L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Les armes à feu strictement interdites dans les champs

REGIONS DE LA BOUCLE DU MOUHOUN ET DE SEGOU
Les armes à feu strictement interdites dans les champs

Nouna, chef-lieu de la province de la Kossi a abrité le 10 juillet dernier une rencontre d’échanges et de concertation entre les gouverneurs des régions de la Boucle du Mouhoun et de Ségou au Mali. Le point des litiges et les accords signés suite aux affrontements sanglants et meurtriers entre populations de Ouaronkuy et de Wanian les 30 juin et 1er juillet 2006 étaient à l’ordre du jour. Les travaux qui se sont déroulés à huis clos ont été sanctionnés par un communiqué final dont l'objectif est de consolider la stabilité dans ces 2 régions frontalières.


C’est à Soin, localité située à 7 km de Nouna que la délégation malienne forte d’une vingtaine de personnes a été accueillie par le gouverneur Pascal Bénon et sa suite aux environs de 14 h. Un accueil empreint de convivialité et de fraternité pour le raffermissement des relations séculaires. Après les salutations d’usage, les deux délégations se sont retrouvées dans la salle de réunion du CAPA de Nouna pour les travaux. Deuxième du genre après celle des 18,19 et 20 juillet 2006, cette rencontre d’échanges et de concertation entre les gouverneurs des régions de la Boucle du Mouhoun et de Ségou une des recommandations des ministres malien et burkinabè en charge du territoire. Elle avait pour but de faire le point des accords signés après les affrontements des 30 juin et 1er juillet qui avaient fait 9 morts, d’importants dégâts matériels du coté burkinabè et des blessés du côté malien. Face à cette situation et celle de la difficile cohabitation après l’opération de bornage de la frontière, il était impérieux que les premiers responsables de ces régions se retrouvent pour la poursuite des concertations. Selon Abdou Sow, gouverneur de la région de Ségou, la frontière sépare plutôt des Etats et non des populations. C’est pourquoi le devoir de travailler sans relâche à créer, à développer et à maintenir, le long et de part et d’autre de la frontière, un climat de convivialité, de paix, d’harmonie et de concorde entre des populations condamnées à vivre ensemble et partageant les mêmes réalités leur incombe. Aussi a-t-il souhaité que ces populations conservent l’entier bénéfice des droits coutumiers sur les sols qu’elles exploitent depuis des lustres ou sur lesquels elles exercent une certaine emprise, quelle que soit la position de ces sols par rapport à la frontière commune.

Tout en saluant l’effort des autorités de part et d’autre de la frontière, notamment les préfets de Tominian et de Bankass, les hauts-commissaires des provinces de la Kossi et des Banwa, les sous-préfets, les préfets des départements et les élus locaux pour leur quête inlassable de la cohésion sociale le long de la frontière commune, le gouverneur de la Boucle du Mouhoun a souhaité que la sensibilisation des populations sur les décisions prises se poursuivent afin de préserver la sérénité et la quiétude à travers un dialogue permanent.

L’effectivité de la matérialisation de la frontière commune après les événements malheureux a sans doute mis en exergue les litiges fonciers latents liés à l’occupation des terres cultivables. Des difficultés de cohabitation existeraient entre Fétédougou et Kombori. Cependant, les autorités rassurent que ces difficultés connaissent des débuts de résolution et qu’il n’existe officiellement aucun problème de frontière entre les deux pays.

Selon le colonel Bertin Somda, directeur de la coopération administrative frontalière au ministère de l’Administration territoriale, sur les 1286 km de frontière que partagent les deux pays, plus de 800 km ont déjà été bornés et de commun accord, les travaux de bornage se poursuivront par la matérialisation d’une distance de 200 km de frontière par an. En tous cas, les débats qui se sont déroulés à huis clos ont sans doute permis d’harmoniser les points de vue et de trouver des solutions appropriées et consensuelles à même de renforcer les acquis et de minimiser les insuffisances. Un communiqué final a instauré de commun accord les mesures suivantes : 1- Poursuivre l’application des mesures prises lors de la rencontre de juillet 2006 des gouverneurs à San au Mali et du 10 juin 2007 du haut- commissaire de la Kossi et des préfets de Bankass et Tominian à Djibasso ;

2. Actualiser le recensement des litiges et problèmes en instance. En cas de besoin de terre de culture, exprimé par les populations de part et d’autre de la frontière, que les autorités administratives en soient saisies ;

4- Organiser le 28 juillet 2007 une rencontre entre le haut- commissaire de la province de la Kossi et le préfet du cercle de Tominian pour examiner le cas particulier du différend entre Fétèdougou (Mali) et Kombori (Burkina) ;

5- Interdire le port d’armes légères par les populations dans les champs de culture afin de préserver le climat de paix et de stabilité qui prévaut. Par ailleurs, les deux parties se félicitent de la promptitude avec laquelle les autorités frontalières interviennent pour la résolution des différents problèmes soulevés. Les deux parties ont enfin souhaité que les élus s’investissent davantage pour la création de nouvelles relations de jumelages entre les différentes collectivités.

ENCADRE

Ils ont dit

Abou Sow, gouverneur de la région de Ségou : "Ce sont des populations soeurs qui partagent les mêmes réalités, qui vivent sur une même air géographique et qui sont les mêmes et qui ont été un jour coupées par une ligne frontalière peut-être à leur insu. Il faut quand même dire qu’une frontière existe entre 2 Etats. Le fait nouveau est que cette frontière a été matérialisée depuis quelques mois. Désormais, nous savons où s’arrête le Mali et où commence le Burkina. Cependant, les populations continuent à vivre dans l’harmonie, dans l’entente, dans la convivialité. Et naturellement, dans toute cohabitation, il existe des moments de friction. Il ne faudra donc pas s'exciter pour quelques rares problèmes qui peuvent surgir çà et là autour de l’exploitation des terres de culture."

Témai Pascal Bénon, gouverneur de la région de la Boucle du Mouhoun : «L’objectif est de nous entendre sur les questions de litiges au niveau de la frontière commune. Vous avez suivi depuis l’année dernière les événements qui sont survenus, les différentes rencontres des ministres de l’Administration territoriale, les différentes missions que nous avons faites à San et des résolutions que nous avons prises au cours de ces rencontres. Les haut- commissaires, les préfets, les sous-préfets ont fait des missions conjointes le long de la frontière pour régler les litiges qui se posaient. Etant donné que gouverner c’est prévoir, il y a pratiquement un mois de cela, nous avons été alerté suite à l’abornement de la frontière et sur un certain nombre de problèmes qui surgissaient au niveau de certains villages. Nous avons donc pensé qu’il était bon de se retrouver d’abord entre haut- commissaire, préfet de Bankass et préfet de Dominian et nous avons entamé une sensibilisation de nos populations dès le lendemain de la rencontre. Sur instruction du ministre de l’Administration territoriale, nous avons initié une rencontre avec le gouverneur aujourd’hui pour faire la revue des litiges qui se posaient et ensuite faire le point de tout ce que nous avons engagé comme activités, comme actions pour résoudre les litiges depuis la réunion de l’année dernière. L’objectif est atteint parce qu’en réalité nous avons constaté que l’ensemble du personnel du commandement, que ce soit du coté du Mali ou du Burkina, s’est investi pour anticiper sur les problèmes. Nous savons qu'il n’y a plus tellement de problèmes sauf au niveau de Fétèdougou au Mali et Kombori au Burkina. Nous avons pris une décision importante consistant à interdire aux paysans d’entrer armés dans les champs. Le port d’arme à feu de part et d’autre est strictement interdit. C’est ce qui va nous permettre de donner à la frontière une quiétude et une certaine sérénité. Nous avons au niveau du Burkina entamé les actions de sensibilisation d’éducation des populations depuis la rencontre du 10 juin 2007."

Mamadou Diarra, sous-préfet de Mafouné : "Les conclusions issues des différentes rencontres ont été exécutées. Après la rencontre du 10 juin de Djibasso, le 13 j’ai commencé déjà à sensibiliser les populations. De là-bas, j’ai élaboré un message pour informer mes collègues, mes amis de Djibasso et de Doumbala. Depuis lors, et jusqu’à ce jour, il n’y a pas eu de fait majeur et tout va très bien. Je n’ai eu aucune difficulté. Entre les populations tout se passe très bien. Tous les paysans vaquent à leurs occupations champêtres. Ce qui s’est passé l’année dernière est une incompréhension parce que vous savez que souvent les populations entre elles ne se comprennent pas. Ces événements sont regrettables, on ne l’a pas souhaité. Le préfet de Djibasso et moi-même avions tout fait pour l’éviter. Nous sommes toujours prêt à lutter pour éviter de telles situations. Après le bornage les populations ne savaient pas quoi faire. Il y a des paysans qui se sont retrouvés de l’autre côté, de part et d’autre."

Ousmane Cissé, prefet de Djibasso : "Après la rencontre du 10 juin, il avait été instruit au préfet et au maire d’aller sensibiliser les populations sur les résolutions prises. Que chacun reste dans les limites de l’année dernière, c'est-à-dire les terrains cultivés l’année dernière et d’interdire toute nouvelle défriche, même pour les terres mises en jachère, est interdite. Nous avons fait des délégations dans tous les villages frontaliers pour faire la restitution. Depuis les 3 jours de sensibilisation 20, 23 et 24 juin nous n’avons pas eu autre chose et nous pouvons dire que cela a été respecté. Mieux, lors de la rencontre avec le gouverneur, il a été dit également que les fusils devaient être insterdits dans les champs. Cette disposition a été respectée. De la même manière nous avons dit à nos populations que si elles voient effectivement des personnes qui sont en train de défricher, d’alerter l’autorité. Jusqu’à cette date nous n’avons pas d’information, hormis une lettre du sous-préfet de Boura qui nous disait que nos populations de Kombori qui sont frontalières avec Fétèdougou sont en train de faire des défriches. Cela reste à vérifier parce que nous avons approché nos populations qui ont démenti."

Par Serge COULIBALY

Le Pays du 13 juillet 2007



13/07/2007
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