L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Réajustement ministériel : C’était donc une affaire de "cohérence" et de "collégialité"

Réajustement ministériel

C’était donc une affaire de "cohérence" et de "collégialité"

Comme ça, Salif Diallo a été "crucifié" et "enterré" (politiquement s’entend, encore qu’il faille être prudent là-dessus) un jour de Pâques quand le Fils de l’Homme, lui, ressuscitait après avoir vaincu la mort. Le comble quand on sait qu’au nombre de ses "bourreaux" figure en bonne place une protestante qui n’a jamais fait mystère de sa foi chrétienne et pour qui donc Jésus-Christ est l’alpha et l’oméga de son action. Et depuis cette soirée pascale de l’an 2008, tout le monde se perd en conjectures, des plus sérieuses aux plus farfelues. Rien de nouveau ni d’étonnant en somme quand il s’agit de décrypter un événement politiquement majeur comme l’est forcément l’éviction d’un Salif Diallo, même si, depuis une vingtaine d’années, c’est la troisième fois qu’il quitte le gouvernement.

Mais bizarrement, c’est la première fois que son départ est vécu comme un psychodrame. Tout se passe comme si, cette fois-ci, c’est vraiment grave, que c’est tout sauf un divorce à l’amiable, et que la fracture entre lui et son mentor, Blaise Compaoré, est désormais irréversible. Il faut pourtant se garder de faire des jugements sans appels, car il y va de la politique comme de la vie : autant il n’y a pas d’amours éternelles, autant les divorcés peuvent souvent se remettre ensemble. A la grande surprise de tous.

Le colonel Laurent Sedego, pour ne pas aller chercher loin un exemple, en est la preuve vivante. Ceux qui connaissent un peu l’histoire récente de ce pays savent en effet que celui qui vient de remplacer Gorba au ministère de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques était, sous le Front populaire, dans la ligne de mire de Blaise Compaoré et aurait pu ne plus être de ce monde aujourd’hui. Le voilà depuis réhabilité puis propulsé ministre pour être là où il est en ce moment.

Le destin, ou la destinée, ça tient souvent à ces petits riens. Il faut certes se garder de professer le culte de l’indispensabilité, pas plus dans ce cas que dans un autre. Après tout, être ministre, ce n’est pas un métier et la fonction ne relevant pas de la chefferie traditionnelle, où on est intronisé à vie, il faut bien qu’un jour ou un autre, le passage au gouvernement prenne fin. Mais ce qui a pu choquer certains dans le cas d’espèce, c’est la manière, qui confine pour eux, au règlement des comptes.

Salif donc s’en va et il faut bien une raison à cela, car on ne fait pas un réajustement ministériel, même léger, pour rien. Surtout quand la cible s’appelle justement Salif ; comme ce fut d’ailleurs le cas, le 17 janvier 2004, avec le général Kouamé Lougué après la ténébreuse histoire de tentative de putsch. Encore que dans son cas, on avait un peu mis la forme, puisqu’il y avait eu quelques victimes collatérales. Ici, rien de tel ?

Alors, le déflaté, dont on sait la santé fragile depuis la crise d’asthénie dont il a été victime en juillet 2004, a-t-il voulu partir de son propre chef pour ne pas "se tuer à la tâche ?". Ses relations avec François Compaoré, dont il n’est pas l’ami (et c’est en euphémisme), sont-elles devenues si exécrables que dans une logique de repli familial (les bouches fendues au mauvais endroit diront clanique) Blaise a décidé, après avoir essayé (en vain ?) de ménager la chèvre et le chou, de trancher dans le vif en faveur du frère cadet plutôt que du collaborateur, que disons-nous, du serviteur fidèle et dévoué ?

L’homme à tout faire de Blaise, exécuteur de ses hautes comme de ses basses œuvres, architecte de sa politique (tant intérieure qu’extérieure) parallèle pour ne pas dire secrète, a-t-il fini par en faire trop au point de hérisser le poil de son patron ?

L’enfant fougueux du Yatenga est-il, ainsi qu’on l’a entendu, derrière les manifestations violentes contre la vie chère à Bobo-Dioulasso et à Ouahigouya les 20 et 21 février 2008 ? Autrement dit, a-t-il osé scier la branche sur laquelle il était assis ? Ce serait lui dénier un minimum d’intelligence politique sauf à confirmer la thèse selon laquelle Jupiter rend fou tous ceux qu’il veut perdre.

De cela et de bien d’autres hypothèses les journalistes la classe politique et l’opinion d’une manière générale ont en tout cas abondamment parlé depuis lundi sans qu’il soit vraiment nécessaire d’y revenir outre mesure.

Mais de tout ce qui a pu être avancé il est une hypothèse que le chef du gouvernement et le président du Faso, les cosignataires du désormais fameux décret de la Pâques 2008, interrogés par les hommes de médias, ont semblé accréditer mardi dernier lors de la rentrée gouvernementale de la nouvelle équipe.

Bien sûr, il ne fallait pas s’attendre à ce qu’ils justifient leur décision, mais en écoutant attentivement et en lisant entre les lignes, on peut avoir quelques indices. Réécoutons-les : Tertius Zongo : "... le succès d’un gouvernement, c’est beaucoup plus la collégialité...". Blaise Compaoré : "Un réaménagement ministériel procède toujours d’une volonté de donner plus de cohérence à l’action gouvernementale".

Ainsi donc, ce serait un banal problème de "collégialité" et de "cohérence" qui serait à la base de ce ramdam politique. Mais banalité pour banalité, les mots du chef de l’Etat et de son Premier ministre, qui n’ont sans doute pas été choisis au hasard, tendent à confirmer l’une des nombreuses suppositions émises ici et là, à savoir la guerre froide, qui a peut-être fini par se réchauffer, entre le partant et son supérieur hiérarchique immédiat.

Ceux qui prétendent être dans le secret des dieux affirment en effet que les deux n’ont jamais pu se blairer. Et de fait, comment ne pas y croire quand l’un dit qu’il n’est pas "un yes man" lorsque l’autre estime qu’il n’y a pas de superministre dans son gouvernement et que si d’aventure il y en avait, ce serait lui et lui seul ?

A-t-on besoin d’être grand clerc pour savoir que cette flèche était destinée à celui qui a toujours été présenté, avec parfois une pointe d’ironie, comme un "tout-puissant ministre", toujours à la tête de superdépartements ministériels ?

A ce qu’on dit d’ailleurs, Tertius ne voulait déjà pas de son adorable rival dans son premier gouvernement quand il est rentré de Washington pour occuper la primature, mais il avait dû "faire avec", en attendant. Doit-on alors comprendre que la greffe Salif n’a pas pris et qu’il a fallu se résoudre à sectionner le membre problématique ?

En tout cas, quand le PM parle de "collégialité", il semble dire, puisqu’il n’y a qu’un seul ministre dégraissé, que le partant n’est pas suffisamment collectif voire qu’il n’en fait qu’à sa tête ; et quand le locataire du palais de Kosyam invoque le principe de "cohérence de l’action gouvernementale", on imagine que le sacrifié devait être le grain de sable qui enrayait la machine.

En vérité, Salif et Tertius sont tous deux des hommes de pouvoir et même si le second cité n’en donne pas l’air, il tient à marquer son territoire et à montrer qu’il est le seul maître à bord du navire battant pavillon Burkina Faso, après Blaise bien entendu.

Rappelons-nous ce matin de juin 2007 quand, lors de sa première conférence de presse ès qualité, il avait répondu à ceux qui pensaient qu’il était un PM "par défaut" parce que, de Zéphirin Diabré à Damo Justin Barro en passant par Christophe Dabiré et tutti quanti, tous les noms, ou presque, avaient été avancés, sauf le sien : "Tous ceux que vous citez là, ce sont mes amis et je vais les faire travailler comme c’est possible. Mais en attendant, c’est moi". On ne pouvait être plus clair.

Le séisme politique qui a secoué le landerneau dimanche dernier, c’est peut-être l’aboutissement fort logique de ce choc de deux grosses personnalités. Enfant, on se souvient que notre mère nous répondait invariablement quand nous voulions lui tenir tête que "deux marmites du même gabarit ne sauraient se superposer".

Et si finalement, derrière les vocables "collégialité" et "cohérence", il ne s’agissait fondamentalement que de cela, de relations interpersonnelles conflictuelles, le reste n’étant, en dernière analyse, que des épiphénomènes ou des éléments déclencheurs ?

Ousséni Ilboudo

L’Observateur Paalga du 28 mars 2008



28/03/2008
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