L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Nouveau Parlement togolais : Bonjour l'Union européenne !

Nouveau Parlement togolais

Bonjour l'Union européenne !

 

On s'achemine vers le bouclage de la boucle au Togo avec cet autre événement politique qui a lieu, sauf changement de dernière minute, aujourd'hui 13 novembre 2007 : c'est en principe la rentrée des députés élus le 14 octobre dernier, à l'issue des législatives qualifiées par nombre d'observateurs de crédibles.

En effet, après le quitus de la Cour constitutionnelle le 30 octobre 2007, les 81 députés vont occuper leurs sièges à l'hémicycle.

Cette prise de fonction officielle des députés implique de facto l'installation des organes et l'entrée en vigueur des textes devant régenter la vie du Parlement durant les 5 ans de mandature. Ainsi assistera-t-on à la mise en place d'un bureau provisoire, lequel devra procéder par la suite à l'élection d'un bureau définitif de l'Assemblée nationale. Auparavant, c'est le règlement intérieur qui devra être arrêté, un texte sur lequel des polémiques ne manqueront pas, vu l'actuelle configuration du Parlement.

C'est donc véritablement un mardi 13 capital pour la classe politique togolaise et tout le peuple avec, qui vont renouer avec l'existence d'une Assemblée nationale pluraliste, issue d'un scrutin accepté tant bien que mal par le microcosme politique de ce petit pays de 3 millions d'âmes.

Les députés satisfont ainsi à une clause constitutionnelle (article 68 de la Constitution) qui dispose que "l'Assemblée nationale se réunit de plein droit le deuxième mardi qui suit son élection" et les uns et les autres se posent des questions sur l'identité du prochain occupant du perchoir.

En effet, même si on est dans un régime présidentiel, où "le président a tous les pouvoirs, il nomme et révoque le Premier ministre, les ministres..." pour reprendre les propos de l'opposant Gilchrist Olympio, la place qu'occupe le Parlement, surtout son président, dans le paysage institutionnel n'est pas négligeable, loin s'en faut. C'est lui qui succède au président de la République en cas de vacance constatée du poste, même si, dans un pays comme le Togo, le précédant Natchaba donne à réfléchir (1). Autant dire le n° 2 dans l'ordre des patrons d'institutions du Togo.

A cause de cette préséance donc, le poste de président du Parlement est très convoité et les batailles font rage entre ceux  qui lorgnent ce fauteuil. Vraisemblablement, 4 noms de prétendants à ce poste, tous du RPT, circulent dans le Tout-Lomé : Kondi Agba, Foly-Basi, Dama Dramani et Kpatcha Gnassingbé.

Ces candidats sont tous sérieux, mais les deux derniers partent avec des pronostics favorables, même si en dernier ressort, ce sera le vote mécanique (?) des 50 députés du RPT qui dictera sa loi. Kondi Agba, selon certains, a été "repêché" à ces législatives, donc, pour ses camarades du parti, il n'est pas certain que la cinquantaine de Rptistes de l'hémicycle l'acceptent comme le patron ; Foly-Bazi est également un apparatchik du pouvoir, mais qui, semble-t-il, ne fait pas non plus  l'unanimité.

S'agissant de Dama Dramani, il a de réelles chances, ayant été un patron du RPT sous Eyadéma-père. Il connaît les rouages du système et peut réguler la vie parlementaire avec la bienveillance des élus Rptistes. Enfin, en ce qui concerne Kpatcha Gnassingbé, c'est un euphémisme d'affirmer qu'il a le profil de l'emploi, et ce, pour plusieurs raisons : il a pesé de tout son poids financier, humain et logistique pour que l'issue des législatives soit favorable au RPT.

L'homme, en effet, a les moyens de sa politique, il n'a pas été directeur général de la zone franche et surtout il n'est pas ministre de la Défense pour rien. "N'eût été sa disponibilité, le RPT n'aurait jamais pu avoir autant de sièges", laisse entendre une personnalité du pouvoir. Enfin, et évidemment, parce qu'il est le demi-frère du chef de l'Etat, Faure, la tendance à le porter à la tête de l'Assemblée nationale est grande. Et comme l'a dit un constitutionnaliste togolais, "la Constitution n'interdit pas que deux frères consanguins occupent des postes de responsabilités".

Cependant, si cet avantage du patronyme peut lui assurer une victoire sur les autres, cela est en même temps son talon d'Achille, car "c'est vrai que dans notre contexte, ça sonne peut-être mal", reconnaît le même constitutionnaliste. Du reste, aux dernières nouvelles, l'homme se serait retiré de la course, préférant garder son maroquin de la défense, si bien sûr, le nouveau Premier ministre, qui doit être nommé incessamment, le reconduit.

Dans tous les cas, l'installation du Bureau de ce nouveau Parlement devra se faire sans trop de heurts, puisque selon les dispositions internes de l'AN, un seul groupe parlementaire, qu'il ait une majorité écrasante ou non, ne peut accaparer les postes.

Autant dire que les élus du RPT, de l'UFC et du CAR, pour ne citer que ceux-là, devront trouver un modus vivendi sur la question.

Les députés ont de toute façon intérêt à bien effectuer cette rentrée, chacun mesurant la portée de l'avènement de Parlement multicolore : ce sera de nouveau le biberonnage du Togo, sevré depuis 1993 pour cause de déficit démocratique. Les législatives du 14 octobre matérialisent en effet le 22e et dernier engagement auquel avait souscrit le pays envers l'Union européenne en 2003. De ce fait, l'UE est fin prête à une reprise intégrale de la Coopération avec le Togo.

Il faut surtout espérer que ce Parlement pluraliste naissant et le nouveau gouvernement qui verra le jour dans la foulée ne seront pas encore des sujets à palabres, voire des prétextes de blocage du fonctionnement de la vie nationale.

Mais plutôt un catalyseur du rassemblement de tous les Togolais, qui ne seraient pas mécontents de voir le bout du tunnel, dans lequel ils sont plongés depuis des décennies.

 

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga du 13 novembre 2007

 

Note :

(1) Au décès du président Gnassingbé Eyadéma le 5 février 2005, la régence revenait de droit au président de l'AN, Fambéré Natchaba Ouattara. Mais les caciques du pouvoir lui ont enjoint de rester en France, où il était en visite, le temps de remettre le pouvoir à Faure ; avant qu'il ne rentre au Togo, Natchaba a dû ronger son frein plusieurs jours au Bénin.



13/11/2007
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