. Toi-même tu sais ! Qui est plus boulanger que qui ? ………

Mais ne vous y trompez pas. Ce duel entre Enfants Terribles, c’est du chiqué. C’est comme au catch. En réalité, ce qui unit Laurent GBAGBO et Blaise COMPAORE est plus fort que ce qui les sépare. La prochaine fois qu’ils apparaîtront côte à côte sur votre petit écran vous verrez combien ils s’aiment. Avis à Maître YAMEOGO.

A présent, cramponnez-vous à votre siège. Je vais vous faire une révélation. La révélation  du siècle qui va changer votre vie. Voilà, moi Toégui, j’ai été intronisé Enfant Terrible. Et je vous assure, ça m’est tombé dessus, de par la seule volonté des Mages de mon village. Et c’est sans appel.

 

Avant l'imigration gambagalaise

 

Voici mon histoire.

Il faut d’abord que je vous dise d’où je viens. Je suis né à Loghin -sur - Sourou, à cent lieues de l’Oubritenga. Mon village est situé à équidistance de Toma Beach et de Tougan City dans le Samogo Faso. Si vous passez par là-bas vous verrez à l’entrée un panneau géant portant l’inscription suivante : «Loghin –sur -Sourou, ce village a aussi un Enfant Terrible».

Lorsque ce matin de bonne heure, des envoyés spéciaux vinrent me faire savoir que Nagoulé avait besoin de moi à la maison je compris tout de suite que quelque chose de très important se préparait. Il y a cinq jours en effet j’avais reçu un signe annonciateur : une tourterelle aux ailes blanches perchée à ma fenêtre, je sais ce que c’est.

Nagoulé est la Tipoko de mon village. Pour ce qui est de dire et de prédire, de voir et de prévoir, Tipoko de Laye ne lui arrive pas à la cheville. Elle consulte à l’aide de calebasses et d’écuelles datant du 1er siècle avant l’immigration Gambagalaise. Elle a également à son service une cinquantaine de souris voyantes. En examinant les traces des rongeurs sur du sable dans un angle de sa maison, la prêtresse y voit le passé comme dans un miroir. Non, plutôt comme dans une télé.

Je répondis à l’appel de Nagoulé. A mon arrivée, la prêtresse officiait dans la case située à l’angle gauche de sa concession. Dans cette maisonnette siège “KOODI” le fétiche millénaire transféré du Mosstenga au Samogo - Faso  à l’arrivée des envahisseurs du Gambaga. Trois carcasses de mouton étaient étalées sur une peau de vache tannée. Nagoulé venait d’offrir un sacrifice à “KOODI”. Quand elle eût fini son culte elle alla dans sa maison et me fit entrer. Trois vieillards étaient présents et me dévisageaient attentivement. Nagoulé prit la parole.

- Toégui, nous t’avons fait venir pour te confier une mission. Nous avons estimé qu’il était temps pour nous d’avoir un Enfant Terrible. Notre choix s’est porté sur toi. Tu seras notre Enfant Terrible Toégui.

Je sursautai.

- Moi Enfant Terrible ? Mais je n’ai rien d’un Enfant Terrible moi. Je ne sais même pas ce qu’est un Enfant Terrible.

-  Tu le deviendras, nous ferons de toi un Enfant Terrible.

-  Mais pourquoi moi ? Pourquoi pas Athanase MOUSSIANE. Lui au moins il a fait ses preuves, il en a terrassé beaucoup.

-  Non ce sera toi Toégui notre Enfant Terrible.

- Et pourquoi pas Emile PARE ? Lui aussi, ils le craignent.

-  Non, Emile PARE a déjà commis une faute. Sans nous consulter il s’est auto-proclamé Enfant Terrible. Il avait compté sur ses propres forces. Il a été vaincu. Nous ne voulons pas d’un ancien Enfant Terrible.

- Tu te trompes Nagoulé, Emile PARE n’était pas Enfant Terrible. Il n’était que Chat noir.

- Je le sais. Mais Chat noir ça résonne  comme Enfant Terrible.

-  Mais, prêtresse Nagoulé, vénérables patriarches, savez-vous au moins qu’il y a déjà un Enfant Terrible de l’auto côté au soleil levant ? Et j’ai même entendu dire que cet Enfant Terrible mange et dort avec un lion…

- Nous le savons Toégui, mais ne t’inquiète pas, nous veillerons au grain. Maintenant, ôte ton habit et tes chaussures et tiens-toi debout là. On va d’abord te raser la tête.

Un des trois vieillards s’empara d’un rasoir probablement plus ancien que la vieille Nagoulé et me coupa les cheveux et la barbe. Et pas seulement les cheveux et la barbe. Puis un autre vieux me tendit une calebasse noircie par les ans et contenant un liquide jaune néré, en me disant :

- Tiens ça et bois. Ferme les yeux et bois. J’avalai quelques gorgées du breuvage. Je n’avais rien bu d’aussi désagréable. Quelque chose comme de la sauce de gombo  d’avant-hier, à laquelle on aurait ajouté de la poudre de nivaquine. Légèrement acide aussi. Cette potion m’a rappelé le babenda que m’avait offert un jour André Eugène ILBOUDO à Saponé marché.

Nagoulé me lança avec dans la voix comme un reproche :

- Bois le tout et arrête donc de faire la grimace. Dis-toi que ce breuvage a l’âge de ton grand - père.

 

Loin de Bassawarga

et de Mosstenga

 

Je bus le contenu de la calebasse jusqu’à la lie Après la dernière gorgée, quelques minutes s’écoulèrent. Je restai silencieux l’air hagard. Je n’avais aucun désir de parler. Nagoulé et les trois mages m’auscultaient attentivement en silence. Ils avaient l’air d’attendre une réaction de ma part.

Soudain, la chose m’envahit. Je sentis tout mon sang qui bouillonnait en moi. On aurait dit qu’un tsunami s’était produit dans mon corps entier, de la tête aux pieds. Je voyais trouble, comme à travers un brouillard. Mes jambes commencèrent à vaciller, et je tombai dans les pommes.

A mon réveil, je me mis débout d’un seul bond. Je me sentais en forme aussi bien que Boum-Boum à la belle époque. J’étais complètement métamorphosé. Pour tout vous dire, je n’étais plus votre homme Toégui. A croire qu’on m’avait greffé le cœur de dix lions. J’avais envie d’en découdre avec tout le monde. Envie de tout casser, d’aller au Darfour et régler leur compte aux Djendjawitt..d’aller bouffer du Bagnanmoulengué au Sud Kivu. Envie de me retrouver en Irak, en Afghanistan. Ne tenant plus, je formai le poing et de toutes mes forces je donnai un coup au mur. Fichtre ! Le mur m’a semblé aussi doux que du coton. Et mon sang continuait de bouillonner. Cogner, cogner, je ne voulais que cogner. Heureusement que j’étais ici loin de Bassawarga et du Mosstenga. Si j’avais été à Simon Yiri, j’aurais sûrement fait un malheur. Au point où j’en étais, je n’étais plus capable de faire la différence entre un beau parleur et un mal causeur. J’aurais cogné dans le tas sans discernement. Et si d’aventure je croisais Basile-la kalach au siège du CDP…

Je m’apprêtais à donner un coup de tête contre le mur quand me parvint la voix douce de la prêtresse Nagoulé.

- Calme toi Toégui. Les mânes ont approuvé le choix porté sur toi. Te voilà Enfant Terible à présent. Mais tu devras attendre encore quelque temps avant d’entrer en scène. Tu dois revenir pour le rite de l’onction. Nous te ferons signe par deux évènements. Nous provoquerons d’abord une éclipse de soleil. Dix jours après surviendra une éclipse de lune. Le lendemain de ce dernier évènement il faudra te retrouver ici au premier chant du coq revêtu des habits que voici. Des vêtements en tissu Samo-dan fani étaient étalés sur des braises. Le feu était ardent mais les habits ne consumaient pas. Un léger doute me traversa l’esprit et j’osai une question.

- Nagoulé, j’ai compris tout ce que tu m’as dit. J’assumerai. Mais tu m’envoies en mission au Mosstenga mais as-tu résolu l’équation du lion de l’Oubritenga ? On dit qu’il a de fortes dents, longues et tranchantes. Si ce lion me trouve, il me mangera.

- Non Toégui,  n’aies pas peur. J’ai pensé à tout. Je te ferai un signe au front pour qu’aucun lion du Mosstenga en te rencontrant ne te mange. En outre, puisque ta mission est vraiment périlleuse, je te donnerai un mot magique. Si quelqu’un du Mosstenga te cherche noise, s’il veut te faire, pour l’anéantir, tu n’auras qu’à réciter la phrase ci-après tout en pensant à “Koodi” : « Mossiterie des Mossiteries, tout est Mossiterie »-  (j’en connais qui vont revisiter leur bible) Toujours perplexe, je dis :

- Mère Nagoulé, en es-tu certaine, cette phrase magique pourrait vraiment me sauver du péril même si je rencontrais Basile tenant 100 fusils ?

- Sais sans crainte et crois en “Koodi”. N’aies pas peur.

- Oui Nagoulé, en Koodi je crois. Je n’ai plus peur.

C’est ainsi que j’ai été intronisé Enfant Terrible. C’est vrai, au départ j’avais des appréhensions. Mais les produits de Nagoulé m’ont transformé. Je me sens totalement Enfant Terrible à présent. Je parle comme un Enfant Terrible. Je marche comme un Enfant Terrible. J’ai le regard d’un Enfant Terrible. Je le sais à l’attitude des gens de Ouaga à mon égard depuis mon retour du village. Ils ont commencé à me faire des courbettes, à m’ouvrir les portes, à me lancer des sourires pour rien. Mais qu’ils attendent donc, mon heure n’est pas encore arrivée.

Ce que ces gens ne savent pas c’est que moi je serais un grand Enfant Terrible. Pas un petit. Ma feuille de route est déjà élaborée. Elle  est en rupture totale avec la feuille de route de l’autre Enfant Terrible. Ainsi, avec moi il n’ y aura plus de slogans. Les slogans c’est du vent. Les slogans c’est ce qu’on fait dire quand on sait qu’on ne fera rien. Par exemple, au siècle dernier, nous nous sommes époumonés à crier : «Santé pour tous en l’An 2000 ! Santé pour tous en l’An 2000 !» -Qu’avons-nous récolté en l’An 2000 à la place de la Santé pour tous ? Le SIDA….le Fuka –Fuka, Fuka –Fuka..les Miss Pogbédré….les Naabas qui dansent…..Et Benjamine DOAMBA et ses invités dames à l’émission “TEMOIGNAGE AU FEMININ” qui sous prétexte de lutter contre l’excision livrèrent  un cours de sexologie à la télévision en utilisant de gros mots. De très gros mots. De très très gros mots. A une heure de grande écoute et en récidivant. On ne peut vraiment pas dire que vous avez mis les gants pour parler de votre “clinique miraculeuse”. Surtout l’autre dame, la 3ème  à partir de la gauche. Le plaisir n’a pas de prix, mais tout de même. Il y a des mots pour dire certains mots.   Tout le monde connaît le nom de la vieille grand-mère mais on l’appelle Mamy. Ce n’est pas moi qui le dis.

 

Laissez donc la pauvreté tranquille !

 

Avec moi donc, rien ne sera plus comme avant. Fini, les mots d’ordre du genre “8000 villages, 8000 maquis”. Terminé, les kermesses à la Maison du Peuple et les discours insipides du représentant des jeunes, de la représentante des femmes, du représentant des anciens. Pas de TONTONS de Toégui, pas de TANTIES de Toégui. Les TANTIES au fourneau. Plus de chefs-marcheurs, donc par conséquent plus de marcheurs. Les Naabas parlant français à la télé c’est terminé. Non à “Tradition et Modernité”. “Tradition ou Modernité” ! Il faut choisir.

Avec Toégui, un autre monde sera possible. J’aurai néanmoins mes ABC. Que de gros bras ….fouet en main, dans des débardeurs portant l’inscription : «Les Amis de Toégui». Ils auront pour mission de faire appliquer ma feuille de route. Les lundi, ils se posteront sur le pont du barrage n°1. Tout habitant de Kilwin, de Tampoui, de Paul VI, de Yagma, de Pabré, se rendant au centre-ville sera soumis au supplice du fouet. Les mardis, les Amis de Toégui seront sur le pont du barrage n°3 : 10 coups de fouet à ceux de Kossodo, de Somgandin, de l’Abattoir Frigorifique se dirigeant vers Yalgado. Puis ce sera au tour du Rond-point de la Patte d’Oie  pour les quartiers sis à l’Est, à l’Ouest et au Sud de Ouaga 2000. Ainsi tous les quartiers de Simon - ville seront soumis à la séance de fouettement à tour de rôle. C’est le prix à payer jour qu’un autre monde soit possible. Les Ouagalais  ne veulent pas qu’on les caresse dans le sens du poil. Ils veulent être mis au pas. Alors les Amis de Toégui seront impitoyables avec les adeptes de la lutte contre la pauvreté.

Lutte contre la pauvreté ! Laissez donc la pauvreté tranquille. Enrichissez-vous. Comment ? Mais en créant des ONG et des Associations d’aide aux pauvres tout simplement. Désormais aussi, gare à ceux qui crieront : « VIMA YA KANGA ! VIMA YA KANGA ! » Ils seront mis au cachot sans autre forme de procès.

VIMA YA KANGA ! VIMA YA KANGA !

On vous a dit que ne vit pas au Faso qui veut mais qui peut. Au trou ! Et plus vite que ça.

Réflexion faite, je crois que je vais conserver les TANTIES. Mais  je les prendrai plutôt TANTINETTES que franchement TANTIES. L’utile à l’agréable ? Appelez ça comme vous voulez, mais en tout cas pour intégrer le bataillon des TANTIES de Toégui, il faudra avoir toutes ses dents.

Mon Dieu, que je suis idiot : «Mossiterie des Mossiteries, tout est Mossiterie».

 

Charles GUIBO

L’Observateur Paalga du 11 octobre 2007

 

PS1 : Il y a une semaine, à New-York, à l’occasion de l’Assemblée Générale des Nations Unies au cours de laquelle il a demandé la levée de l’embargo sur les armes qui frappe son pays, un journaliste a demandé à Laurent GBAGBO s’il savait que l’opinion publique lui avait attribué le surnom de “BOULANGER”.

 

Et Laurent GBAGBO de répondre dans un éclat de rire : «Oui je le sais, on me nomme, LE BOULANGER. On dit même que j’aime rouler mes adversaires dans la farine. Mais c’est bien. Tant pis si ceux d’en face se laissent rouler dans la farine. Cela prouve que je fais bien mon travail. On m’a élu pour rouler les gens dans la farine».

 

 

PS2 : Dans mes élucubrations, j’ai bien dit que j’ai été intronisé Enfant Terrible. Gens de Ouagadougou, de grâce n’allez pas raconter à la ronde que j’ai été intronisé “CHEF DE TERRE”. Je suis élucubreur, mais je ne suis pas un élucubreur idiot. D’ailleurs pour éviter toute équivoque, je rectifie le tir. Ne m’appelez plus Enfant Terrible. Je ne suis plus Enfant Terrible. Maintenant mon nom est ENFANT TERRIBLE PAALGA.

 

Donc, il y a l’Enfant Terrible et l’Enfant Terrible Paalga. Leurs chemins ne doivent pas se croiser…pour que les vaches du Faso soient bien gardées. D’ailleurs si vous me regarder, est-ce que je ressemble à un Enfant Terrible ? Lui, c’est lui. Moi c’est moi.

 

Autre chose : à la vérité je me dois de vous dire que je n’ai pas encore consulté l’édition 2008 du Larousse.

Ce mot FACILITATEUR…peut être bien que ….



10/10/2007
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