L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Meeting après la fatwa

CDP à Kokologho

   Meeting après la fatwa 

 Respect d’un programme ou simple défiance ? Témérité ou pure provocation ? Insouciance ou goût du risque ?... On avait beaucoup craint pour la sérénité et la sécurité du meeting du CDP à Kokologho, cela, parce que cette terre de Naaba Koanga semblait être une zone à haut risque pour Jean Hubert Yaméogo et ses cocandidats du Boulkiemdé. Et on était curieux de voir ce qui s'y passerait le 1er mai, jour où le parti majoritaire tenait meeting dans cette commune rurale, à 55 km de Koudougou et à 45 de Ouagadougou.

C’est un véritable pavé  dans la mare que François Kaboré a jeté  à travers les colonnes du journal "Le Pays" juste après la publication des listes de candidats du CDP. Dans une déclaration, il interdisait aux candidats et à certains responsables du CDP  Boulkiemdé de mettre les pieds dans la cour de Naaba Koanga. Cette interdiction, beaucoup l’avaient prise au sérieux, vu que l’auteur de la lettre,  François Kaboré, n’est autre que le frère de Naaba Koanga de Kokologho et du député  (sortant ou sorti ?) René Emile Kaboré (REK) dont le nom, après deux mandatures, ne figure pas sur la feuille de match. Ceci explique-t-il cela ? Beaucoup sont ceux qui y répondent par l’affirmative, voyant tout simplement la main de REK derrière cette fatwa. Pour d'autres, cette sortie tonitruante n'était que la conséquence de promesses non tenues.

Voilà pourquoi Kolokogho était devenue un terrain a priori hostile aux barons locaux du régime, et c’est avec beaucoup d’appréhension qu’on a appris la programmation du meeting. Le mardi 1er mai, je débarque à Kokologho autour de 10 h 20. Par chance, le meeting n’avait pas encore débuté ; ce qui me permet de flâner un peu dans la ville et principalement au marché. C’était  du reste jour de marché.

Les cinq premières personnes abordées au sujet de la fameuse lettre de François Kaboré nous disent invariablement ignorer qu’il y a eu une telle lettre. Une d'elles même se dit convaincue que c’est une invention des journaux pour  ternir la réputation de Kokologho. Qu'est-ce qu'on ne prêterait pas aux journalistes ?

Kabré Norbert semble plus renseigné. Il a écouté la traduction de l'écrit dans une radio FM à Ouaga, mais n’est pas d’accord avec l’auteur ; «le développement doit être fédérateur, et nous n’avons pas besoin d’un tel esprit d’exclusion dans nos villes et villages», a-t-il lancé avant de donner un coup d’accélérateur à sa moto, direction le lieu du meeting. Mme Kargougou/Kaboré Anne-Marie est ressortissante de Kokologho, mais réside à Ouaga avec son époux. Elle y vient vendre des vêtements d’enfants  chaque jour de marché. Drapée dans un ensemble pagne CDP, elle s’affaire à liquider quelques articles avant d’aller "politiser" ; par pur curiosité, semble-t-il, car elle est une inconditionnelle de Michel Nana, président de L’ADDP et candidat sur la liste ADF/RDA. La tenue lui a été offerte par son tendre mari, lui ne jurant que par le CDP. Elle a entendu parler de la déclaration et reste convaincue que c’est une autre manigance de REK, comme il l'avait déjà fait, selon elle, pour  barrer la route de la mairie  de Kokologho à l’ADDP.

 «François ne fait même pas la politique», assure-t-elle. L’arrivée des officiels précédés de jeunes juchés sur des motos et mobylettes, m'interrompt dans ma quête de l’information. Mais les discours allaient confirmer les propos de certains de mes interlocuteurs. Déjà ce qu’il faut signaler, c’est la forte mobilisation qu’a réussie la direction communale de campagne de Kokologho, comme si elle tenait à relever un défi, à faire une démonstration de force à cause du problème qu'on sait.

En effet, c’est une foule immense qui est sortie pour ce rendez-vous ; ce qui jurait avec  la rumeur selon laquelle le CDP végétait par ici et avait connu une forte saignée dans ses rangs. S'il y a eu effectivement des départs, il faut croire que Jean Hubert et ses hommes ont pu surmonter le handicap à en juger par la mobilisation du matin. Du reste, le secrétaire général de la sous-section de Kokologho, Kaboré Ablassé, dans son intervention, reconnaît que de 13 ils ne sont plus que 10, trois ayant  décidé d’aller voir ailleurs. Il ne cache pas  que cela avait démobilisé les militants et semé le doute dans les esprits. «Mais réjouissez vous, car le CDP n’est pas mort à Kokologho», a-t-il  assuré.

Le directeur local de la campagne, Kaboré Mahamoudou, est encore plus précis dans ses propos ; pour lui, depuis 2002, le CDP chancelait à Kokologho et a toujours enregistré les plus mauvais scores lors des consultations électorales, mais ce n’est pas que la population ne veuille pas du CDP ; seulement, elle rejette certains leaders qui travaillent à nuire au parti. Lesdits leaders, parce que n'ayant pas été retenus sur la liste des candidats, auraient décidé que le parti  au pouvoir ne battrait pas campagne à Kokologho ; ce qui est inconcevable de son avis de directeur de campagne ; il précise que jusqu’au 18 avril, date à laquelle les fidèles ont été convoqués pour la mise en place d’un programme de campagne, Kokologho  n’avait pas encore un planning pour la campagne, la démobilisation ayant gagné les rangs de la sous- section. «Kokologho doit soutenir les candidats, même s’ils ne sont pas originaires de chez nous, car, durant les deux mandats précédents, nous avons eu un fils élu grâce aux autres localités», a-t-il martelé. En termes voilés, il a dénoncé la désinformation orchestrée par Michel Nana, candidat ADF/RDA, qui raconterait que c’est Jean Hubert Yaméogo qui l'aurait appuyé financièrement afin qu’il crée son parti ; ainsi que la démobilisation entreprise par René Emile Kaboré, qui n’aurait pas digéré  son absence de la liste des prétendants. Le patron du CDP au Centre-Ouest, lui aussi,  n’est pas passé par quatre chemins pour reconnaître que le CDP a eu des problèmes au Boulkiemdé. «Ça  n’a pas toujours été rose pour notre parti dans la province,  et nous avons fait un travail de fourmi pour arriver à cette mobilisation», a-t-il reconnu avant d’expliquer les principes qui ont prévalu au choix des candidats. Il a profité de l'occasion pour expliquer le rôle d’un député, répondre aux doléances formulées par les intervenants et dire l’objectif qu’ils poursuivent, à savoir rafler tous les quatre sièges de député, et faire élire le représentant de la province sur la liste nationale. Il a proscrit  les injures et le dénigrement avant de remercier le Naaba Koanga de Kokologho pour sa présence à ce meeting. Une présence  pour le moins insolite pour les raisons évoquées plus haut. Cependant, ceux qui prédisaient que René Emile Kaboré ne sera pas de la partie n’ont pas eu tort, car on  ne l’a aperçu nulle part parmi les officiels, encore moins dans la foule. Est-ce délibéré ou cela est-il dû à quelque empêchement ? Je n’ai eu personne pour éclairer ma lanterne. Le chef de Kokologho, le Naaba Koanga, a, du reste, décliné l’interview que je lui demandais juste après le meeting.

Le meeting du mardi est vu comme une renaissance du CDP à Kokologho, et ils sont nombreux, ceux-là qui avancent qu’un nouveau leader sera trouvé dans un proche avenir pour conduire la troupe dans cette localité ; comme quoi les voies de la politique sont impénétrables. Le soir, les bonzes du CDP se sont retrouvés à Koudougou pour un autre meeting, tout aussi grandiose ; là-bas, comme à Kokologho, Jean Hubert, tout en se réjouissant de la mobilisation, a déploré le taux de retrait des cartes d'électeurs qui se situait à moins de 70% dans la province.

 

Cyrille Zoma

L’Observateur Paalga du 4 mai 2007

 



04/05/2007
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