L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Nana Thibaut : "Autorisation ou pas, nous allons marcher le 28" contre la flambée des prix

Nana Thibaut

"Autorisation ou pas, nous allons marcher le 28"

 

Nana Thibaut, président du Rassemblement démocratique et populaire (RDP) et des Jeunes patriotes révolutionnaires du Faso (JPRF) a-t-il séjourné ces jours-ci dans les locaux de la police comme on le sussurait ?

"Faux ! C'était juste pour m'entendre sur un projet de marche contre la flambée des prix des produits de première nécessité", répond l'intéressé.

Dans l'entretien qui suit, il s'en explique et annonce la manifestation pour le 28 février 2008 même si l'autorité municipale lui refuse l'autorisation.

 

Il semble que vous avez été interpellé récemment. Qu'en est-il et pourquoi ?

 

• Le 12 février 2008, j'ai été convoqué à la Sûreté de l'Etat par rapport à la manifestation que les jeunes patriotes révolutionnaires (JPRB) du Burkina Faso dont je suis le président, projetaient d'organiser contre la flambée des prix des produits de première nécessité et la vie chère. On voulait juste savoir les raisons de la marche que j'ai voulu initier pour attirer l'attention des pouvoirs publics face à l'augmentation exagérée de l'huile, du sucre, du savon, du riz et même du sel et les amener à réagir rapidement pour trouver des solutions aux préoccupations des populations qui payent le plus lourd tribut.

 

Qu'est-ce que la Sûreté vous a reproché au-delà des raisons de votre projet de marche ?

 

• Rien du tout. On m'a posé simplement des questions sur la manifestation. On m'a par exemple demandé si elle sera pacifique. J'ai répondu par l'affirmative mais avec des réserves parce que je ne peux pas soutenir qu'il n'y aura pas de débordement.

Dans un contexte où les gens ont faim, on peut pas prévoir l'issue d'une marche. Le commissaire de police qui m'a reçu a été courtois et tout s'est bien passé. J'ai été entendu, je suis rentré chez moi pour revenir le soir juste pour la signature du procès-verbal parce qu'il y avait un problème de coupure d'électricité.

Les gens ont raconté beaucoup d'histoires, mais en réalité, je n'ai pas été retenu plus de deux heures.

 

Avez-vous obtenu au préalable une autorisation de manifester sur la voie publique ?

 

• La demande a été rejetée par le maire de la commune de Ouagadougou tout simplement parce que nous n'avons pas indiqué le lieu du rassemblement, l'heure et l'itinéraire. Simon Compaoré n'a donc rien à voir avec le report de notre mouvement. Une autre requête sera déposée pour une manifestation le 28 février 2008.

 

La flambée des prix n'est-elle pas une occasion pour faire parler de vous ou faire de l'agitation politique ?

 

• Ah bon ! Vous voulez qu'on garde le silence lorsqu'il y a des problèmes dans le pays ? Je suis avant tout un Burkinabè qui vit une période difficile qui vous concerne, vous aussi. Il faut avoir le courage de le dire. Je ne cherche pas le nom. Si c'était le cas, j'aurai pu me mettre nu et me promener en ville une journée pour que tout le monde parle de moi ou insulter le président du Faso afin qu'on m'enferme. C'est pour une cause juste que je veux manifester. C'est une lutte de libération.

 

N'est-ce pas un peu curieux de la part de quelqu'un qui a soutenu Blaise Compaoré à la présidentielle de 2005 ?

 

• J'ai supporté le chef de l'Etat à un moment donné du fait de ses actions. Je n'ai pas de bord. Je compose avec celui qui fait du bien même s'il est mon ennemi. Laurent Gbagbo, le président ivoirien, attaquait Blaise Compaoré tout le temps. Je ne pouvais pas me taire face à une telle situation. Mais, je ne l'ai pas soutenu pour de l'argent. Je suis d'ailleurs le plus misérable des opposants.

 

Que pensez-vous des casses de Bobo-Dioulasso et de Ouahigouya ?

 

• Les gens ont faim dans ce pays pendant que d'autres se payent des véhicules rutilants et se moquent du peuple. Dans ces conditions, on profite de la moindre occasion pour se défouler.

Personne n'est née avec la guerre. C'est l'abus du pouvoir et la négligence des problèmes sociaux de la masse qui engendrent des situations du genre. Même si Blaise Compaoré reste jusqu'à sa mort au pouvoir, ça ne me gêne aucunément, pourvu que je puisse me nourrir, me soigner et éduquer mes enfants dans de bonnes conditions.

 

Au regard de ce qui s'est passé dans la ville de Sya et dans la capitale du Yatenga, ne pensez-vous pas que votre nouvelle requête de marche sera rejetée ?

 

• C'est vrai que cela peut inspirer les manifestants de Ouaga à agir de la sorte. Mais, c'est moi qui organise et je sais comment agir. Nous allons nous regrouper à la place de la Nation à 8h pour un meeting de sensibilisation. Puis, nous nous dirigerons vers le Premier ministère pour remettre une lettre de nos doléances au maître des lieux. En principe, tout peut bien se passer sauf si les forces de l'ordre se comportent mal et font dans la provocation. Les gens ont faim et certains sont prêts à mourir à cause du désespoir. Il faut donc les laisser manifester tranquillement. Autorisation ou pas, nous allons marcher le 28 février. Nous sommes en démocratie et l'on a le droit d'exprimer notre mécontentement. Si d'ici là, le gouvernement parvient à agir sur les prix des produits, nous allons renoncer.

Au cas contraire, nous serons dans la rue et il n'y a pas de raison qu'on nous en empêche.

 

Entretien réalisé par

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur Paalga du 22 février 2008



22/02/2008
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