L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"Nous ne croyons pas que Gbagbo organisera des élections transparentes" selon Alassane Ouattara

Alassane Ouattara

"Nous ne croyons pas que Gbagbo organisera des élections transparentes"

Le correspondant de IPS, Michael Deibert, s'est entretenu avec Alassane Dramane Ouattara (ADO) au siège du RDR, parti dont il est le président, à Abidjan au début du mois d'octobre pour recueillir ses opinions sur l'état actuel du processus de paix.

Comment caractériseriez-vous la situation politique actuelle en Côte d'Ivoire ?

Nous sommes à un point où nous saurons dans les deux ou trois prochains mois si l'accord de Ouagadougou peut marcher ou pas. L'identification (des électeurs), le désarmement des deux armées -- les amener à entrer dans les casernes et à quitter les rues avec les kalachnikovs et autres armes --, ces deux objectifs seront très difficiles à atteindre à cause des questions relatives aux grades et aux promotions dans l'armée nationale et l'armée rebelle. Et troisièmement, nous devons réunifier le pays en déployant des professeurs, des médecins, des administrateurs et en les amenant à faire réellement leur travail dans un esprit national.

Croyez-vous que le processus d'identification actuel est sincère et sera conduit à son terme ?

Nous avons des doutes, mais nous aimerions être optimistes. Nous croyons que le camp présidentiel a tout fait pour bloquer le processus il y a un an. Maintenant, avec l'accord de Ouagadougou, ils ont accepté d'avancer. Mais à chaque pas, ils sont en train de bloquer le système et de dresser des obstacles. Heureusement, le Premier ministre est déterminé et très habile; donc il est en train de faire un bon travail. Mais pour combien de temps? Lui-même à une certaine étape peut en avoir assez, parce qu'ils sont réellement en train de créer des obstacles.

Pensez-vous que le désarmement se fait ?

Rien n'est encore fait. Ce ne sont que des symboles.

Que devient le code électoral qui vous a empêché de vous présenter aux élections de 1995 et de 2000 ?

Vous avez une nouvelle disposition dans la Constitution qui devrait enlever tous ces obstacles. "L'ancienne" Constitution a été rédigée pour se débarrasser de certains d'entre nous. La nouvelle qui nous permet d'être candidats a été approuvée à Marcoussis (en France, où les parties belligérantes ont signé un accord en janvier 2003) et votée par plus de 70 pour cent des voix à l'Assemblée nationale sous la pression de M. Thabo Mbeki (président de l'Afrique du Sud). Mais M. Gbagbo a refusé de signer. Donc elle n'est pas encore en vigueur.

Avez-vous l'intention de vous présenter aux élections présidentielles de l'année prochaine ?

Oui, c'est clair. Mon parti l'a demandé. Mon parti tiendra un congrès à la mi-décembre et à ce moment, cette question sera formalisée. Je suis revenu du FMI pour le faire et je ne peux en aucune manière reculer.

De quoi les actions du président Gbagbo présagent-elles, jusque-là? Un scrutin libre et juste ?

Je pense qu'il n'organisera pas les élections -- parce qu'il sait qu'il y a une commission électorale tout à fait compétente, qu'il y aura des observateurs étrangers, que l'armée est divisée et ne le soutiendra pas nécessairement en cas d'élections frauduleuses. Sa tactique sera de reporter, reporter et reporter les élections.

Nous pensons qu'à un certain moment, l'ONU devrait réellement intervenir pour se réapproprier le processus et organiser les élections, comme cela a été fait au Timor oriental. L'ONU et les Français sont là depuis 2003, dépensant un demi-milliard de dollars par an... S'ils avaient une équipe complète pendant six mois pour organiser les élections, cela ne coûterait pas plus d'un demi-milliard. C'est mieux que, si d'ici au mois de mars, il apparaît clairement que le camp présidentiel continue de retarder les choses dans le but de rester au pouvoir, l'ONU impose une équipe électorale pour organiser les élections. Cela leur coûtera un demi-milliard de dollars, mais après cela ils pourront partir.

Quel est le sentiment général par rapport à la mission de l'ONU ici ?

Nous sommes certainement déçus que l'ONU ait supprimé le poste de haut-commissaire pour les élections à la demande de Gbagbo... Certains membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont bloqué les sanctions contre certains partisans de Gbagbo qui méritent d'être sanctionnés, à la fois dans le rang des civils et des militaires. Il y a un sentiment de déception par rapport à l'ONU ici. Le mandat du président Gbagbo a pris fin constitutionnellement en octobre 2005. L'ONU lui a donné deux années pleines. Pourquoi l'ONU devrait-elle continuer à le faire avec notre argent? Même si la Côte d'Ivoire est pauvre, notre argent rentre également dans le budget de l'ONU.

Certains insinuent que le président Gbagbo et les Forces nouvelles, ou du moins les dirigeants des Forces nouvelles, ont conclu une sorte d'accord pour partager le pouvoir et ont réuni leurs forces pour diriger le pays d'une manière plus obscure qu'on ne le comprend dans le public. Que pensez-vous de cela ?

Les Forces nouvelles ont pris les armes à cause des questions bien connues, telles que les décisions arbitraires des tribunaux, les violations massives des droits de l'Homme, des assassinats. Nous n'avons aucun élément pour confirmer qu'il y a un accord entre eux. Nous n'avons pas cette impression. S'il y avait un accord, le Premier ministre ne serait pas aussi actif à trouver des solutions (au processus d'identification).

Si la crise politique est résolue, il restera toujours la crise économique. Que pensez-vous qu'on devrait faire à ce sujet ?

Je pense que nous devrons prendre des mesures très drastiques, concernant le budget, la gestion du pays, amener le secteur privé dans une situation où il ferait confiance aux tribunaux et au système judiciaire, amener les banques à un point où elles seront saines, obtenir le soutien de la communauté internationale, du FMI, de la Banque mondiale, amener les Ivoiriens qui ont de l'argent à l'extérieur à le ramener. C'est un grand problème.

Quel est votre pronostic pour le pays ?

Nous espérons sincèrement que nous aurons des élections d'ici à novembre 2008, bien que nous ne soyons pas certains. Nous croyons que l'ONU devrait être sévère cette fois-ci, observer le manque de progrès et envoyer une équipe pour organiser des élections d'ici à l'année prochaine. Nous ne croyons pas que Gbagbo et son groupe organiseront des élections transparentes. Autrement, ce pays entrera dans une guerre civile, ce que nous voulons éviter à tout prix.

Source : IPS

Le Pays du 31 octobre 2007

 

ENCADRE

ADO aura-t-il la chance cette fois-ci ?

Le leader de l'opposition ivoirienne Alassane Ouattara aura-t-il la chance pour une fois lors des élections présidentielles qui, on l'espère, se tiendront en Côte d'Ivoire l'année prochaine ? A ce jour, cet homme politique très en vue -- ancien Premier ministre et ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI) -- a été empêché à deux reprises d'être candidat à l'élection présidentielle.

En 1995 et en 2000, il a été écarté du scrutin par une loi excluant les candidats ayant un parent de nationalité étrangère, ou qui avaient vécu à l'extérieur de la Côte d'Ivoire au cours des cinq années précédentes. On a insinué que la mère de Ouattara était Burkinabè, une allégation qu'il a toujours rejetée.

Ceci s'est produit dans un contexte d'antipathie politiquement attisée à l'égard des immigrés venant des pays voisins et de leurs descendants qui avaient aidé la Côte d'Ivoire à tirer profit de la croissance économique rapide dans les années 1960 et 1970, mais qui sont devenus des invités indésirables quand l'économie a connu un déclin de même que les prix des produits de base. Un débat controversé s'est déclenché sur ce qu'était la nationalité ivoirienne.

Des questions de nationalité ont également sous-tendu le coup d'Etat manqué de 2002 et la rébellion ultérieure qui a vu la prise du contrôle du nord de la Côte d'Ivoire par les rebelles (Forces nouvelles), tandis que le gouvernement de Laurent Gbagbo gardait le contrôle sur le sud. Les rebelles ont de plus accusé le gouvernement de violations des droits humains, de corruption et de persécution des minorités ethniques.

Ouattara et les membres de son parti, le Rassemblement des républicains (RDR) ont fait l'objet de représailles de la part des partisans du gouvernement à Abidjan, la capitale économique, et ailleurs après la tentative de coup d'Etat de septembre 2002.

La rébellion est restée dans une impasse de tension jusqu'en mars de cette année, quand les deux parties ont signé un accord de partage du pouvoir à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Elles ont promis le désarmement, la création d'une armée nationale intégrée et la fourniture des documents de citoyenneté (un processus connu sous le nom de ''identification'') à ceux qui peuvent prouver leur nationalité ivoirienne, pour permettre leur participation aux prochaines élections. De plus, le leader des Forces nouvelles, Guillaume Soro, a été nommé Premier ministre.



31/10/2007
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