L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Militaires burkinabè en Côte d’Ivoire : Une mission aux contours flous

Militaires burkinabè en Côte d’Ivoire

Une mission aux contours flous

C’est le porte-parole du Premier ministre ivoirien qui a jeté le pavé dans la mare. En annonçant à l’AFP que "la sécurité rapprochée du Premier ministre restera assurée par des soldats ivoiriens des Forces armées des Forces nouvelles", Méité Sindou coupe court à toutes les informations faisant état de l’envoi d’un contingent burkinabè pour constituer la garde rapprochée de Guillaume Soro. Il va même encore plus loin en réfutant les déclarations officielles émanant du Burkina sur les missions de ce fameux contingent : "Nous démentons catégoriquement cette information. Nous ne savons pas où seront affectés les casques bleus burkinabè mais ils ne constitueront pas la garde rapprochée de M. Soro, qui restera ivoirienne". Et pourtant, un communiqué de presse du Parlement burkinabè indiquait clairement que "le contingent burkinabè aura pour mission de contribuer à la sécurité du Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, une des pièces maîtresses de l’Accord politique et du processus de paix". Du reste, des informations contradictoires ont beaucoup circulé sur le soutien burkinabè à Guillaume Soro, depuis l’attentat dont il a réchappé. D’où vient-il alors, que de façon aussi cinglante, un démenti soit apporté ? Certes il ne s’agit que d’un porte-parole. Ni le Premier ministre, encore moins le président Gbagbo, ne se sont encore prononcés sur le sujet. Mais il n’empêche que le démenti de ce proche du Premier ministre a le mérite de mettre fin aux diverses supputations. Reste à savoir s’il arrivera à lever toutes les zones d’ombre qui entourent ce contingent qui, selon le ministère burkinabè chargé des Relations avec le parlement, est "une réponse à la demande du président ivoirien à son homologue burkinabè, en sa qualité de président en exercice de la CEDEAO".

Pourquoi ce peu d’enthousiasme des autorités ivoiriennes à l’idée d’accueillir un contingent burkinabè pour appuyer la sécurité de Guillaume Soro alors que tout semblait avoir été décidé de commun accord avec le facilitateur ? Si résistance il y a, elle doit probablement venir du camp présidentiel. Laurent Gbagbo, malgré ses éclats de rires et ses larges sourires de circonstance, ne semble pas prêt à faire certaines concessions, comme permettre à des soldats burkinabè d’entrer dans le dispositif sécuritaire de la république ivoirienne. Cela veut-il dire qu’il a contraint Guillaume Soro à reculer ? En tout cas, après l’attentat manqué, Soro s’est retiré à Ouagadougou - à bord d’un avion burkinabè - pour, dit-on, se remettre de ses émotions. Il a certainement mis à profit cette retraite pour évoquer des questions liées à la réorganisation de sa sécurité avec le facilitateur. Ce dernier lui a-t-il fait des offres de services ? En tout cas, le ballet de certains proches du président Compaoré à Bouaké après les tristes événements laissait entrevoir une implication accrue du Burkina dans le dispositif sécuritaire de Soro qui s’est rendu seulement à Abidjan dix jours après l’attentat de Bouaké… A l’époque, les accusations fusaient de toutes parts quant aux commanditaires de l’attentat et n’épargnaient même pas l’ONUCI. Seules des forces extérieures au conflit ivoirien semblaient donc à même de restaurer cette sécurité. Et qui, mieux que le pays du facilitateur en qui tout le monde disait faire confiance, pouvait assurer cette délicate mission ?

La controverse née autour du contingent burkinabè est révélatrice du déficit de confiance qui continue d’exister, d’une part, entre Laurent Gbagbo et Guillaume Soro et, de l’autre, entre Gbagbo et le pouvoir burkinabè. Le président ivoirien préfère voir les troupes burkinabè se fondre dans le moule anonyme de l’ONUCI et mener des activités ordinaires de maintien de la paix dévolues à celle-ci. Il est sans doute nécessaire que les parties prenantes dans l’Accord de Ouagadougou clarifient ce dossier au moment où elles s’apprêtent à faire la fête le 30 juillet à Bouaké. Un climat lourd d’incertitudes pèsera cependant sur cet événement avec ce dossier des 150 soldats burkinabè et d’autres non clarifiés comme le désarmement des Forces nouvelles, la question de leurs grades, l’enquête sur l’attentat contre le Premier ministre et l’organisation dans les délais des élections. Beau programme en tout cas pour le facilitateur, qui n’aura pas le temps de s’ennuyer.

Le Pays du 27 juillet 2007



26/07/2007
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