L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'Heure     du     Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

Les déclarations de Moïse dans L'Evénement

Moïse, cousin de David (1) :

«François nous a dit de ne pas avoir peur des écrits de Norbert car d'ici là, ça prendra fin... »

 

Un emploi vite octroyé à FASO PLAST, une maison louée et payée par FASO PARC, quelques petites «vloppes» à l'occasion de rencontres convenues à la résidence du «petit président»….Voilà comment durant des années, FrançoisCompaoré a acheté la complicité de Moïse.

 Moïse Ouédraogo

Que savez-vous de l'affaire David ?

David a été enlevé le 5 décembre 1997 dans la matinée. Par la suite, nous avons appris avec Arthur (frère de David, caméraman à la télévision nationale) que c'était pour une histoire de vol.En ce moment, mon cousin Dieudonné et moi vivions chez David. Dieudonné travaillait à Fasoplast. C'est grâce à David qu'il a eu le boulot par l'intervention de François Compaoré.

Qui vous a informé de la mort de David ?

Moi j'ai appris la mort de David dans le journal L'Indépendant.

Que s'est-il passé par la suite ?

En 1998, Lonfo, un de nos cousins à Fasoplast, est venu me contacter pour voir ce qu'il pouvait faire pour moi en attendant. Et on m'a pris comme journalier dans cette société.

C'était à quel moment ?

C'était au mois de mai 1998.

Comment vous êtes-vous retrouvés aux cotés de François ?

C'est après que le DG de Fasoplast (Sanoh Mahamadi) qui savait que nous sommes des frères à David a appelé Dieudonné pour lui demander qui a déposé la plainte contre François Compaoré. Dieudonné lui a dit qu'il ne sait pas mais que ça devrait être Arthur. Le DG lui a dit d'aller le voir pour qu'il retire la plainte. Dieudonné est effectivement parti le voir et il a refusé de retirer la plainte. Il m'a demandé et je lui ai dit que je ne suis pas au courant d'une plainte. Le vendredi 02 octobre, le DG a appelé Dieudonné et moi pour échanger autour de la plainte. C'est ce jour-là que le DG m'a connu. Nous lui avons dit que nous ne sommes pas au courant de la plainte. Il nous a dit de rédiger une lettre adressée à François et lui dire que la famille n'a déposé aucune plainte, que c'est Arthur qui l'a fait, mais de le laisser s'agiter. Il a dit qu'il se chargera de remettre la lettre à François afin qu'il nous soutienne. Comme nous, on ne parlait pas bien le français, nous avons demandé à notre cousin Lonfo de nous rédiger la lettre. Ce qu'il a fait. Le 05 matin, nous avons remis la lettre au DG. Le soir avant 15h, il est venu au service nous appeler dans son bureau et nous dire qu'il a lu la lettre. Que c'est bien mais qu'il a juste réaménagé quelques passages. Il a barré certaines parties et nous a demandé ensuite de recopier le texte sur des feuilles blanches qu'il nous a remises.

Que contenait la lettre ?

C'est pour dire que la famille n'a pas porté plainte. Le même jour, il a appelé le chef du personnel pour lui dire de m'embaucher directement. Et le 07 octobre, nous avons vu notre écrit publié au journal L'Opinion. Et nous n'étions pas contents. Nous sommes allés voir le DG pour qu'il nous donne des explications. Il a essayé de nous rassurer en nous disant de ne pas avoir peur car L'Opinion est un journal qui défend les intérêts de la famille du président. Qu'ils ont des moyens et des hommes puissants à leur disposition. Ce jour-là, il nous a remis 100 000f et une note de la part de François Compaoré.

Que disait la note de François ?

C'était des remerciements. Mais en ce moment-là, ce n'était pas l'argent qui nous intéressait. Mais plutôt le problème que l'article nous a créé avec Arthur. Parce que lui, il ne pouvait pas comprendre qu'il s'agit d'une trahison de la part du DG et de François à notre égard. Le DG nous a donc mis en contact avec François. Son garde de corps, Sanou Sanson, est venu nous amener chez François. Nous lui avons expliqué le problème que notre écrit a créé avec Arthur. Il nous a dit que dans ce cas, il va nous trouver une maison pour nous éloigner de Arthur. A propos de Arthur, il nous dit de le laisser car son beau frère lui a dit où il boit. Nous lui avons aussi expliqué comment Arthur nous a mis en conflit avec la famille au village. François a fait venir le Haut commissaire du Namentenga, Yanogo Etienne, qui nous a rassurés. Que notre sécurité au village sera assurée par la gendarmerie si nous venons à Boulsa. Quant à Arthur, il a des hommes qui peuvent lui tendre une embuscade à Boulsa. Mais nous leur avons dit que ce n'est pas ce que nous voulons. Le 12 octobre, Sanou Sanson est venu nous voir pour nous dire qu'il a trouvé une maison à Larlé. Il nous a donné de l'argent de la part de François pour payer deux matelas. Une nuit, Sanou est venu chez nous très tardivement nous remettre un papier sur lequel il est écrit Dramane Yaméogo. Il nous a dit d'aller le voir le lendemain au palais de justice de la part de François. Qu'il s'agit du procureur. Arrivés, le procureur nous a demandé comment David vivait avec François. Il nous a servi à boire deux cocas et à la fin, il nous dit que si quelqu'un nous demande, de dire que la famille n'a pas porté plainte. Il nous a remis son numéro de l'appeler en cas de besoin.

Vous saviez que Norbert cherchait à connaître la vérité sur la mort de David. Quels éléments d'informations avez- vous sur ça ?

En ce moment, nous savions que Norbert écrivait pour connaître la vérité sur la mort de David. Nous avions même voulu répondre à Norbert à propos de notre écrit publié à L'Opinion pour qu'on sache ce qui s'est passé réellement. Mais François nous a dit de ne pas lui répondre car il écrit seulement pour pouvoir vendre ses journaux. En ce moment-là, on ne pouvait pas voir Arthur.

Pourquoi ?

Ce n'était pas possible. C'est à cause de lui que François a loué la maison pour nous. David nous a dit qu'il lui a donné une bâchée et une 205. Il nous a jamais dit qu'il a des problèmes avec François. Et nous n'avons rien senti non plus. Après son enlèvement, nous sommes allés chez François pour en savoir davantage et on nous a dit qu'il était parti en mission. Un jour, aux environs de 9h, les vigiles sont entrés au service nous dire qu'on a besoin de nous à la porte. Dieudonné et moi, nous sommes sortis voir deux personnes avec un véhicule noir.

Quel genre de voiture ?

C'était une petite voiture avec une seule portière coté chauffeur. Nous avons reconnu l'un des deux, le garde de corps de François, Sanou Sanson. Le second, c'est au procès de David que nous nous sommes rendus compte qu'il s'agissait de Edmond Koama. Ils nous ont dit d'entrer dans le véhicule. Quand nous sommes entrés, ils nous ont conduit chez nous à Larlé. Nous sommes entrés tous les 4 dans la maison. Ils nous ont dit de ne pas avoir peur des écrits de Norbert Zongo car ça va prendre fin. De ne même pas avoir peur de Arthur.

Qui disait ça ?

C'était Edmond Koama qui tenait ces propos. Quelques jours après, Sanou est venu nous amener chez François. Ce dernier aussi nous a dit la même chose. De ne pas avoir peur des écrits de Norbert car d'ici là, ça prendra fin. Que trois personnes sont venues le voir au sujet de Norbert Zongo, mais lui, il leur avait dit de ne pas faire ça. Que Norbert a même cogné un enfant à Bobo avec une voiture mais on l'a laissé. Que lui et ses hommes pouvaient lui créer des problèmes mais on l'a laissé. Qu'il insulte chaque fois le chef de l'Etat dans son journal et on l'a toujours laissé. Mais cette fois-ci, ça va prendre fin. Moins de 10 jours après, nous sommes allés à Gounghin à l'alimentation pour payer du yaourt aux environs de 18h30. C'était le 13 décembre. A la sortie, nous avons croisé Lonfo, notre chef de section qui poussait sa moto. Nous lui avons demandé pourquoi il pousse sa moto ? Il nous a dit que vous êtes là non ? Vos gars ont assassiné Norbert. Ils sont mauvais ces gens-là. Il reste vous maintenant. Méfiez vous beaucoup.

C'était le 13 ou le 14 ? Parce que le 13, on ne savait pas encore que c'était Norbert.

C'était bien le 13 aux environs de 18h30. Après, nous sommes allés voir le DG pour comprendre. Il nous a dit à propos de Norbert que ce qu'il voulait, il l'a eu. François aussi nous a dit que même si le mensonge se lève pendant une année, la vérité finira par l'attraper. Le 4 janvier, François m'a payé une P50 Tassaba. Dieudonné avait déjà pris une moto à crédit. François a réglé la dette. Moi je devais faire le SND. Le salaire ne suffisait plus pour résoudre les problèmes. Il nous a pris en charge en donnant à chacun 50 000F par mois. C'était Sanou Sanson qui venait nous remettre l'argent.

Mais après le procès, tout était fini. On n'avait plus accès à eux. Souvent, on part chez lui pour le voir et quand ceux qui sont à la porte appellent à l'intérieur pour nous annoncer, on dit qu'il n'est pas là, pourtant nous le voyions entrer. Il n'avait plus besoin de nous après le procès. François nous avait dit que si on a besoin de lui, de prendre attache avec Sanou Sanson. Après le procès, quand on voit ce dernier, il nous dit de faire une demande et déposer à la porte.

Mais il n'y a jamais eu de suite. On ne pouvait même plus voir le DG. Il nous a mis en conflit avec sa secrétaire qui nous a dit que tant que c'est elle qui est là-bas, on ne pourra plus jamais voir le DG. On était en difficulté. Le loyer n'était plus payé. On n'avait plus les 50 000f. C'était Malick Sidibé, à l'époque DG de Fasoparc, qui payait le loyer au nom de François. Il payait 18 000f par mois.

Les gens savaient au service que vous étiez avec François ?

Tout le monde savait au service que nous étions avec François et les gens nous insultaient au sujet de notre écrit publié à L'Opinion. Ils ne savaient pas que c'était une trahison de la part du DG et de François. Parce que nous n'avons jamais dit que quelqu'un n'a pas déposé une plainte mais nous avons dit que nous ne sommes pas au courant. Dieudonné et moi, on ne s'entendait plus très bien. Il a déménagé à Gounghin et moi je suis resté à Larlé. Nous avons expliqué ce qui s'est passé entre nous 4 (le DG, François, Dieudonné et moi) à Moussa Kaboré qui travaillait aussi à Fasoplast. Il nous a dit de venir chez lui.

Qu'il va se venger. Il nous a expliqué qu'il avait aussi des problèmes avec le DG et Keita Tiemoko, le secrétaire de François. Moussa Kaboré a dit qu'il était conseiller dans son quartier et que c'est Keita qui l'a sauté. Il a dit qu'il va enregistrer nos propos pour les effrayer. Nous avons effectivement accepté faire enregistrer nos propos. Il a amené la cassette chez Keita pour qu'il écoute et sache que lui il est au courant de ce qui s'est passé. Keita a écouté et il a envoyé la cassette chez François. Keita nous a appelé, Dieudonné et moi et nous a dit de nous méfier de Moussa Kaboré. Que c'est un espion. Qu'il va nous manipuler.

Mais il ne nous a pas parlé de la cassette mais nous savions que c'était à cause de la cassette. On n'a plus eu la cassette. Il nous a remis son contact en nous disant que si on avait besoin de quelque chose de lui dire, qu'il transmettra nos doléances à François. Nous avons fait des devis de meubles et un peu d'argent pour faire des petits kiosques. Nous lui avons remis ça et il nous a dit de patienter mais c'est resté sans suite. Après, il m'a appelé pour me dire que François veut qu'on nous éloigne l'un de l'autre.

C'était en 2002. Le DG m'a dit qu'il va m'envoyer à Air Burkina. Je lui ai demandé pourquoi et il m'a dit que c'est pour me mettre à l'aise. Il a dit qu'il faut nous éloigner de Moussa Kaboré car il risque de nous créer des problèmes. Lui aussi ne nous a jamais parlé de la cassette. Il m'a fait rédiger une lettre de démission. C'était Sanoh Mahamadi qui était le PCA (président du conseil d'administration) de Air Burkina. Je payais le loyer à 20 000F parce que entre temps, le bailleur a augmenté le loyer. On m'a embauché à Air Burkina en octobre 2002.

En mars 2006, il y a eu un vol de kérozène à l'aéroport. Les soirs, nous on lavait les avions jusqu'à 6h du matin. Les mécaniciens ont l'habitude de donner le carburant aux vigiles. Mais ces derniers aussi savent purger. Ce jour-là, j'ai vu les vigiles purger le carburant et j'ai démarré ma moto pour partir. Les gendarmes m'ont appelé parce qu'ils ont vu le carburant. Les vigiles sont partis. On m'a dit d'amener les bidons à la gendarmerie. On nous a tous gardés à la gendarmerie. Le chef des vigiles venait chaque fois leur rendre visite mais personne de mon service ne venait.

Après les auditions, on a dit que je suis le cerveau et on m'a déféré à la MACO. Deux mois après mon arrestation, j'ai été jugé. Le jour du jugement, les vigiles étaient là en tant que témoins. C'est ce jour-là qu'ils ont été arrêtés pour complicité. Nous avons été condamnés à six mois et moi j'ai été libéré en août 2006 par une grâce présidentielle pour raison de santé. Quand je suis sorti, je suis allé voir le PCA. Il m'a dit d'aller voir le chef du personnel. Quand je suis allé le voir, il m'a dit de repasser le lendemain.

Ce jour-là, il m'a appelé sur mon portable pour me demander comment ça s'est passé. Je lui ai expliqué. Après, la secrétaire du DG m'a remis un courrier. C'était une lettre de licenciement. Je suis allé voir Sanoh Mahamadi qui a refusé de m'écouter car il ne peut plus rien faire pour moi. Ça m'a énervé leur attitude. J'ai perdu mon emploi. Je ne peux pas m'approcher de ma famille. C'est ainsi que je suis allé directement expliquer ce qui s'est passé à Me Farama que j'ai connu à la MACO. Il m'a dit de contacter Dieudonné et il nous a donné rendez-vous au jardin de Ouaga 2000. Nous y sommes rendus et Dieudonné a relaté la même chose. Me Farama a dit qu'il ira voir Me Sankara et Dieudonné a eu peur. Et il m'a dit que si lui il s'amuse, il va perdre son emploi.

Pourquoi tu as décidé maintenant de parler ?

J'ai décidé aujourd'hui de parler parce que des gens ont dit mieux que ça et ils n'ont pas eu peur. Je ne mens pas. Ils n'osent plus venir vers moi. Quand j'avais besoin d'eux, c'est en ce moment qu'ils devraient agir. Aujourd'hui, je ne fais plus rien. J'ai une femme et trois enfants. Je dois payer le loyer. Je suis prêt à tout dire devant le procureur…

Et s'ils reviennent te faire de nouvelles propositions ?

Je sais que s'ils reviennent vers moi, c'est pour me flatter et faire autre chose.

Tu as parlé de Lonfo, celui qui vous a annoncé la mort de Norbert. Comment est-il mort ?

Lonfo est mort dans la nuit du 7 mars 2003 d'une manière suspecte. Il parait qu'il a fait un accident. C'est son cou qui s'est cassé. Sa moto n'était pas endommagée. En ce moment, il travaillait à la SONABEL… Il est d'une famille pauvre et personne n'a cherché à savoir.

Avez- vous dit à quelqu'un que c'est Lonfo qui vous a informés de la mort de Norbert le 13 ?

Nous avons dit au DG que c'est Lonfo qui nous a informés de la mort de Norbert Zongo le 13 décembre, puisqu'il nous a demandé qui nous a donné l'information. Lonfo nous disait à chaque fois de nous méfier d'eux. On lui donnait parfois de l'argent que François nous offrait. Le 13 décembre, nous avons eu peur et on n'a pas dormi à la maison. François et DG nous disaient à chaque fois qu'il faut que ce qui se passe entre nous reste entre nous 4.

Interview réalisée par Germain B. Nama  et Moussa Zongo

Source, L'Evénement du 10 janvier 2007

Notes :

(1)      David est était le chauffeur de François Compaoré, le petit frère de Blaise Compaoré. Accusé de vol, il trouvera la mort suite aux tortures et autres sévices infligés à lui par des éléments de la Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Norbert Zongo enquêtait sur la mort de David quand il a été lui-même assassiné le 13 décembre 1998

 



26/01/2007
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