L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Le mariage d'une élève de 15 ans annulé de justesse

Lycée municipal de Koudougou

Le mariage d’une élève de 15 ans annulé de justesse

Un mariage forcé entre une fille de la classe de 4e du lycée municipal de Koudougou âgée de 15 ans et un homme âgé de 35 ans a défrayé la chronique, ces derniers jours, dans la capitale du Boulkiemdé.

 

Mademoiselle Nématou Koanda est née le 16 octobre 1991; elle a donc 15 ans 4 mois à la date du 16 février 2007. Elle est élève en classe de 4e I au lycée municipal de Koudougou. Jamais, elle n’a redoublé de classe. Plus ou moins brillante, son avenir est certain à l’école. En ce mois de février, un problème de mariage arrangé ou forcé selon les versions vient perturber sérieusement son élan à l’école.

Le 15 février 2007 est la date retenue pour célébrer le mariage religieux de Nématou. Cette date, selon des sources, a été notifiée à la jeune fille un mois avant et elle ne s’y est pas opposé. Mais, au fur et à mesure que la date s’approche, Nématou, sans doute, prise de peur, alla se confier à son professeur principal au lycée municipal.

«Mon papa m’a donnée en mariage à un de ses amis commerçant à Ouagadougou». Le projet de mariage de Nématou fut porté à la connaissance de tous les acteurs du lycée municipal, à savoir professeurs, élèves et administration. Les différentes parties s’opposent à ce mariage et portent l’affaire devant les structures compétentes en la matière, à savoir l’Action sociale et la gendarmerie. Nous étions encore au jeudi 8 février.

Selon le délégué général des élèves du lycée municipal, Corneille Zoungrana, Nématou Koanda en confiant son histoire à ses camarades leur a dit qu’elle allait fuir pour échapper au mariage. Les élèves lui déconseillent cette solution en la rassurant de rester, car elle aura le soutien de tous les élèves pour annuler le mariage.

Le vendredi 9 février dans la matinée, ses camarades de classe constatent son absence. Au lycée, une de ses camardes annonce que Nématou a envoyé un message pour dire qu’elle est enfermée à la maison par ses parents et elle demande de la sauver.

Là-dessus, les parents de la jeune fille ont déclaré à l’Action sociale qu’il n’en est rien. Seulement, Nématou a été victime de vol de son vélo le jeudi au lycée lorsqu’elle est allée répondre à une convocation de cette structure. C’est donc le vol de son vélo qui l’afflige, voilà pourquoi elle n’est pas allée à l’école.

Professeurs et élèves protestent

Pendant que les professeurs, eux, ont choisi d’aller déposer une plainte à la gendarmerie pour séquestration et mariage forcé de mineure, les élèves, eux, avaient entrepris ce vendredi 9, de marcher sur la cour du père de la jeune fille pour manifester leur opposition quant au mariage de leur camarade de classe.

D’aucuns disent que les élèves avaient même décidé d’aller incendier le hangar du père au marché central de Koudougou. Ils se rendront compte à leur arrivée dans la cour que la fille n’était plus là, mais à la gendarmerie. Ils décident alors de replier à la brigade de recherche de gendarmerie où la fille avait été auparavant ramenée.

Afin de ne pas provoquer un attroupement inutile, la gendarmerie autorise un des professeurs à ramener la fille au lycée. Les cours jusque-là sont perturbés par cette affaire de famille qui, selon le proviseur de l’établissement, Philippe Bassinga, n’engage pourtant pas son établissement.

Les élèves ont réagi par solidarité, tandis que les professeurs ont été guidés dans leur démarche par leur rôle d’éducateurs. Cela sera confirmé par un des professeurs de Nématou, Soungalo Traoré qui soutient que le mariage de Nématou aurait pu être célébré sans problème, si c’était pendant les vacances.

Pour preuve, un riche commerçant de la ville de Koudougou s’est payé le luxe de marier ses quatre filles le même jour, toutes élèves pendant les vacances passées, sans que personne ne crie au scandale.

Nématou se rétracte

Bref, l’affaire du mariage de Nématou est allée de rebondissement en rebondissement lorsque cette dernière interviewée par une radio de la place a déclaré que son mariage n’est ni forcé ni arrangé, mais c’est elle qui a librement choisi son fiancé.


Face à de tels propos, tout le lycée municipal se sent trahi par Nématou. Certains croient même qu’elle a été envoûtée par ses parents sinon rien n’explique ce revirement spectaculaire d’une fille qui, hier, appelait à l’aide pour annuler son mariage et aujourd’hui, dit avoir librement choisi son fiancé.

En tous les cas, les autorités régionales ont été saisies et une solution semble être trouvée. Il ressort de l’entretien que les services de l’Action sociale ont eu avec le père de Nématou, qu’il ne s’agit pas effectivement d’un mariage forcé, mais d’un projet de mariage mal monté.


Au niveau du gouvernorat du Centre-Ouest où l’affaire a été portée, il a été décidé d’appliquer la loi en annulant le mariage qui, effectivement, concerne une mineure. Ordre a été donné à ses parents de tout mettre en œuvre pour que Nématou poursuive son école. Mais, Nématou face à ce qui est arrivé, refuse de repartir au lycée municipal.

Là encore, les autorités régionales ont demandé au père de la fille de l’inscrire dans un établissement de la place, contrairement à son choix qui avait été porté sur Ouagadougou où réside son fiancé. En définitive, le mariage a été annulé mais on se demande si cela va tenir longtemp. Affaire donc à suivre.

François KABORE

 

Source, Sidwaya du 15 février 2007

 



14/02/2007
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