L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Le dictateur de la discorde

Sommet Union Européenne/Afrique de Lisbonne

Le dictateur de la discorde

 

Du 8 au 9 décembre prochain, la capitale portugaise devrait abriter le second sommet UE/Afrique après le premier, tenu il y a …7 ans déjà (3-4 avril 2000) au Caire en Egypte. Prévu pour se tenir en 2003 en Grèce, puis reporté plusieurs fois dans d’autres pays, ce second sommet qui s’annonce connaît des fortunes diverses pour plusieurs raisons dont la principale tourne autour d’une personnalité : Robert  Mugabe, président du Zimbabwe, que les pays occidentaux ne veulent pas sentir, alors qu’une grande partie des Africains adulent toujours le héros de la guerre de l’indépendance de ce qui était jadis  la Rhodésie du Sud.

Et comme nous l’écrivions dans notre Commentons l’événement du 20 août dernier à son sujet suite au standing ovation dont il fut l’objet lors du sommet de la SADEC, "en attendant, il doit boire son petit lait pour être même parvenu à diviser le vieux continent dans la mesure où le Portugal, qui doit accueillir le prochain sommet UE/Afrique, compte bien l’y inviter… Au grand dam de ses partenaires, à commencer par la Grande-Bretagne, qui se pique aujourd’hui de bannir Mugabe alors même qu’elle n’a pas été capable de respecter les engagements pris à Lancaster House".

Nous ne croyions pas si bien dire, puisque le Premier ministre britannique, Gordon Brown, déclarait le 20 septembre que  «la présence du président Mugabe signifierait une levée de l’interdiction de séjour, que nous avons collectivement décidée. Je crois que sa présence va miner le sommet, détourner l’attention des problèmes importants qui doivent être résolus… Dans ces circonstances, ma présence ne serait pas appropriée». Par ailleurs, le locataire du 10 Downing Street préconise l’envoi d’une mission humanitaire de l’ONU au Zimbabwe ainsi que d'un responsable européen pour «appuyer la transition vers la démocratie».

On imagine mal un tel sommet sans la présence britannique et ce n’est pas sans raison que son homologue portugais a laissé son langage diplomatique de côté pour trancher dans le vif en affirmant qu’il préférait Gordon Brown assis à ses côtés à Mugabe, qui peut toujours rester à Harare pour casser du Morgan Tswangirai.

Réplique du berger à la bergère, le président Zambien Lévy Mwanawasa a  martelé : «Pas question que je me rende à Lisbonne si Mugabe n’y est pas admis». Il n’est pas jusqu’à l’archevêque du cap, Mgr Desmond Tutu, qui n’ait manifesté sa désapprobation par rapport à cette indignation sélective  de l’Europe.

Voilà donc tout le monde de retour à la case départ, car d’un côté, il y a les Occidentaux, de l’autre, beaucoup d’Africains, et au milieu, Papy Bob. Un blocage qui dure depuis 7 années.

Question : et si on laissait Mugabe, en dépit de cette fatwa, participer exceptionnellement à cette grand-messe consacrée aux deux continents ? En effet, pourquoi ne pas le laisser aller prendre place au milieu de ses pairs de l'Union Africaine et de l'Union Européenne, quitte à ce qu’il ne prenne pas la parole ? Car ce serait aberrant qu’à cause du cas Mugabe ce sommet capote, car manifestement les deux camps campent  sur leurs positions.

De plus, continuer à cannibaliser papy Bob est la meilleure façon de le rendre encore plus intransigeant, car à 83 ans et après une vie bien remplie, c’est un euphémisme de dire qu’il n’a plus rien à perdre. Certes, l’homme continue de tirer son pays vers le bas tel un «Titanic en train de sombrer» dixit le même chef d’Etat Zambien qui, depuis, il est vrai, a changé d’avis. Mais n'est-ce pas la solution du pire que cet isolement ?

Ainsi sur le plan social, les grèves se succèdent et se ressemblent telle celle déclenchée par le tout- puissant Congrès des syndicats zimbabwéen (ZCTU) le 19 septembre dernier. Politiquement les opposants essaient par tous les moyens d’empêcher Mugabe de se représenter en 2008 tandis que sur le plan économique, les clignotants sont tous au rouge depuis 7ans avec un taux d’inflation record de plus 7600 % et qui pourrait atteindre, selon le directeur Afrique du FMI, Abdoulaye Bio Tchané, en cumulé 100 000 % sans oublié le chômage, lequel frappe 80 % des Zimbabwéens.

En tout cas, assurant la présidence de ce sommet, le Portugal multiplie les chassés-croisés diplomatiques pour qu'il ait lieu sur la base de ce compromis sans compromission : le pays hôte suggère à Mugabe de se faire représenter par un de ses ministres ne figurant pas sur la liste des 98 dirigeants zimbabwéens frappés par le  fameux «Travel ban», l’interdiction de visa, décidé par les 27 pays de l’Union Européenne.

Il y a de quoi, car outre les sujets déjà abordés lors du premier sommet au Caire tels que ceux liés à la dette, au commerce équitable ou encore «le partenariat stratégique», d’autres questions s’imposeront à ce sommet, notamment l’approfondissement des relations entre les deux continents, l’immigration clandestine, le sous-développement, mais surtout l’influence grandissante de pays comme le Brésil, l’Inde ou la Chine, qui conquièrent chaque jour que Dieu fait des parts importantes du marché africain au détriment de l'Europe.

Ces problématiques hautement stratégiques ne valent-elles pas qu’on tolère Bob «le pestiféré» à ce raout de Lisbonne ? Surtout quand  on sait qu’ils sont nombreux, les Mugabe, dont les mêmes Occidentaux s'accommodent. S'ils ont sans doute raison dans le principe, les contempteurs de l'Oncle Bob gagneraient cependant à le ménager un peu et à méditer cette sagesse bien de chez nous : quand on humilie un vieillard, quand on l'accule jusque dans ses derniers retranchements, il devient fou ou il se fait bête. Dans l'un comme dans l'autre cas, le résultat est le même : catastrophique.

 

La Rédaction

L’Observateur Paalga du 24 septembre 2007



24/09/2007
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